Des salariés plus mobiles qu’on ne le pense

La volonté des salariés de se former et d’évoluer serait largement sous-estimée par les chefs d’entreprise. C’est l’un des principaux enseignements du dernier sondage publié par l’Anact et l’Afpa (1) à l’occasion de l’ouverture de la semaine de la qualité de vie au travail.

Globalement, l’ambiance au travail semble plutôt bonne. Les 800 salariés interrogés s’estiment dans l’ensemble très satisfaits de leur travail, de leur salaire et de la qualité relationnelle avec leurs collègues. Le hic : un tiers des individus interrogés ressent un manque certain de reconnaissance au travail, facteur pourtant essentiel de motivation... Un phénomène qui semble totalement échapper aux dirigeants : 80 % d’entre eux estiment que les compétences de leurs salariés sont valorisées dans l’entreprise. Là où les avis se rejoignent, c’est dans les faibles perspectives d’évolution en interne : 41 % des salariés pointent ce problème, rejoints par 56 % des chefs d’entreprise. « Les salariés ont une forte motivation à évoluer, que certaines entreprises, notamment les TPE et les PME, ont bien du mal à leur offrir faute de mobilité possible » a souligné Jean-Baptiste Obéniche, directeur général de l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail),  lors de la présentation à la presse du sondage, le 28 mai dernier.

 

Volonté de se former. Plus alarmant, les décalages de perception au niveau de la formation, pourtant perçue par les salariés comme le principal levier pour progresser dans leur carrière : 80 % d’entre eux se disent prêts à se former pendant leur temps personnel, alors que seuls 34 % des dirigeants partagent cet avis. Autre pomme de discorde : l’accès aux dispositifs de formation (bilan de compétences, DIF, CIF ou VAE). Etonnamment, si plus de la moitié des entreprises considèrent que leurs salariés en bénéficient, seuls 10 à 30 % d’entre eux déclarent les avoir réellement utilisés ! Un décalage de discours inquiétant, a reconnu Pierre Boissier, directeur général de l’Afpa, (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes) expliquant par ailleurs que ce faible taux d’accès à la formation, « est peut-être dû à une méconnaissance du fonctionnement de ces dispositifs, même si six salariés sur dix disent en connaître l’existence ».

 

Changer de métier. C’est sans doute la grande surprise de ce sondage : si les actifs interrogés disent avoir changé en moyenne quatre fois d’entreprise durant leur carrière, ils seraient aussi  61 % à avoir également changé de métier durant leur vie professionnelle ! Un taux pour le moins étonnant, mais qui malheureusement manque d’éclairage. Le sondage ne dit pas s’il s’agit là d’une volonté ou d’un choix contraint par exemple, ni par quel biais ses salariés ont bifurqué de voie. Toutefois, il est intéressant de noter que ce phénomène touche tous les statuts - les intérimaires et les salariés en CDD (74 %) cumulant différents emplois étant – c’est logique - particulièrement concernés – mais aussi tous les âges. Plus de deux trentenaires et quadras sur trois ont changé de métier mais aussi plus d’un quinquagénaires sur deux (59 %), peut-être en raison de leur difficulté à retrouver un emploi dans leur domaine d’expertise. « C’est dire si les enjeux de sécurisation des parcours professionnels, avec l’allongement de la vie professionnelle, sont d’actualité. Il faut arriver à construire des mobilités qui permettent aux salariés de travailler dans de bonnes conditions tout au long de leur vie » a insisté Jean-Baptiste Obéniche.

Lydie Colders

Juin 2008

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