Six questions clefs pour choisir sa formation

Diplômante, qualifiante ? Stage court ou long ? À temps plein ou à temps partiel ? Témoignages et conseils pour faire son choix.

Rien que le nombre de validations proposées en France peut faire tourner la tête. Côté public, 14 000 certifications environ, dont 10 000 dans les universités et au CNAM (conservatoire national des arts et métiers), 750 dans l'enseignement technique et professionnel de l'Éducation nationale (du CAP au BTS), 1 000 dans les ministères en charge de l'Action sociale, du Travail (l'Afpa), de la Jeunesse et Sports ou de l'Agriculture…

Côté privé, les écoles d'ingénieur et de management et les chambres de commerce et d'industrie dispensent également environ 700 titres. À côté de cette offre déjà pléthorique, une multitude de stages courts vous permettent de vous perfectionner, ou de vous initier à des domaines allant du développement personnel à la maîtrise d’un logiciel. Bref, choisir une formation n’est pas toujours aisé. D’autant que « les diplômes en formation continue n’ont pas la même durée de validité que ceux obtenus avant de s’engager sur le marché du travail, mettait en garde il y a peu en garde Béatrice Abadie, responsable de l’antenne du Fafiec (Fonds d'assurance formation ingénierie, études et conseil) dans l’Ouest de la France. Si ces derniers continuent à influencer nombre de recruteurs tout au long de votre carrière, les premiers doivent être valorisés en moyenne dans les deux ou trois ans, après leur suivi. » Prudence, donc, avant de vous lancer.

 

 

1. Diplômant ou qualifiant ?

 

Diplômes d’État, titres homologués ou certificats de qualification professionnelle (CQP)…, il existe différentes façons de valider une formation. Mais tous n’ont pas la même valeur.

Les diplômes d’État confèrent une reconnaissance sur le plan national. Il s’agit notamment des diplômes délivrés par les universités, comme les masters ou des diplômes de l’enseignement professionnel, ou les brevets de technicien supérieur (BTS). Chacun peut comprendre à la lecture de leur intitulé que vous avez effectué un certain nombre d’années d’études et votre niveau est « identifiable ».

A contrario, la reconnaissance des titres d’établissement dépend uniquement de la notoriété et de la réputation de celui qui les délivre, qu’il soit public (les universités dans le cadre de leurs diplômes d’université par exemple) ou privé.

Enfin, l’attestation délivrée par un organisme privé à l’issue d’un stage court n’apporte certes aucune reconnaissance officielle, mais il ne faut pas hésiter à la mentionner, surtout si le prestataire bénéficie d’une bonne renommée. Qu’il s’agisse de gestion des ressources humaines, management, bureautique, fiscalité…, ces sessions de quelques jours misent avant tout sur un savoir-faire opérationnel. Moins coûteux que les stages longs, les entreprises acceptent plus facilement de les prendre en charge.

 

2. Quel est mon projet ?

 

Où se voit-on dans trois à cinq ans ? Quelle fonction souhaite-t-on occuper ? Dans quel type d’entreprise ? Avant d’engager toute démarche, il convient de bien réfléchir à son projet professionnel à moyen terme.

« Le choix d’une formation doit passer par une bonne définition de ses aspirations tant personnelles que professionnelles, note Anne-Sylvie Humbert, conseillère Validation des Acquis de l’Expérience au KAP Cnam Pays de la Loire, par un bilan de ses acquis antérieurs et un recueil de facteurs externes tels que les attentes des recruteurs en termes de diplômes. Le choix d’une formation consiste donc en une analyse qui peut s’appuyer sur un soutien ponctuel type conseiller d’orientation ou encore sur des accompagnements professionnels, par exemple grâce à un bilan de compétences. »

 

Si vous souhaitez progresser en interne, une formation qualifiante apportant des compétences nouvelles suffira.

 

Si vous êtes en quête d’un diplôme pour envisager une mobilité externe, voire une reconversion, mieux vaudra opter pour un titre officiel qui vous permettra d’évoluer, voire de poursuivre vos études pour enchaîner, par exemple, sur un diplôme délivré par l’Education nationale. Attention aux usages du secteur que vous visez : si vous souhaitez travailler dans une SSII, un diplôme d’ingénieur sera plus apprécié qu’un master. Dans le monde des finances, les choses sont également très encadrées. C’est ce que souligne Hélène qui en juin 2008, suite à un départ négocié avec son employeur, fait un bilan de compétences.
À l’issue du bilan, l’objectif d’Hélène est clair : forte de ses 10 ans de travail dans la comptabilité, elle veut être RAF (Responsable Administratif et Financier) ou DAF (Directeur Administratif et Financier). Mais elle s’aperçoit très vite que «  [sa] « maîtrise de sciences éco et [son] diplôme de l’ISG ne suffisent pas. Il me fallait un ‘’passeport’’ : le DCG (Diplôme Comptabilité Gestion) ou mieux le DCGS (Diplôme Comptabilité Gestion Supérieur). » Hélène décide d’obtenir ce diplôme par le biais de la VAE. Sa licence lui donne déjà l’équivalence pour cinq des treize matières sur lesquelles porte le diplôme.

