« Ce que veulent les jeunes diplômés s’adressant à Africagora, c’est entrer dans la compétition comme les autres, explique Dogad Dogoui, qui a développé un réseau d’aide aux jeunes diplômés. Ce n’est pas un traitement de faveur. Je suis dans le combat pour la diversité parce que je n’ai pas le choix. »
Quand le chef d’entreprise Dogad Dogoui décide de créer Africagora, il a comme ambition de réunir des confrères issus des pays d’Afrique ou des DOM-TOM pour échanger sur leurs pratiques, trouver des contacts, s’entraider… Dès la première réunion publique à Paris, en 2001, il doit faire face à une réalité qui n’est alors pas encore à la mode pour la plupart des décideurs. D’origine ivoirienne, il est interpellé par les participants en direct. « C’est un très beau projet que celui d’Africagora, mais qu’est-ce que vous faites pour les autres ? » Les autres sont ceux qui frappent à la porte des entreprises et n’y trouvent pas de réponse, jeunes diplômés noirs ou d’origine maghrébine. Ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils sont si rarement convoqués aux entretiens et qui restent sur le carreau quand ils cherchent un stage. « Certains sont contraints de différer le passage de leur examen en septembre, parce qu’ils n’ont pas décroché ce fameux stage, obligatoire pour valider leur diplôme.» La même année, Africagora crée une association, dont l’une des missions est d’épauler les jeunes diplômés et de favoriser leur accès « à la compétition de l’emploi ». Aider à la citoyenneté, la mixité, la diversité, faire parrainer des jeunes en difficulté par les membres du réseau… le travail s’organise, avec des événements phares : les « Talents de la diversité » et « Carrefours de la diversité », journées de réflexion et forums de recrutement, avec de plus en plus de participants.
Le travail est loin d’être fini pour Dogad Dogoui, sur le terrain économique ou politique. La prise de conscience des inégalités d’accès à l’emploi en France est en chemin, mais la route est longue ! « Le problème de l’intégration des minorités aux postes d’encadrement signifie que les entreprises doivent revoir totalement leur approche même du recrutement. Or, pour le moment, elles n’ont pas envie de prendre de risques. On recrute celui qui nous ressemble : même école, même sexe…» Même couleur.
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Dominique Perez
Juin 2006