Recrutement : que dire quand on a un profil ou un parcours atypique ?

Même quand les recruteurs affirment que la personnalité est leur premier critère d’embauche, et malgré les lois et déclarations d’intention sur la non discrimination, il n’est pas rare d’être déstabilisé par une question gênante lors de l’entretien d’embauche, concernant votre profil ou votre parcours professionnel, voire personnel. Comment réagir ?

« Les critères de tri des candidats sont parfois tellement expéditifs qu’il faut faire vraiment attention à ce que l’on dit en entretien d’embauche ». Thierry Verdier, directeur général du cabinet de recrutement et de conseil en ressources humaines « 1001 talents »  connaît bien ces moments où le doute peut s’immiscer dans un processus de recrutement, où l’on passe du statut de futur salarié potentiel à celui à qui l’on répond « on vous écrira ». Par peur de la prise de risque, par manque d’imagination ou de subtilité aussi parfois, les recruteurs préfèrent souvent le candidat formaté pour un poste plutôt que celui dont ils doutent. C’est d’autant plus vrai quand il s’agit d’un consultant en recrutement : il devra vous présenter à l’entreprise, et souhaite éviter au maximum les faux pas. « Il est vrai que les entreprises restent souvent dans une politique de clonage, estime Pascal de Longeville, du cabinet Eos. Et nous constatons peu d’évolutions dans ce domaine : les employeurs veulent recruter des personnes qui connaissent le travail pour lequel elles ont un besoin précis. A partir de là, elles ne s’autorisent pas de fantaisie, elles demandent avant tout des compétences métiers. »

L’assurance de soi, née de la préparation à l’entretien, peut faire la différence. D’abord parce que vous avez déjà été sélectionné, et que cela prouve que vous avez toutes vos chances, que rien d’essentiel dans votre CV n’était rédhibitoire. Ensuite parce que vous allez être face à une personne, pas face à une machine à recruter. Une personne que vous ne connaissez pas, certes, et qu’il va falloir convaincre, et qui devra elle aussi convaincre par la suite pour que votre candidature passe différents filtres. Etre le plus naturel possible et s’adapter à l’interlocuteur pour le rassurer, est le défi que vous allez devoir relever.

Savoir répondre à la provocation
Si vous avez un profil considéré comme « atypique », vous risquez d’être déstabilisé par certaines questions du recruteur. Si, de plus, vous venez de vivre une situation professionnelle difficile, attention !  Cas le plus classique ? « Le candidat qui a été licencié, qui arrive à un certain âge et qui perd son sang-froid », témoigne Thierry Verdier. « C’est très difficile de perdre son boulot après 50 ans. » Convoqué à un entretien « malgré » votre âge ou (pourquoi pas ?) grâce à votre longue expérience, vous n’éviterez pas toujours les questions ou réflexions déstabilisantes sur ce sujet. Par exemple : « Je vous ai convoqué mais je pense que pour occuper ce poste (de responsable d’un magasin), à 52 ans, vous n’êtes pas assez adaptable », s’est entendu dire un cadre pourtant sélectionné à partir de son CV qui mentionnait bien son âge. Provocation ? L’intéressé réagit assez mal : il avait du effectuer un long déplacement en train pour une série d’entretiens et a pris cette réflexion comme une fin de non recevoir. Or, le consultant lui-même avait la cinquantaine passée…

« Un recruteur regarde souvent le candidat qu’il a en face de lui par rapport à lui-même, commente Thierry Verdier. Il faut se dire qu’en France, on ne forme  pas suffisamment à la compréhension de l’autre, à la psychologie, à l’analyse du comportement ». Ce fait doit être pris en compte en l’occurrence par le candidat et par le recruteur. Le cinquantenaire auquel on a dit qu’il était trop vieux aurait pu trouver des arguments pour prouver sa mobilité… par exemple, en soulignant le fait qu’il était prêt à postuler loin de son domicile actuel, et à se déplacer à l’autre bout de la France pour passer les tests et les entretiens pour un job qui l’intéresse. Il peut également , pour prouver son adaptabilité, revenir sur une ou deux expériences professionnelles récentes lors desquelles il a dû faire faire face à des situations exceptionnelles, telles que la reprise en main d’une équipe, la résolution d’un problème nécessitant une bonne réactivité… (lire aussi Seniors : les pièges à éviter en entretien d’embauche – lien).

