Le premier baromètre de la CFDT sur la qualité de vie au travail, rendu public le 3 novembre, bouscule certaines idées reçues (1). Satisfaits dans une large majorité, les salariés disent avoir les moyens de travailler, de s’exprimer et de préserver leur vie privée. Avec toutefois de sérieuses nuances.
“Non, ce n’est pas un énième sondage de plus, basé sur un panel”, précise Patrick Pierron, secrétaire national de la CFDT. La confédération syndicale, qui a lancé son baromètre en mai dernier dans le cadre de sa campagne “Agir sur le travail”, cherche en effet à radiographier la façon dont les salariés vivent leur travail à l’instant “t”. Et surprise, tout n’est pas si noir. On relève plutôt du gris dans le satisfecit général.
Des effectifs insuffisants. Ainsi, 68,7 % des salariés disent avoir les moyens d’effectuer un travail de qualité, grâce aux formations, au soutien de leurs collègues, à une autonomie suffisante. En revanche, 47,8 % souffrent du manque de temps (51 % des cadres, 47 % des agents de maîtrise) et 58 % déplorent des effectifs insuffisants. Explication : un souci de faire des économies ou des délais de recrutement qui s’allongent.
Des horaires corrects, mais peu flexibles
79 % des salariés déclarent avoir des horaires qui leur permettent de concilier vie professionnelle et vie privée. Cependant, 45 % avouent avoir du mal à organiser leur emploi du temps. “C’est toute la différence entre le travail prescrit et le réel, souligne Patrick Pierron. Souvent, sur le terrain, le temps de travail déborde.” En outre, en ce qui concerne les cadres, l’entreprise fait plutôt fi de leurs contraintes personnelles : dans le privé, 71 % d’entre eux souffrent de ne pas pouvoir aménager leur temps.
Peu écoutés sur l’organisation. 67,3 % des salariés peuvent s’exprimer sur la manière d’accomplir leur travail et sur son organisation, mais n’ont pas de lieu pour le faire. Ils doivent se contenter de la machine à café ou d’un coin de couloir. En outre, pour la moitié des répondants, c’est comme envoyer une bouteille à la mer. Leurs chefs les écoutent, mais rien ne se passe derrière. C’est le sentiment de 49 % des cadres et agents de maîtrise… et de 53 % des ouvriers.
Des encadrants bien perçus, mais démunis
Globalement, 70 % des répondants estiment que leurs managers sont à l’écoute et savent leur apporter du soutien (sauf les ouvriers, mécontents à 35 %). Mais ces responsables, pris par diverses tâches, n’ont, dans les faits, guère les moyens d’associer leurs équipes aux changements. En outre, pour 40 %, ils peinent à faire valoir les difficultés exprimées auprès des strates supérieures. Toujours entre le marteau et l’enclume.
(1) Enquête menée par les militants sur le terrain de juin à juillet 2011, auprès de 13.000 salariés des secteurs public et privé. 46,7 % des répondants appartiennent à une entreprise de plus de 1.000 salariés.
Marie-Madeleine Sève
Novembre 2011