Le choc, le déni, la colère, la tristesse, la résignation, l’acceptation, la reconstruction… d’après les psychologues, certaines phases sont quasiment obligatoires après une rupture dans son existence, quelle qu’elle soit. Ces étapes sont bien sûr “d’une durée et d’une intensité très variables d’une personne à l’autre, constate Anne Lépinay, consultante en transition professionnelle au cabinet d’outplacement l’Espace Dirigeants. Mais dans tous les cas, nous sommes attentifs aux cadres qui affirment immédiatement que tout va bien. Si certains se mettent rapidement dans une dynamique positive, le choc n’est pas toujours si bien assimilé que cela. J’ai d’ailleurs accompagné un cadre incapable de se projeter dans l’avenir, qui a mis six mois à faire son deuil.”
À 55 ans, Catherine, a eu le temps de vivre cette étape avant de quitter son entreprise. Après vingt ans passés à un poste de ressources humaines d’un grand groupe, elle a senti peu à peu l’étau se resserrer sur son activité. “Une diminution de 30 % des effectifs de la direction du marketing a été décidée. J’ai freiné des quatre fers pendant un an, puis j’ai du négocier mon départ. C’était inéluctable. J’ai obtenu un préavis de six mois et un outplacement. Mon deuil, je l’ai entamé quand cela a commencé à mal tourner dans l’entreprise. Quand j’en suis sortie, j’avais franchi l’étape de la colère, du déni… même s’il y a encore des hauts et des bas.”
À 51 ans, en désaccord avec le plan social de son entreprise après vingt ans d’expérience comme DRH dans un groupe industriel, Éric a annoncé son départ lors d’un comité de direction. Il a également négocié sa sortie et un outplacement. Il s’est donné trois mois pour vivre son deuil, “pour réfléchir à ce qu’[il] voulait faire”.
Une étape obligatoire ?
Abandonner son poste, ses habitudes, ce que l’on a construit pour sauter dans l’inconnu est toujours perturbant. Cependant, les experts se gardent de dresser un tableau trop sombre de cette période. Si “certains doivent effectivement se reconstruire parce qu’ils ont du mal à retirer l’uniforme de leur entreprise, il faut relativiser l’importance de ‘deuil’, modère Franck Tourtois, directeur associé du cabinet Accetis, qui accompagne des cadres en mobilité professionnelle. Il y a quinze ans, nous rencontrions beaucoup de cadres qui avaient passé toute leur vie dans la même société. C’est de moins en moins le cas, car la mobilité professionnelle est de plus en plus intégrée. Et la rupture professionnelle n’est tout de même pas comparable à la perte d’un proche…” De plus, la nouvelle modalité de négociation offerte par la rupture conventionnelle du contrat de travail, qui résulte d’un accord entre salarié et employeur, est, selon lui, beaucoup moins traumatisante.
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Dominique Perez
Février 2011