Le CNAM, les universités ou encore les mairies… Nombre d’organismes proposent des formations en dehors des horaires de travail. Une formule séduisante pour se former incognito et pour un coût relativement modique, mais qui n’offre pas que des avantages : le rythme et la charge de travail peuvent vite devenir pesants. Pour réussir, mieux vaut être organisé. Et motivé.
Voici quelques années, lorsqu’elle est embauchée comme assistante juridique dans un cabinet d’avocats américain, Fiona* décide de « donner un nouvel élan à sa carrière ». Titulaire d’un BEP secrétariat, elle décide d’acquérir les connaissances nécessaires pour prendre en charge certaines recherches juridiques. En ligne de mire : décrocher une capacité en droit, diplôme d'État d'initiation juridique de niveau IV (niveau bac), en deux ans par cours du soir et le samedi. L’investissement est de taille. Quatre soirs par semaine, de 18 h à 21 h, elle suit les cours du Centre d’études permanentes de l’université Paris 1 - la Sorbonne. Quant au vendredi soir et au samedi, ils sont dédiés aux TD (travaux dirigés). « Je travaillais beaucoup. Le week-end, je préparais des fiches… pendant mes congés aussi d’ailleurs. » Il faut tenir. Beaucoup de candidats se découragent. « Au début de la formation, nous étions 175. Seuls 30 sont passés en seconde année de capacité. » Une sélection due au découragement ou au manque de disponibilité de certains élèves, qui trouvent les 12 heures de cours hebdomadaires trop contraignantes. Fiona, elle, s’accroche et obtient même son diplôme avec mention.
Se former incognito
Afin d’aider les salariés à construire leur parcours de formation en fonction de leur projet et de leurs disponibilités, certains organismes dispensent des cours le soir et le week-end (lire « Les principaux organismes proposant des cours du soir »). La Ville de Paris propose ainsi à elle seule près de 190 formations destinées exclusivement aux particuliers. Langues, informatique, cuisine, lecture rapide, mémorisation… on peut s’y former à tout ou presque. Seul bémol : n’ayant pas le statut d’organisme de formation, le bureau des cours municipaux d’adultes ne vous permet pas d’obtenir une prise en charge financière de la formation par l’entreprise. Ce qui est loin de rebuter les candidats, qui chaque année se bousculent. Il faut dire que le coût est modique : 110 euros pour un cours d’anglais semestriel de 30 heures… Cette initiative reste malgré tout peu imitée par les autres villes françaises. À quelques exceptions près, la plus grande partie des formations est dispensée par les services de formation continue des universités, ainsi que par les 28 centres régionaux du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), véritable place forte des cours du soir. Au total, 55 000 personnes y ont suivi des cours le soir et le week-end sur l’année scolaire 2004-2005, soit 65 % des inscrits. Principale motivation : poursuivre un projet individuel. Selon l’Observatoire des études et carrières du CNAM, « lorsqu’ils recherchent une promotion sociale ou une augmentation, les auditeurs préfèrent ne pas en parler à leur entreprise ».
Une formule peu coûteuse
L’autre raison de ce succès se trouve du côté des tarifs pratiqués, relativement abordables pour les salariés. Au CNAM, il faut en effet compter 120 euros annuels de droits d’inscription, auxquels s’ajoutent 40 euros par unité de valeur. Une somme que nombre d’auditeurs financent de leurs propres deniers, et qui fait des cours du soir une alternative intéressante pour ceux qui n’arrivent pas à obtenir un financement par leur employeur. D’ailleurs, au centre parisien, ils ne sont que 3 % à bénéficier d’une prise en charge par leur entreprise. C’est le cas de Jérôme, 32 ans, technicien en informatique chez Galderma à la Défense. Entré dans cette filiale de L’Oréal en 2000, après une première expérience de routier et avec pour seul diplôme un bac D, le jeune homme souhaite reprendre ses études. Objectif : « mieux appréhender certains aspects de [son] travail grâce aux cours de programmation », et progresser professionnellement. Mais il ne parvient pas à faire entendre raison à son employeur. Il s’inscrit alors aux cours du soir proposés par le CNAM « pour sa réputation auprès des entreprises ». Le chemin sera long. Le cursus dure quatre ans, au rythme de dix heures de présence hebdomadaire et de trois unités de valeur par semestre. Depuis la rentrée 2005, il se rend trois fois par semaine dans le IIIe arrondissement de Paris pour les cours en amphithéâtre, ainsi que le samedi pour les travaux dirigés (qui représentent la moitié de la formation). Mais ce n’est pas tout ; de retour à son domicile, il pianote sur son ordinateur pour suivre les cours en ligne.
Forte motivation exigée
Concilier travail, formation et famille : la difficulté est de taille pour les salariés, même les plus motivés. Si les échanges et les contacts quotidiens évitent l’isolement et favorisent l’émulation, la cadence – particulièrement élevée pour ceux qui veulent obtenir un diplôme – peut vite s’avérer pesante. Après un an, Jérôme, bien que particulièrement « enthousiaste du fait de la richesse de la formation et du brassage des élèves », pourrait opter pour la formation ouverte à distance, également proposée par le CNAM, afin de « passer plus de temps avec son fils ». Un avis partagé par Fiona, à qui les cours du soir ont redonné goût aux études, mais qui a choisi d’autres modalités pédagogiques. Après avoir enchaîné avec un DUT carrières juridiques par le biais d’un CIF à l’université Paris 13-Villetaneuse, « en un an au lieu de deux », elles’est inscrite en licence de droit en novembre dernier, mais cette fois par le biais d’une formation à distance avec le Centre audiovisuel d’études juridiques (1). Certes, le contact quotidien et les échanges avec les autres étudiants de sa promotion lui manquent, mais elle n’a aucun regret : la formule lui laisse une plus grande autonomie.
* Les personnes dont le patronyme n’est pas mentionné ont souhaité garder l’anonymat.
(1) Le Centre audiovisuel d’études juridiques (Cavej) (www.e-cavej.org) est un service d’enseignement à distance commun aux universités de Paris 1, Paris 2, Paris 5 (Malakoff), Paris 11 (Sceaux), Paris 13 (Villetaneuse) et Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines. En partenariat avec le CNED (Centre national d'enseignement à distance), il permet de préparer plusieurs licences et maîtrises en droit.
Stéphane Perissutti
Septembre 2006