Marie (1) a pris le temps de calculer. Peu satisfaite de sa rémunération, elle décide de négocier une voiture de fonction. Elle affûte ses arguments… et obtient gain de cause. Attention cependant avant de demander ce type d’avantage : vous risquez parfois de renoncer à autre chose...
Cadre administratif dans la filiale d’un groupe étranger, Marie n’a pas de récrimination par rapport à son job, ni à la reconnaissance qu’elle y a gagnée. Seul motif de mécontentement : son salaire, qui, à son avis, ne récompense pas suffisamment son ascension professionnelle. Lors du départ d’un de ses collègues, elle saute sur l’occasion… « Lorsqu’il a quitté ses fonctions, le directeur commercial, seul à bénéficier d’une voiture de fonction avec le dirigeant, a laissé le véhicule à son successeur qui a annoncé n’en n’avoir nul besoin. » Elle, oui. Mère de famille nombreuse, habitant loin de son lieu de travail, par ailleurs mal desservi par les transports en commun, elle a souvent des horaires décalés. Et sa propre voiture donne des signes de faiblesse…
Son calcul… Ce véhicule de fonction a un an, 10 000 km au compteur, et une valeur de 25 000 €. Si elle devait remplacer la sienne, elle devrait débourser 15 000 € environ. Marie va utiliser cette voiture à titre essentiellement professionnel. Or, les trajets entre son domicile et son lieu de travail ne sont pas considérés comme un avantage en nature pour l’administration fiscale. L’entreprise devra juste déclarer en avantages en nature la quote-part selon le nombre de kilomètres effectués ou le ratio des 2/7 (samedi et dimanche/les sept jours de la semaine). Le total des charges sociales qu’elle devra verser et de l’impôt sur le revenu sur une rémunération non perçue (en l’occurrence, la voiture) s’élève à environ 2 500 €. Pour sa propre voiture, dont elle aurait dû assurer l’entretien, Marie aurait payé environ 6 000 € par an.
... et des arguments qui portent. Tout l’intérêt, dans le cas de Marie, est de présenter les avantages financiers à son employeur. Munie de ses calculs, elle prend rendez-vous avec le dirigeant de l’entreprise et parvient à le convaincre sans grande difficulté. « Si j’avais dû demander l’équivalent en augmentation de salaire, l’entreprise aurait dû me verser environ 9 500 € de salaire brut supplémentaire par an, plus 4 000 € de charges sociales, soit une charge pour l’entreprise de 13 500 €. À comparer aux 6 000 € dépensés par la société pour l’entretien du véhicule !
(1) Le prénom a été modifié.
Un avantage... dans certains cas
Les conseils de Florence Chagneau, conseil en gestion d’entreprise.
Évaluer les besoins. « Le seul signe de “reconnaissance” éventuellement apporté ne doit pas vous aveugler. Attention : comme un consommateur dans une grande surface a tendance à effectuer des achats auxquels il n’aurait pas pensé dans un autre contexte, un salarié auquel on propose un avantage en nature doit bien réfléchir avant d’accepter. Il faut toujours vérifier qu’il ne se substitue pas à quelque chose dont vous auriez davantage besoin, par exemple une augmentation de salaire. »
Faire des économies. « Le cas de la voiture est assez emblématique. Si vous n’en voyez absolument pas l’utilité (vous roulez en bicyclette, vous utilisez les transports en commun, vous quittez rarement la ville…), vous ne ferez aucune économie ; vous n’auriez de toute façon pas acheté de voiture. Si vous avez déjà une voiture, vous pouvez négocier des remboursements kilométriques sur notes de frais. »
À savoir. « La voiture de fonction est un avantage de plus en plus coûteux pour l’entreprise : en plus des charges sociales, il ne faut pas négliger le surcoût de la taxe véhicule de tourisme société qui est aujourd’hui de plus en plus important – environ 3 000 € pour un véhicule de huit chevaux fiscaux. »
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Dominique Perez
Octobre 2007