Du classique job-board aux réseaux sociaux, comment utiliser les nouvelles technologies dans sa recherche d’emploi ? Témoignages, avis d’experts et conseils vous permettront de bien négocier le virage numérique.
"Bonjour, vous désirez un renseignement ? " C’est par cette question que nous sommes accueillis chez Expectra. Une agence particulière, car Lynett est l’avatar d’un recruteur spécialement dépêché dans les bureaux virtuels de recrutement de cette société sur Second Life. « Je voudrais avoir des renseignements sur les métiers proposés… » Après un court échange (type de formation, fonction recherchée) et une précision – « Les métiers que nous proposons se situent dans la vraie vie » –, l’avatar propose de remplir un formulaire en promettant qu’une suite sera donnée à la demande. Pendant ce temps, des personnages étranges passent dans le champ, perturbant sporadiquement la conversation. Est-ce vraiment le nouveau visage du recrutement ? Pas si simple. Au-delà des opérations de communication (lire aussi « Rencontre du deuxième type ») autour de ces bureaux virtuels de recrutement, ce genre de procédure reste extrêmement minoritaire et, d’après certains spécialistes, n’aurait pas d’avenir dans sa forme existante. « C’est un excellent coup de pub, reconnaît Jacques Froissant, responsable d’Altaïde, conseil en recrutement et gestion des ressources humaines. Mais je n’y crois pas dans la durée. C’est trop compliqué et, surtout, chronophage. »
De plus, cet échange virtuel ne semble rien changer finalement à la méthode de recrutement, qui se conclut par l’envoi d’un CV et un contact par téléphone. Il est donc essentiellement utilisé comme un moyen supplémentaire d’attirer des candidats. Le recrutement sur Internet se limiterait-il donc toujours aux sites emploi traditionnels ? Même s’ils sont toujours d’actualité, il est aussi recommandé d’expérimenter d’autres possibilités numériques, lieux d’échanges entre recruteurs et candidats, et terrains de « chasse » désormais privilégiés.
L’essentiel des offres sur les job-boards
Certes critiqués parce que pléthoriques, parfois considérés comme trop généralistes, générateurs de trop de candidatures, ou de trop de sollicitations pour les candidats, les job-boards cristallisent l’essentiel des offres d’emploi sur Internet aujourd’hui. Pour éviter d’être perdu dans la masse, mieux vaut élaborer une stratégie et penser aux sites spécialisés.
C’est ce qu’a choisi Tristan, 30 ans, commercial chez un distributeur de matériel médical. Après cinq années d’ancienneté dans la même entreprise, il dépose sa candidature en ligne « pour prendre le pouls du marché dans la perspective d’évoluer ». Il étudie les offres d’emploi sur une dizaine de sites et dépose son CV sur trois « généralistes » (monster.fr, cadremploi.fr, apec.fr) et sur un site spécialisé, commerciaux.fr. Tristan prend bien soin, condition sine qua non de résultat, d’adapter sa candidature. « Après avoir étudié le vocabulaire des offres, j’ai titré mon CV “Ingénieur commercial, commercial terrain”, et ajouté un sous-titre d’une ligne pour préciser mes compétences professionnelles : “Prospection, relation clients, grands comptes.” » Des termes a priori recherchés par les recruteurs : « En moins d’une semaine, j’ai reçu dix appels », conclut-il. Finalement, Tristan passe cinq entretiens et décroche un emploi qui le satisfait, en tant que commercial grands comptes pour un laboratoire pharmaceutique.
La force des réseaux sociaux
Incontournables, les sites de recrutement traditionnels ne seraient cependant plus les meilleurs vecteurs pour que l’on soit identifié sur la Toile, car la démarche peut être fastidieuse : « Un candidat passe 90 % de son temps à chercher une annonce et 10 % seulement à y répondre, constate Jacques Froissant. Ce devrait être l’inverse. » L’heure est au dynamisme et on doit montrer que l’on est prêt à bouger… pas seulement à recevoir des offres d’emploi dans sa boîte mail. Les recruteurs adoptent de nouvelles stratégies, davantage fondées sur l’interactivité, pour dénicher les bons profils.
Le mouvement prend une grande ampleur, pour plusieurs raisons. D’une part, la mise à jour des candidatures et le référencement seraient mieux assurés sur les réseaux sociaux. « Non indexées par les moteurs de recherche, les CVthèques ne peuvent être des outils de gestion d’identité et de réputation en ligne », pointe ainsi l’IRES* (Institut de recherches économiques et sociales). Ce que permettent les outils de mise en relation professionnelle… D’autre part, ces plates-formes offrent des contacts privilégiés, utiles en premier lieu pour le business, en second lieu pour l’emploi. Car quels sont les principaux utilisateurs ? « Des cadres et des professions des technologies de l’information, du marketing, des fonctions commerciales, des ressources humaines et de la communication », remarquent les chercheurs de l’IRES. Des candidats très recherchés, ce qui inciterait les recruteurs à prvilégier l’utilisation de ces nouveaux outils. « Les profils sont actualisés et ils nous donnent accès à des cadres en poste », justifie Anne Saüt, consultante au cabinet de recrutement Diversity Conseil. Les candidats peuvent, eux, accéder par ce biais à des offres émergentes. Paradoxe : le monde virtuel a permis au fameux marché de l’emploi dit « caché » de trouver une place bien réelle.
