Une fusion peu préparée et inachevée, un accompagnement insuffisant des demandeurs d’emploi, trop peu de temps consacré aux entreprises, une coopération avec les acteurs du SPE (service public de l’emploi) et les régions qui laisse à désirer… C’est un constat particulièrement sévère que livre le CESE (Conseil économique, social et environnemental) dans le projet d’avis sur “Pôle emploi et la réforme du SPE”, adopté en plénière le 15 juin 2011.
Le CESE adresse 22 recommandations à Pôle emploi et aux pouvoirs publics afin d’améliorer la qualité et l’efficacité du service rendu aux usagers. Le point sur les quatre orientations préconisées.
1. Améliorer la qualité du service
Il convient de “veiller à un développement équilibré des différents canaux de services (physique, téléphonique, Internet)” et de “limiter de manière notable la taille des portefeuilles des conseillers de Pôle emploi”, insistent les auteurs du rapport. Selon eux, la logique de parcours du demandeur d’emploi doit être repensée sur la base d’une “une évaluation plus fine de la distance à l’emploi”, mais aussi, “sur les attentes ou projets du demandeur d’emploi”.
Le CESE souligne par ailleurs la nécessité “d’intensifier les efforts d’identification des besoins des entreprises pour accroître le nombre d’offres d’emploi susceptibles de mieux répondre au profil des demandeurs d’emploi”. Les services aux employeurs en matière de recrutement doivent être développés notamment en direction des PME/TPE. Enfin, “le service d’indemnisation doit être amélioré et les préoccupations des usagers mieux prises en compte”.
2. Accentuer l’effort de formation
“La formation professionnelle demeure encore trop peu mobilisée pour les demandeurs d’emploi” : selon le CESE, les efforts engagés pour développer et diversifier l’offre de formation doivent “être poursuivis et amplifiés”. Il préconise “en priorité” la création d’un extranet pour connaître les formations financées pour les demandeurs d’emploi. Il serait “souhaitable de mobiliser davantage Pôle emploi sur les contrats en alternance, ainsi que sur l’acquisition des compétences clés”. Enfin, “des progrès restent à accomplir pour mieux articuler activités réduites, chômage partiel et formation”.
3. Adapter l’organisation et les moyens de Pôle emploi
Le constat est sans appel. “Pôle emploi doit franchir une nouvelle étape dans la territorialisation de son action en déployant une offre de service adaptée à la diversité des problématiques des territoires, ce qui suppose des partenariats renforcés avec l’ensemble des acteurs du SPE (service public de l’emploi).”
Les salariés de Pôle emploi ne sont pas en reste : le CESE invite “à la reprise rapide du dialogue social sur la prévention des risques psychosociaux” et à “une réflexion d’ensemble sur l’évolution des métiers à Pôle emploi”. Autre priorité : accroître significativement les moyens du SPE consacrés à l’accompagnement, notamment des publics les plus éloignés de l’emploi.
4. Rénover la gouvernance et le pilotage
Le CESE recommande “plusieurs évolutions institutionnelles en vue de renforcer le pilotage stratégique de Pôle emploi par le conseil d’administration dont la composition doit être revue et les moyens d’action sensiblement renforcés”. Première étape : la clarification juridique du statut de Pôle emploi, puis l’instauration d’un meilleur équilibre des pouvoirs entre les trois principales composantes (État, représentants des employeurs et des salariés), “afin de redonner toute leur place aux partenaires sociaux”.
Au niveau régional, “l’organisation institutionnelle doit être décloisonnée et largement déconcentrée”. Enfin, le “pilotage par la performance” doit être recentré sur des indicateurs de qualité et d’efficacité de retour à l’emploi. Du travail en perspective… à quelques mois du départ de l’actuel directeur général de Pôle emploi, Christian Charpy et de la mise en œuvre de la prochaine convention tripartite (État, partenaires sociaux) 2012-2014.
Valérie Grasset-Morel
Juin 2011