Donner des références
Les clefs de compréhension du recruteur sont souvent assez personnelles et empiriques… Rares sont les entreprises qui utilisent des moyens originaux pour détecter les personnalités avec le moins de préjugés possibles (à l’instar de Cofidis). Pour rassurer votre interlocuteur sur un parcours ou un profil qui n’entre pas dans ses schémas habituels, invoquez d’autres « témoins », qui garantiront par exemple votre fiabilité, votre adéquation à un poste alors que votre profil ne semblait pas y être adapté, votre mobilité professionnelle, intellectuelle, votre esprit d’équipe… Le candidat dit « atypique » a ainsi tout intérêt à apporter des références d’anciens managers, et/ou de personnes avec lesquelles il a collaboré. Présentez-les si vous sentez que le recruteur a envie d’en savoir plus, par exemple en fin d’entretien, mais ne les « imposez » pas comme caution dès le début. C’est le cas en particulier si vos dernières expériences professionnelles ont été courtes. Est-ce un choix ? Y-a-t-il eu un problème de mésentente ? De lassitude, de tenacité ? C’est ce que le recruteur va vouloir explorer. Justifiez : c’était un CDD, une mission courte, un projet particulier… mais proposez à la suite de lui donner un contact qui pourra valider vos propos.

Problèmes personnels : attention !
Divorce, décès d’un proche, grave maladie… les accidents personnels, chacun le sait, peuvent avoir une incidence sur votre vie professionnelle, au même titre qu’un licenciement mal vécu. Sur votre CV, en entretien, ces questions privées peuvent apparaître même en filigrane et faire de vous un candidat qui sort de la « norme ». Évoquer ces problèmes est certes délicat. Dans tous les cas, ne vous trahissez  jamais au détour d’une phrase, qui incitera votre interlocuteur à creuser une faille sans que vous soyez prêt à répondre.

Exemple : lors d’un premier entretien, Laurent Hyzy, consultant du cabinet de recrutement Alain Gavand Consultants, pose une question classique, sans arrière-pensée, à un candidat acheteur qui avait vécu plusieurs expériences professionnelles courtes : « que vous ont apportées vos deux dernières expériences ? » La réponse fuse rapidement : « elles m’ont redonné confiance ». Tout se passait bien jusqu’alors, mais le recruteur naturellement éprouve le besoin d’aller plus loin : « à quel niveau ? » demande-t-il. Et le candidat d’évoquer un problème familial qui l’avait empêché à une époque de mener au mieux sa vie professionnelle. « Les questions d’ordre personnel ne doivent être évoquées que si elles ont une incidence sur un nouveau poste, explique le recruteur. C’était éventuellement à moi de l’amener sur le terrain de l’accident familial qui explique ce parcours chahuté, en sachant que derrière, je peux me poser des questions sur sa stabilité émotionnelle, sur sa capacité à faire la part des choses… » Mal dit, au mauvais moment, alors que le recruteur ne lui posait pas de question spécifiquement sur l’instabilité visible sur son CV… le candidat a eu peine ensuite à revenir sur un terrain plus « pro ».

« Dans le domaine du commercial, une baisse de chiffres d’affaires, d’activité, suivie éventuellement d’un licenciement doit toujours s’expliquer, estime Thierry Verdier. Si c’est consécutif à un problème personnel, je recommande de le dire. J’ai connu un ingénieur commercial (une femme) qui avait de très bons résultats et qui d’un coup s’est arrêtée de vendre. Elle a perdu sa sœur, et  pendant un moment elle a eu une baisse importante d’activité. Cela ne signifie pas qu’elle est devenue mauvaise. Je recommande dans ce cas de le dire en entretien. Si on me dit cela clairement, je penserais que la page est tournée, je peux l’accepter et le comprendre. Il vaut mieux l’exprimer. »

