Si les salariés apprécient leur entreprise, comme le montre la dernière étude de la Cegos sur le climat social (1), ce tableau presque idyllique cache de vraies zones d’ombre sur le plan individuel. Principal grief : leurs souhaits en matière d’évolution professionnelle et de formation ne sont pas suffisamment pris en compte.
Plus d’un salarié sur deux (57 %) se dit satisfait de travailler dans sa société, surtout les cadres. Mieux, 71 % apprécient l’ambiance de travail ! Le hic : les motifs de satisfaction tiennent davantage à l’intérêt de leur travail et aux relations entre collègues qu’à la politique sociale de leur entreprise. S’ils estiment bénéficier de conditions matérielles, de sécurité et d’horaires satisfaisantes, ils sont en revanche déçus du peu de réponses concernant leurs attentes personnelles. « Nous sommes passés du stade des revendications collectives à l’individualisme, constate Annick Allégret, responsable de l’unité RH à la Cegos. Les salariés ont de fortes attentes en matière d’évolution et de prise en compte de leur vie personnelle qui sont négligées par le management et les RH. »
Politique RH insatisfaisante. Près de la moitié des salariés considèrent ainsi que leurs souhaits d’évolution et de formation ne sont pas assez prises en compte. « L’employabilité induite par la loi sur la formation reste théorique, peu traduite dans les faits », constate Annick Allégret. Et de pointer « les lacunes des managers pour conduire l’évolution professionnelle de leurs équipes, mais aussi le manque de communication des DRH ». Pour preuve : seules 58 % des entreprises sondées par la Cegos disposent d’un entretien d’évaluation. Et quand il existe, 51 % des salariés le jugent inefficace pour aborder leur évolution. La formation, toujours très prisée, s’avère aussi insuffisante : bien que les entreprises dépensent plus que leur obligation légale sur ce point (3,5 % de la masse salariale en moyenne selon l’étude), un quart des salariés dit de pas accéder aux formations nécessaires pour réaliser leur travail, surtout dans les PME. Enfin, les niveaux de rémunération, élément clé du climat social, demeure une pomme de discorde : 35 % des salariés pensent que leur salaire est inférieur à leurs compétences, alors que 70 % des DRH estiment leur politique de rémunération adaptée au niveau du marché…
Implication en repli. Même si les relations entre DRH et partenaires sociaux semblent au beau fixe (les deux tiers des DRH affirment que ces relations sont constructives), le malaise social serait donc plus individuel, observe la Cegos. Des facteurs clés comme la confiance des salariés à s’adapter aux besoins de l’entreprise ou leur implication fléchissent respectivement de 7 et 4 points entre 2004 et 2007. « Les salariés continuent de croire en leur entreprise, mais ils se sentent de moins en moins dans le coup. L’entreprise doit agir davantage sur leurs besoins et redonner du sens à ses orientations stratégiques », analyse la consultante. Les DRH semblent en avoir conscience ; la première priorité citée est d’équilibrer les intérêts entre les attentes des actionnaires, de l’entreprise et des salariés. Reste à savoir comment négocier ce grand écart…
(1) Enquête sur le Climat et les relations sociales dans l’entreprise. Octobre 2007. Réalisée en mai/juin 2007 auprès de 146 DRH et 3180 salariés d’entreprises, de moins de 200 salariés à 2000 salariés et plus. Synthèse sur : www.cegos.fr
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Lydie Colders
Octobre 2007