Maurice Lemire, conseil en gestion de carrière
Alors que le chômage chez les cadres n’a jamais été aussi bas, la peur de changer d’emploi continue-t-elle à être aussi présente ?
Les conditions économiques peuvent faciliter le passage à l’acte, mais la peur s’explique par une multitude d’autres facteurs. Il s’agit d’une réaction de base. On peut toujours trouver toutes les justifications rationnelles pour ne pas tenter un saut dans l’inconnu. Souvent, pour ne pas bouger, les salariés avancent la crainte de l’échec. Mais ce n’est qu’un prétexte.
C’est-à-dire ?
Cela évite de se poser des questions. Comme si la peur de changer de travail n’était en fait que la peur qu’on vous dise « oui », et d’être alors confronté à soi-même. D’où la nécessité de faire tout un travail en amont. De quoi finalement a-t-on peur ? De ne pas être à la hauteur ? Analyser sans complaisance ses forces et ses faiblesses permet déjà de faire sauter des freins. Il faut savoir à quoi on est prêt à renoncer pour mettre en œuvre son projet professionnel. Finalement, le challenge le plus important est d’avoir bien identifié ce qui fait vibrer, quelle est sa « mission » sur terre.
N’est-ce pas un peu prétentieux ?
Pas du tout. Changer de travail, c’est jouer sur quatre éléments : son identité personnelle, sa formation et son expérience, son statut social, sa reconnaissance professionnelle. Identifier ce qui est le plus fort en soi permet de trouver la bonne solution. Il faut surtout apprendre à faire le deuil de sa précédente expérience ou de ses projets, si finalement ceux-ci ne sont pas compatibles avec les éléments que l’on privilégie : le salaire pour certains, le statut pour d’autres… Il faut enfin avoir dans un coin de sa tête une solution de remplacement au cas où, malgré tout, le changement ne se passerait pas comme on le souhaite.
Laurence Estival
Juin 2007