L’emploi cadre redémarre. Et fort !

La reprise enfin à nos portes ? C’est en tout cas ce que prévoit le Centre d’analyse stratégique (1). Principaux bénéficiaires : les salariés les moins qualifiés et les cadres. Comment ceux-ci vont-ils profiter de l’embellie ?

Chaque année, jusqu’en 2015, 600 000 personnes partiront en retraite et 150 000 emplois supplémentaires verront le jour. Conjugués à la baisse de la population active, ces phénomènes devraient modifier en profondeur le marché du travail et conduire – éventuellement – à une baisse du chômage à court terme, mais aussi favoriser l’apparition de difficultés de recrutement dans certains métiers et bassins d’emploi.
Ce sont 750 000 postes annuels qui seront donc à pourvoir au sein d’une économie de plus en plus dominée par les services. On y comptera plus d’informaticiens, de cadres commerciaux, administratifs et financiers… Motif : les besoins des entreprises en expertise et conseil (études de marché, audit, conseil juridique, ressources humaines). Mais on aura aussi besoin de professionnels de la logistique, d’enseignants, de fonctionnaires et de chercheurs. Pour faire face à cette nouvelle donne, la mobilité professionnelle sera favorisée ; en interne, par la relance des promotions, mais aussi en externe. Ces mouvements profiteront sans surprise aux plus qualifiés, mieux outillés pour bouger, et concerneront en priorité des postes traditionnellement occupés par des hommes.

La mixité reste à construire
Les femmes devraient cependant tirer leur épingle du jeu, mais dans une certaine mesure. L’emploi féminin doit en effet continuer à progresser dans les professions du droit, de la santé, de l’enseignement, de la communication et de la formation professionnelle. Mais, comme le soulignent les auteurs de ce rapport, la plupart de « ces métiers n’offrent toutefois pas les mêmes salaires que ceux du privé, ni parfois les mêmes garanties de carrière », à savoir les métiers techniques et d’expertise. Si la présence féminine a très fortement augmenté chez les cadres commerciaux et dans la recherche, elle stagne depuis une décennie chez les cadres administratifs et informatiques et reste très faible chez les ingénieurs. Elle a même légèrement baissé chez les techniciens informatiques, où de nombreux postes seront à pourvoir à l’avenir.
Paradoxalement, ce ne seront pas les métiers connaissant le plus fort taux de départs ni même les plus créateurs d’emplois qui auront le plus de difficultés à recruter.

Une concurrence accrue entre les secteurs et les territoires
En effet, les grandes entreprises comme la fonction publique par exemple, pourraient se rendre encore plus attractives en termes de salaires, de conditions de travail et d’évolutions de carrière. Ce qui provoquerait un appel d’air préjudiciable aux PME ou aux employeurs moins prisés, pouvant entraîner un maintien accru des seniors dans l’entreprise et, éventuellement, un moindre déclassement à l’embauche.
Autre tendance : l’Île-de-France risque de voir s’accentuer la fuite des cadres
vers la province. La compétition pour attirer les salariés les plus qualifiés sera d’autant plus rude. A contrario, la forte attractivité des régions du Sud limitera les risques de pénurie de main-d’œuvre.

Le chiffre
Ces dernières années,  40 %  des « entrées » sur un poste de travail correspondaient à un mouvement interne,
31 % venaient d’une autre entreprise (dont 17 % exerçaient le même métier dans l’entreprise précédente) et 29 % étaient sans emploi. Et chaque année,
10 % des salariés changent de profession tout en restant dans la même entreprise.

1,87 million de postes d’ici à 2015
Les créations nettes d’emploi de cadre représenteront 43 % des créations nettes totales entre 2005 et 2015, tandis que les départs en fin de carrière seront de 1,210 million.
- Emplois cadre en 2015 : 5,4 millions. + 14 % par rapport à 2005.
Créations nettes d’emploi (2005-2015) : 660 000.
- Professions intermédiaires : 4,4 millions. + 9 % par rapport à 2005. Créations nettes d’emploi (2005-2015) : 366 000.
- Emplois en 2015 : 25,5 millions. + 6,3 % par rapport à 2005.
Créations nettes d’emploi (2005-2015) : 1,513 million.

Dominique Perez et Nathalie Samson

Janvier 2007

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