Dominique Perez

Mai 2009

Aller plus loin

Commentaires

  • Olivia - 11-01-10 14:36

    A titre d'info : Janvier 2010, lancement de www.ParcoursAtypique.com , le site d’emploi dédié aux parcours atypiques, compétents, professionnels et motivés, et aux employeurs qui veulent d’abord un homme ou une femme et non un CV. Partenariats avec ministère, département, mairie, association…

    Exclu du recrutement à cause de « blanc » ou de rupture, subi ou voulu.
    Revenir d’une mission humanitaire, être ex sportif de haut niveau, ex patron, ex policier ou ex détenu, avoir besoin de challenges réguliers, avoir un handicap reconnu ou non, être jeune de banlieue ou jeune retraité, être victorieux d’une maladie grave, revenir après un congé parental, se retrouver seule avec des enfants ou tout simplement vouloir changer de vie ; voilà des exemples de parcours atypiques. Tous ont des compétences professionnelles, parfois très pointues, mais ils ont une rupture ou un « blanc » - subi ou voulu - qui les exclu du monde du recrutement qui peine pourtant à pourvoir des centaines de milliers d’offres.

    Un homme ou une femme et non plus un CV
    Pourtant, ces atypicités sont autant d’atouts pour l’entreprise. Comme ancien humanitaire, cet ingénieur possède une grande résistance au stress. Comme ancien officier gendarme, cette femme a développé une grande rigueur. Comme ancien prisonnier, cet homme a accumulé en lui une volonté de fer de s’en sortir. Idem pour cette femme qui se retrouve seule avec deux enfants : le patron, loin d’en avoir peur, sait qu’il peut compter sur sa stabilité. Comme jeune de banlieue au BTS Action Co, cette jeune femme peut s’adapter à plusieurs environnements. Et comme jeune senior, cet ancien patron de TPME apporte sa maturité. Ce sont donc ces atypicités qui singularisent les candidats.

    Mots clef multiples avec barème de points
    Deux mots clef et un CV ne suffisent plus. Ici, vous passez du temps à vous inscrire (ce qui montre votre motivation). Vous sélectionnez une trentaine de mots clef, répartis en six catégories (‘qualités humaines’, ‘qualités professionnelles’, ‘parcours et diplômes’, ‘conditions’, ‘métiers’, ‘disponibilité, langue et informatique’). Et c’est vous qui décidez quel coefficient vous attribuez à vos mots clef, de 10 à 50, (le recruteur le fait aussi pour son offre). Puis vous publiez vos photo, lettre de motivation, CV, copie de diplôme ou fiche de poste… En lançant la recherche, les candidats ou les offres apparaissent triés selon vos mots clef. Vous ne « balancez » plus votre CV mais ciblez et optimisez. Idem pour l’employeur : les candidats sont triés selon ses critères. Il sécurise son recrutement, gagne du temps et c’est peut-être la fin des offres non pourvues. Il peut bénéficier plus facilement d’exonérations.

    Volontariat, anonymat et honnêteté
    Cette méthode innovante repose sur le volontariat et l’anonymat. L’employeur n’a pas accès aux coordonnées du candidat. C’est ce dernier qui lève l’anonymat en répondant au recruteur. Ainsi, plus besoin de bidouiller son CV. Dire son parcours devient un atout car le recruteur, avant les compétences, cherche d’abord une personne, un homme ou une femme. De plus, certains patrons, eux-mêmes au parcours atypique, veulent leur donner une chance. Le site lutte contre la discrimination. Des partenariats sont en cours avec des ministère, collectivité locale, structure pour l’insertion, handicap et lutte contre la discrimination…

    ParcoursAtypique.com. Vous êtes atypique. Vous êtes unique. Un employeur vous cherche.
    __________________________________________
    Lancement en janvier 2010
    Contact presse : Olivia presse@parcoursatypique.com

  • LAVRUT - 20-05-09 20:57

    J'ai 20 ans d'expérience et licenciée au 31 12 08,je ne trouve pas depuis plus de 1 an et demi, (secteur chimie), je ne me sens pas à l'aise lors de l'entretien, pourquoi les employeurs ou les recruteurs sont si durs en ce moment en tant de crise, alors que l'on a besoin de main d'oeuvre. Ils cherchent la perfection ils ne l'auront pas forcément. Avez vous une solution ?

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