 

Pour ceux qui ne souhaitent pas s’engager dans un cursus long, mais désirent obtenir un savoir-faire opérationnel, d’autres possibilités existent – tels les certificats professionnels. Le Cnam propose ainsi près d’une centaine de certificats de compétence différents. Leur objectif : proposer aux salariés ou demandeurs d’emploi une spécialisation, une formation complémentaire dans le but de se reconvertir. Accessibles aux titulaires d’un diplôme de niveau bac + 2, ils comprennent 250 à 300 heures d’enseignement théoriques et pratiques, et comportent la réalisation d’un projet personnel ou d’un stage. Ils peuvent en outre constituer une partie de diplôme. « Si vous envisagez une réorientation professionnelle nécessitant le retour sur les bancs de l’école, préférez les programmes qui prévoient des stages ou la réalisation d’un projet personnel, conseille aussi Béatrice Abadie. Ce type de cursus permet d’avoir une première expérience dans la fonction et de rendre votre candidature plus convaincante. »

Autre possibilité : les organismes, incités par le droit individuel à la formation (DIF) proposent de plus en plus de formules modulaires. Un programme débouchant sur une formation qualifiante peut ainsi se composer de différents cours, pouvant être suivi les uns après les autres dans un délai allant jusqu’à plusieurs années pour les plus longs. Exemple : la Cegos propose un cycle métier de formateur en entreprise. D’une durée totale de 18 jours, la formation se répartit en cinq sessions de trois à quatre jours sur plusieurs mois, avec soutenance d’un projet professionnel à l’issue.

 

4. Quel est le ‘’plus’’ de la formation ?

Signe des temps, même sans désir d’évolution à court terme, de plus en plus de salariés cherchent à obtenir un diplôme dans une démarche purement « défensive » : sa possession reste en effet en France un élément déterminant pour retrouver un emploi. Pour ceux qui ont déjà un bagage conséquent, le ‘’plus’’ offert doit être clairement analysé. Suivre un programme diplômant si on en a déjà un doit répondre à plusieurs objectifs : une reconversion professionnelle après avoir réfléchi à ces chances de réussite, une volonté d’occuper un poste de direction dans un domaine précis ou le désir d’évoluer vers des fonctions de management nécessitant d’avoir une vue globale de l’entreprise.

« Attention à ne pas viser des formations surdimensionnées par rapport aux attentes et aux pratiques d’un employeur, met en garde Anne-Hélène Le Guennec, responsable du Fongecif Bretagne. Les formations longues et le diplôme peuvent tenter les cadres mais elles ne correspondent pas toujours aux besoins de l’employeur qui lui attend une formation technique précise. » Jean-Michel Mauduit, peut en témoigner. Titulaire d’un BTS d’infographiste, il est maquettiste dans une petite société de presse parisienne, Associés en Édition.  Changement des modes d’accès à l’information oblige, la société d’édition va progressivement passer ses magazines sur Internet. Un tournant auquel le graphiste doit s’adapter : mettre un magazine en page et le mettre en ligne, ce n’est pas le même métier. Employeur et salarié sont d’accord : une formation s’impose, mais où ? Pour choisir, Jean-Michel s’appuie sur deux critères : proximité et réputation de la structure. Il regarde donc les écoles parisiennes et après étude, fixe son choix sur l’École des Gobelins. « L’ École a une très bonne réputation, explique-t-il, et la formation est en adéquation totale avec le projet de l’entreprise. » Il commencera donc sous peu le stage « Concevoir et conduire un projet Web », une formation de 102 heures sur 17 jours. Tout le monde y gagne : l’entreprise va obtenir les compétences pour s’adapter aux tendances du marché et avec cette nouvelle compétence, Jean-Michel voit son job s’enrichir et son employabilité augmenter.

 

5. Temps plein ou temps partiel ?

Pour bien choisir votre formation, regardez bien l’investissement personnel qui vous sera demandé. « Pour préparer les cours, réaliser les projets personnels de type mémoire, souligne Anne-Sylvie Humbert, le travail personnel est nécessaire mais il est difficile à chiffrer compte tenu des modes d’apprentissage et des disponibilités de chacun. Le mieux est de prendre avis auprès de l’organisme de formation, d’étudier les différentes modalités possibles (enseignements à distance, en présentiel…) et de prévoir une organisation personnelle adaptée ». La plupart des candidats sous-estiment le travail personnel demandé : aux heures de cours proprement dites peuvent s’ajouter une vingtaine d’heures de travail personnel hebdomadaire. Il faut alors gérer son travail, les cours du soir et sa vie de famille. L’important est de choisir son rythme : un diplôme peut s’obtenir en deux ans, mais aussi en trois ou quatre ans. Pour plus de souplesse, certaines formations du CNAM sont désormais proposées sur des plates-formes d’e-learning. En d’autres termes, les « auditeurs » (c’est le nom des élèves du CNAM qui n’ont pas le statut d’étudiant) étudient à domicile via Internet.

