Faut-il accepter un poste en dessous de ses compétences ?

Accepter un job moins qualifié est – parfois – un moyen de remettre un pied à l’étrier pour sortir d’une période de chômage.  À condition de ne pas s’y éterniser. Et de repositionner son projet, en renforçant son expertise.

Quel est le point commun entre Bruno*,  51 ans, directeur informatique dans l’industrie, et Florence*, 40 ans,  chef de projet dans la communication événementielle ? Leur difficulté à retrouver un emploi à la hauteur de leur expérience. En treize mois de chômage, Bruno a été six fois « short-listé » dans de grands groupes, sans jamais décrocher le podium au final. Florence*, elle, multiplie les candidatures et les démarches réseau depuis un an et demi, sans succès. Leur analyse ? L’âge est un frein. « Dans l’événementiel, on embauche surtout des jeunes diplômées qui feront leurs preuves sur le terrain. Moi, j’ai de la bouteille, et je suis sans doute trop chère », déplore Florence. Bruno pressent aussi que la cinquantaine le dessert  face à des cadres plus jeunes, bien que rien de tel n’ait filtré lors de ses entretiens...

 

Une candidature « au rabais »

Pour sortir de l’impasse, tous deux ont choisi en parallèle de postuler à des postes moins qualifiés. Bruno se positionne sur des missions de conseils auprès des SSII, s’appuyant sur ses domaines d’expertise. Florence a adapté son CV à des postes d’assistante de direction, où elle peut transposer ses compétences en organisation. Un exercice qui n’est pas simple. « C’est difficile de refaire son CV à la baisse, alors qu’on doute déjà de soi et de son professionnalisme après une longue période sans travail ». Autre difficulté : convaincre les recruteurs. « Si celui-ci sent que vous bradez votre expérience, il renoncera à vous embaucher. C’est pourquoi en général baisser son niveau de responsabilités ou de salaire est si difficile à faire passer », souligne la coach Isabelle D’humières (lire ses conseils).

 

Une expérience éprouvante

Par relation, Florence a fini par décrocher un CDD d’un an pour assister le DG d’une société de troc interentreprises. Mais l’expérience s’est avérée plutôt éprouvante : « J’avais beau me dire que ce job était alimentaire, il faut prendre beaucoup de recul : c’est dur d’assurer des tâches parfois ingrates. » Même écho chez Bruno, qui bien qu’ayant signé un CDI dans une SSII pour gérer un gros projet d’infogérance bancaire, périt d’ennui et de frustration : « La mission avait l’air intéressante, mais en réalité j’utilise un tiers de mon expertise. Je n’ai aucun pouvoir de conseil ni de décision, j’attends tous les jours ma feuille de route ». Il tient, en se disant que sa connaissance d’un grand compte dans les services enrichira toujours son CV. « Il faut vraiment décider de mettre un temps ses responsabilités de côté pour bien le vivre, sinon ce genre d’expérience peut aggraver le manque de confiance en son avenir professionnel », alerte Judith Rousseau, consultante en recrutement.

 

Garder le cap

Quelle que soit l’urgence de retravailler, une expérience « au rabais » ne doit pas s’éterniser. « Cela peut aider à retrouver une dynamique, à condition que cela ne dure pas. Pour retrouver un job à la hauteur de votre expérience par la suite, le recruteur doit sentir qu’il s’agissait d’une étape charnière, motivée par des besoins financiers ou la volonté de rester actif », estime la consultante. La solution ? Garder le cap, et continuer à prospecter pour un job à sa taille en parallèle. Mais surtout, réfléchir à un nouveau projet pour contourner les écueils du marché… N’hésitez pas à vous faire accompagner dans cette période : bilan de compétences, coaching et autres prestations d’aide au projet font partie des appuis utiles pour repenser son objectif et retrouver un emploi… sur mesure.

 

Lydie Colders

 

* Les personnes dont le patronyme n’est pas mentionné ont préféré garder l’anonymat.

Lydie Colders

Octobre 2008

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