Recrutement : les nouvelles règles du jeu pour les cadres

Parler de l’avenir en entretien et moins du passé, c’est le conseil de Damien Créquer, associé du cabinet de recrutement Taste RH spécialisé dans le recrutement des cadres expérimentés*. Entretien.

Pourseformer : Spécialiste du recrutement de cadres, vous affirmez que les règles du jeu ont changé. Qu’entendez-vous par là ?

Damien Créquer : On assiste à une accélération des processus sur le marché de l’emploi : les recrutements vont plus vite, les cadres restent moins longtemps en poste et changent plus volontiers d’entreprise. Les entreprises ont donc des attentes plus pragmatiques vis-à-vis des candidats.

« Cette personne comprend-elle nos enjeux industriels ? Va-t-elle remplir la mission assignée sur ce poste ? Quelle sera sa valeur ajoutée ? » Elles raisonnent aujourd’hui davantage en termes de business et moins en termes de profil psychologique et de capacité d’adaptation à la culture de l’entreprise.

 

Quelles sont les conséquences pour les candidats ?

Elles sont nombreuses ! Le candidat qui arrive en entretien dans l’entreprise ne doit plus se préparer à valoriser son passé professionnel (a priori, si son CV a été retenu, c’est que ses compétences ont été validées) mais plutôt à parler de l’avenir. Comment voit-il le poste et la mission qu’on lui propose ? Quelle stratégie, quels moyens envisage-t-il pour réussir ? Aujourd’hui, on passe plus du quart des entretiens à échanger sur le projet de l’entreprise. On peur demander des notes stratégiques dès le deuxième entretien et, en finale, des plans d’actions sur les trois premiers mois dans le poste. Les entretiens se transforment en étude de cas !

Le candidat doit savoir qu’il sera jugé sur sa capacité de réflexion, sur sa mobilité intellectuelle, sa créativité, aussi. Cela suppose une démarche volontariste, une bonne connaissance l’entreprise, de son secteur d’activité, de ses enjeux… Avec Internet, c’est facile. A contrario, il est impardonnable de ne pas préparer ses entretiens !

 

Ces nouvelles règles s’appliquent-elles aussi avec les cabinets de recrutement ?

Bien sûr ! Dans cette logique de flux, le temps s’est compressé et les cabinets doivent gagner eux aussi en efficacité. Quelqu’un d’attentiste, qui arrive en disant « Qu’est-ce que vous avez à me proposer ? » est hors course, car le marché ne nous permet plus ce temps là.

Nous attendons du candidat de la souplesse, une réelle écoute de ce que nous leur disons et une capacité à nous répondre de façon pertinente, en nous apportant le niveau d’information requis. Nous testons aussi désormais la curiosité et l’agilité intellectuelle du candidat, sa capacité à s’emparer d’un sujet et à le transposer dans un autre contexte.

Concernant son expérience professionnelle, il doit être capable non plus de décrire ce qu’il a fait au quotidien, mais plutôt de parler des enjeux business et stratégiques de ses anciennes entreprises. Et c’est rarement le cas !

Dernier conseil : on est toujours dans la communication positive dans un entretien, certes. Mais être positif, ce n’est pas forcément essayer d’en mettre plein la vue au cabinet ! Restons réalistes... Nous attendons des candidats qu’ils portent un regard constructif de leurs expériences passées sans pour autant présenter une « success story » permanente, ce qui ne laisse pas présager d’un recul suffisant.

                                              

Ces changements ont-ils aussi un impact sur le CV ?

Oui. Dès la rédaction du CV, le candidat doit raisonner en termes de « contexte/enjeux/mission/actions mises en œuvre/résultats obtenus », et ce pour chaque poste occupé. Une description de poste abstraite, qui pourrait servir de support à une annonce d’emploi, n’a pas grand intérêt pour le recruteur. Nous apprécions les CV qui racontent une histoire (toujours sur la même trame : contexte, enjeux, missions, etc.), qui disent quelque chose du candidat. À ce propos, une étude conjointe ESCP/HEC Montréal montre que les CV narratifs sont plus appréciés des recruteurs que les CV en « bullet points », contrairement à ce qui est affirmé dans toute la littérature sur le sujet.

 

Nous sommes en pleine crise financière mondiale : quelles répercussions voyez vous sur les recrutements de cadres en France ?

Il est trop tôt pour pouvoir le dire. Ce qui est certain, c’est qu’aucun effet n’est visible sur l’emploi durable à ce jour. D’un point de vue structurel, le marché de l’emploi, du fait du papy boom, est très favorable aux cadres. Le taux de chômage de cette population est à 3 %, ce qui correspond au plein emploi. De fait, beaucoup d’entreprises ne parviennent pas à pourvoir tous leurs postes. Du fait de la conjoncture, la contraction du pouvoir d’achat des ménages impacte déjà les industrie de grande consommation, qui créent moins d’emploi, mais c’était déjà le cas avant l’éclatement de la crise financière. À moyen et long termes, la crise aura un effet réel sur l’ensemble de l’économie, et donc sur le marché de l’emploi, si les banques ne parviennent pas à se refinancer. Mais l’annonce du plan de garantie européen semble pour l’instant éloigner ce risque majeur.

 

* minimum 5 ans d’expérience

 

À consulter : www.recrutement.typepad.com

Marie-Pierre Noguès-Ledru

Octobre 2008

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