 

Suivre une formation à temps partiel peut être aussi un choix judicieux. Les raisons sont multiples : cela permet au salarié de garder un pied et un œil dans l’entreprise, de ne pas se mettre en indélicatesse avec l’employeur mais aussi de rester libre de sa décision… au cas où la formation tourne mal. Marie de Metz-Noblat a ainsi réussi à conjuguer formation, responsabilités et projet personnel. En 2006, après 25 ans de marketing dans l’agroalimentaire, cette diplômée d’une école commerce est responsable de Swiss Cheese Marketing, structure de représentation des fromages suisses en France. Si la fonction l’amène à négocier avec les agences de communication, elle est également très opérationnelle. « Mon métier s’est progressivement orienté sur la communication grand public. Il me manquait des connaissances sensorielles, du vocabulaire. Je voulais approfondir la façon de décrire les produits. » L’employeur valide le principe d’une formation et Marie fait le tour de l’offre. Licence d’analyse sensorielle, écoles d’ingénieurs agronomes ? Trop long, trop éloigné du sujet. L’institut du goût ? Pas assez qualifiant. « J’ai alors découvert le D.U. d’analyse sensorielle de l’Université de Provence, à Suze-la-Rousse (Drôme), poursuit Marie. Destiné aux professionnels, le DU comporte une semaine de formation par mois pendant sept mois. Idéal pour mois d’autant qu’il se déroule dans une région vinicole et que le vin est le complément idéal du fromage ! » Le coût de la formation, 2 750 euros, est prise en charge au titre de la formation continue par l'AFDAS mais Marie doit financer les frais de déplacement et de vie sur place. L’alternance permet à Marie d’être sur les deux fronts et de préparer son avenir. En effet, la spécialiste du fromage a créé sa propre entreprise : elle est désormais consultante/Marketing en fromage et anime des ateliers pédagogiques.

 

Autre possibilité : les cours du soir. Le Cnam propose 38 masters professionnels hors temps de travail (HTT). Peu coûteux, ils se déroulent du lundi au vendredi soir (entre 18h et 21h30), et en journée le samedi. Et permettent de suivre une formation sans interrompre son activité professionnelle. Un constat d’autant plus vrai que la catégorie socioprofessionnelle du formé est élevée : charge de travail et niveau de responsabilité restent les mêmes.... Là encore prudence ! Les stagiaires sont unanimes : le rythme de la période de formation est exigeant.

Gérer son temps quand on travaille relève donc parfois du casse-tête. Ce n’est pas toujours plus facile quand on est en recherche d’emploi. Ainsi pour préparer son DCG, Hélène souffre. « J’ai travaillé quatre mois à temps plein, soupire-t-elle. Huit heures par jour, six jours par semaine… Et surtout j’ai travaillé seule : l’organisme n’assure pas d’accompagnement ! Mais je n’ai pas eu le choix : c’est le seul habilité à valider cette VAE. » Hélène peine également pour remplir le dossier d’expertise, et plus particulièrement sur le module « relations professionnelles ». « Quand on est en entreprise, explique-t-elle, il suffit de faire un stage et de rédiger un rapport. Moi, j’ai dû reconstruire une de mes expériences passées. » Enfin, fin janvier Hélène remet son dossier d’expertise (400 pages) et déjà elle prévoit de s’inscrire dès juin pour le DCGS.

 

 

6. Quel est le programme ?

 

Choisir l’organisme nécessite une attention particulière. Ne vous fiez pas sans réserve aux intitulés et vérifiez la notoriété de l’établissement qui proposent ces cursus ainsi que leur contenu. Attention, tous les organismes, y compris les plus sérieux, n’ont pas la même légitimité quels que soient les programmes proposés. Faites-vous communiquer les statistiques sur le nombre de diplômés, leur trajectoire professionnelle, le mode de sélection…

Pour vérifier ces informations, vous pouvez également contacter d’anciens stagiaires afin d’avoir leur point de vue sur l’enseignement et ce qu’ils en ont retiré. Vérifiez aussi la notoriété du programme auprès des employeurs, des cabinets de recrutement. « Vous pouvez vous faire aider par le service formation de votre entreprise ou les organismes extérieurs, type Opca, Fongecif, services formation continue des écoles et universités », insiste Béatrice Abadie qui dans le domaine informatique a par exemple recensé une liste de prestataires agréés pour le sérieux de leur formation que le Fafiec met à disposition des candidats et des entreprises adhérentes. Les tarifs peuvent fortement varier d’un organisme à l’autre, mais aussi en fonction du statut des stagiaires (salarié, demandeur d’emploi…).

La formation peut être prise en charge par un organisme financeur : avant de vous lancer, vérifiez cette possibilité.
Du projet à l’inscription au stage, la démarche demande du temps : ne vous y prenez pas au dernier moment !

Marie-Suzel Inzé

Avril 2009

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