« Le principe est simple », démontre un recruteur, utilisant l’exemple de LinkedIn, l’un des principaux acteurs du marché français. En tapant par exemple « sales manager », un certain nombre de profils apparaissent, avec différents niveaux. Niveau 1 : le recruteur peut contacter directement le candidat. Il fait partie de son premier cercle de relations. Niveau suivant : il doit soit passer par l’un de ses contacts de premier niveau pour pouvoir le joindre, soit lui adresser un mail, mais sans connaître son adresse. Dans tous les cas, le gain de temps est évident, puisque la réponse est immédiate ; s’il n’est pas lui-même intéressé, le candidat peut transmettre la proposition à son propre réseau. Avantage : avoir à disposition une base de données à jour et utiliser la cooptation de façon simple.
Jeff Allen, 41 ans, directeur commercial d’une société de marketing multilingue, a trouvé ainsi son nouveau poste, via le réseau LinkedIn, moins de six mois après son inscription sur la plate-forme. « C’est un collègue qui m’a invité, raconte cet Américain, linguiste de formation et installé en France depuis presque vingt ans. J’étais alors directeur des services chez un éditeur de logiciels. J’avais envie de revenir au secteur de la traduction où j’ai commencé ma carrière. » C’est une transition difficile à vendre, mais Jeff parie sur son réseau pour faire connaître son projet. « Je consacrais une à deux heures par jour à l’envoi d’invitations sur mon réseau, à mes clients, fournisseurs, amis, anciens collègues… » Sa ténacité a payé : une chasseuse de têtes le repère sur un forum de discussion dédié au secteur de la traduction, où Jeff est très actif. « J’ai reçu un mail de mise en relation, que j’ai accepté. Elle m’a envoyé le descriptif du poste. J’étais emballé. Elle m’a reçu en entretien et j’ai été finaliste. »
Mieux qu’un CV, le blog ?
Autre manière de se rendre visible : créer son blog. Susceptible de mêler les intérêts personnels et professionnels, ce journal de bord en ligne permet de s’affirmer et d’être reconnu dans son domaine d’expertise. Si l’on y délivre des informations pointues et si l’on veille à son actualisation régulière, deux conditions indispensables pour y générer du trafic. David Velten, alors au chômage, a ouvert son blog il y a deux ans pour faire connaître son métier de « planneur stratégique ». « Je l’ai utilisé comme un outil publicitaire. Pour attirer des visiteurs ciblés – de potentiels recruteurs –, j’ai envoyé un jouet d’enfant à des agences de communication avec l’URL de mon blog. L’agence Culture Buzz a eu la curiosité de le visiter. » La créativité de David a été récompensée, puisqu’il a décroché sept mois de mission.
Autre technique, plus classique, pour sortir du lot : publier des commentaires sur d’autres blogs et sur des forums spécialisés, comme l’a fait Sylvain Briand, 29 ans, spécialiste du e-marketing et blogueur depuis cinq ans. Avec ses 800 lecteurs abonnés à son fil d’information (« fil RSS »), il lance un jour un appel pour signifier qu’il cherche du travail. L’un de ses abonnés, le P-DG d’ADS-Click, lui répond par mail pour lui proposer un rendez-vous. David obtient ainsi le poste de responsable marketing. « Il me lisait depuis plusieurs années. Nous avions l’impression de nous connaître. Depuis cinq ans, je prends entre vingt minutes et une heure par jour, après ma journée de travail, pour écrire un article. »
Le point commun de ces nouveaux outils semble bien être la recherche d’un sentiment d’appartenance à une même communauté. Qui favorise, au bout du compte, les rencontres réelles. À côté des blogs et des réseaux sociaux les plus visibles, tels que LinkedIn ou Viadeo, d’autres groupes voient le jour. Jusqu’alors essentiellement fondés sur l’appartenance à une école ou à une grande entreprise, réunissant des personnes de même profil, les réseaux s’ouvrent. Quitte à laisser jouer le hasard… « Je fais partie d’un petit réseau intitulé “Les connexions improbables”, témoigne ainsi Jacques Froissant. Il regroupe des personnes d’environnements très différents. Les membres se sont récemment donné rendez-vous autour d’une coupe de champagne, sur la pelouse du Carrousel du Louvre. Nous étions vingt-cinq, dont quatre patrons. » À cette occasion, il a pu mieux faire connaissance avec une candidate non retenue à l’issue d’un entretien. « Nous avons pu en parler, et je penserai à elle à nouveau pour un poste. » Et peut-être pour sabrer à nouveau le champagne, cette fois pour fêter son embauche…
* « Internet, recrutement et recherche d’emploi », « Revue de l’IRES » no 52, mars 2006.
Sandrine Chauvin, Dominique Perez et Nathalie Samson
Octobre 2007