1 Quel est le profil recherché par les écoles ?
Les programmes de formation continue des grandes écoles s'adressent prioritairement aux salariés titulaires d'un diplôme de niveau bac + 2 minimum (BTS, DUT, IUP ou master) affichant au moins trois ans d'expérience professionnelle. Cependant, la règle peut être assouplie lorsque le dossier séduit le jury. « Nous acceptons jusqu'à un tiers de salariés qui, sans avoir les diplômes requis, font valoir une solide expérience professionnelle, souligne René Joly, responsable des mastères spécialisés à Télécom Paris. Les autodidactes purs et durs avec 20 ans d'expérience ont toute leur place chez nous ! »
2 Et si je suis demandeur d'emploi ?
Les possibilités de financement ouvertes aux salariés (via le congé individuel de formation ou le plan de formation de l'entreprise) manquent au demandeur d'emploi. D'autant plus que, souvent, les cursus diplômants des grandes écoles sont jugés trop longs et trop coûteux par les financeurs, qui préfèrent mettre l'accent sur des formations courtes et qualifiantes. Se renseigner auprès de chaque école.
3 Quel rythme ?
Le cursus « classique » (programme "Grande Ecole" en formation continue ou mastère) s'étale souvent sur deux années en alternance, à raison de deux jours tous les quinze jours (en fin de semaine). À quoi s'ajoute une semaine de regroupement chaque trimestre. Une formule qui permet de se former pendant les jours de RTT ou les congés. « Il peut être assez perturbant de quitter aussi souvent son travail, prévient cependant Anne-Sophie Karmel, diplômée du mastère spécialisé Management des systèmes d'information répartis, commun à Télécom Paris et à l'ESSEC. Cela sous-entend que des décisions sont prises sans vous… »
4 E-learning, une formule gagnante ?
Directeur de travaux chez Bouygues Télécom, Frédéric Bocquet, 34 ans, a du concilier sa formation et le suivi de chantiers dans toute la France. Il a passé de nombreuses soirées à l'hôtel, scotché à son ordinateur portable, fidèle aux rendez-vous de l'École des Mines de Douai : les enseignants organisent deux fois par semaine, de 20h30 à 22h30, des travaux dirigés en ligne. Les chances de réussite dans ces conditions sont-elles les mêmes que pour le cursus à temps plein ? "Les étudiants à distance s'en sortent mieux que les autres, affirme Michel Lecomte, responsable pédagogique. Ils sont beaucoup plus autonomes et bénéficient d'un suivi plus individualisé." C'est aussi une question de disponibilité et de tempérament : certains auront besoin de la contrainte d'une formation « in situ ».
5 Promotion mixte ou 100% formation continue ?
Partager les cours avec des étudiants en formation initiale ou rester entre salariés ? Les deux formules ont leurs défenseurs acharnés. Pierre-Guy Hourquet, à l'EDHEC, refuse un mélange qu'il juge hasardeux : "Les étudiants en formation initiale pourraient être les enfants de nos étudiants salariés ! Leurs vies sont très différentes. Leurs problématiques personnelles et psychologiques aussi." Avis partagé par Laurent Trioreau, responsable de la formation continue à l'ESCEM (Ecole supérieure de commerce et de management) de Tours-Poitiers : "À 20 ans ou à 40 ans, on n'a pas besoin des mêmes enseignements." À l'inverse, l'École des Mines de Douai mixe les publics. "Les plus jeunes sont beaucoup plus performants dans leurs méthodes d'apprentissage, remarque Damien Matton, qui a suivi le cursus en formation continue. Ils travaillent de manière plus collaborative. Ils m'ont obligé à évoluer."
6 Combien ça coûte ?
Il faut compter entre 12 000 et 14 000 euros pour un mastère spécialisé à Télécom Paris, 10 000 euros pour le cycle supérieur de management de l'EDHEC ou encore 28 000 euros pour le MBA de l'EDHEC. Un coup de bambou ! Il y a des exceptions : le programme formation continue de l'École des Mines, ouvert aux bac + 2 affichant au moins trois ans d'expérience, plafonne à 450 euros par an, grâce au financement de l'État. (Les adultes en reprise d'études à l'Ecole des Mines de Douai paie les mêmes droits que les étudiants en formation initiale.) Les frais de scolarité s'élèvent par exemple à 8240 euros par an (pendant trois ans) pour le programme Grande Ecole de l'ESC Lille.
7 Comment financer la formation ?
Beaucoup de salariés demandent à bénéficier du CIF (congé individuel de formation), ce qui leur permet de percevoir une partie de leur salaire et des frais de scolarité. Cependant, le Fongecif ne prend, en général, pas en charge la totalité des frais. Alors, il faut mettre la main à la poche. Pour le programme Grande École en formation continue de l'ESC Lille, David Fléchel a combiné le financement du Fongecif et les fonds personnels. Il a pris 3200 euros sur ses propres deniers, "soit un mois de salaire par année d'école". Anne-Sophie Karmel ne regrette pas l'effort financier : "Depuis la fin de ma formation en 2005, j'ai quasiment doublé mon salaire. Le retour sur investissement est positif !"
Autre cas de figure, beaucoup plus confortable : l'entreprise prend en charge tous les frais de formation, via son plan de formation. Le diplôme de Nasica Pasquin a ainsi été financé par France Télécom, y compris les voyages allers-retours Bastia-Paris. "Demander à l'entreprise de financer votre formation est un excellent moyen de voir si elle mise sur vous", remarque Laurent Trioreau, de l'ESCEM.
Enfin, le salarié peut conjuguer le DIF, le plan de formation et, pourquoi pas, un CIF. La tendance actuelle consiste en effet à croiser les financements. "Le DIF nous a amené à aménager nos programmes, explique Pascal Lefort, à Grenoble École de management. Dans trois ans, je suis convaincu que la moitié de notre activité en France sera financée par le DIF et par la professionnalisation."
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Sylvain Marcelli
Février 2007