CIF : les salariés franciliens en quête d’informations

Plus inquiets mais aussi plus attentifs aux moyens de sécuriser leur carrière : tel était l’état d’esprit des salariés venus s’informer au Fongecif d’Île-de-France lors de la seconde édition des portes ouvertes, organisée le 16 mai dernier. Reportage.

La crise freine-t-elle les désirs de changement des salariés ? Le nombre de personnes qui circulaient ce samedi midi au rez-de-chaussée du Fongecif Ile-de-France semblerait prouver plutôt le contraire… (lire aussi l'interview de David Mazurelle, directeur du Fongecif Île-de-France.) Pour la deuxième édition de ces « portes ouvertes », 750 personnes avaient fait le déplacement, soit presque autant que pour la première édition en octobre dernier. À l’espace documentation en ligne, pratiquement tous les postes informatiques sont occupés, tandis que dans les couloirs, ils sont des dizaines à faire la queue, pour une réunion d’information ou pour un entretien individuel avec un conseiller. Objectif : se renseigner sur les possibilités de CIF (Congé individuel de formation) et de bilan de compétences.

 

Initiative personnelle. Beaucoup viennent avec une idée en tête, souvent précise, mais sans toujours posséder les clés de sa concrétisation. À l’instar de Romain, 32 ans, employé dans la maintenance automobile. Son souhait : devenir ingénieur et quitter son entreprise pour le secteur de la chimie. Il insiste sur le fait que son projet relève d’une initiative personnelle, que le contexte de crise n’est pour rien dans sa démarche. Depuis quelques semaines, il se renseigne par Internet. « Je suis venu pour savoir si mon projet était cohérent, si mon dossier avait une chance d’être accepté par le Fongecif, et comment je devais procéder concrètement. » Romain repart avec l’impression que « son dossier a 50 % de chance » d’être accepté.

 

Sécuriser son parcours. Ceux qui évoquent la conjoncture ne craignent pas vraiment pour leur emploi, mais ont à cœur de sécuriser au mieux leur évolution professionnelle. Assistante maternelle depuis vingt ans, Thu, 43 ans, rêve de reconversion. Elle patiente dans la salle d’attente pour un entretien personnalisé, avec une certaine anxiété. « Depuis des années, je veux changer de métier, connaître un autre milieu, avoir un niveau bac + 2. » Évoquant les conditions parfois difficiles de sa profession, elle raconte avoir essuyé trois refus de la part de son employeur au moment de monter un projet de formation longue. Thu espère que l’entretien lui permettra de cerner les différences entre les formations qu’elle a sélectionnées. « J’aimerais avoir des informations sur la santé économique des secteurs qui m’intéressent, car je cherche une vraie stabilité pour l’avenir. » Même prudence chez Olivier, lui aussi désireux de se reconvertir. Cadre informaticien depuis 16 ans, il « a envie de tourner la page » pour intégrer le secteur du développement économique, mais sans précipitation. « Je veux assurer le plus possible mon parcours », explique-t-il. Quand CIF rime avec reconversion, les postulants craignent la réaction de leur employeur – qui pourtant ne peut que reporter l’autorisation d’absence nécessaire. « Mon chef risque de me dire que la formation que je souhaite suivre n’a aucun rapport avec mon métier », déplore Olivier. « Je me prépare à un double refus, celui de l’organisme de formation, ou celui de mon employeur. Je souhaite avoir des conseils sur la stratégie à adopter. »

 

Évoluer dans son entreprise. À côté de la reconversion, l’évolution de carrière est également source de motivation pour les salariés. Jean-Paul, 46 ans, est arrivé plutôt détendu aux portes ouvertes. « Je suis ici pour me renseigner sur les masters. Mon entreprise est en plein développement vers l’Europe, et j’aimerais accompagner ce mouvement », explique ce technicien d’une entreprise d’informatique. Son employeur le soutient depuis le début dans son projet et lui a indiqué les coordonnées du Fongecif. « J’ai trouvé l’école, il ne me reste plus qu’à valider mon dossier. » Léa est aussi en passe de finaliser son projet. Responsable d’agence d’une société de transfert d’argent, cette jeune femme de 32 ans cherche une licence professionnelle dans le secteur de la finance, afin de pouvoir prétendre à des postes d’encadrement. Elle a déjà reçu l’aval de sa hiérarchie, mais souligne que c’est à elle seule qu’elle doit sa motivation. « Si on ne fait pas l’effort, les employeurs ne viennent pas nous chercher. »

 

Faire le point. Impossible cependant de faire abstraction des difficultés sur le front de l’emploi. Mireille est venue suite à l’annonce d’un plan de départs volontaires par son employeur. Chargée de paye dans un hôtel, elle se dit que « c’est l’occasion de changer d’environnement ». Elle sera orientée vers un bilan de compétences. Signe des temps également, la présence d’un stand de Pôle emploi, qui ne désemplit pas. Pour cette deuxième édition des portes ouvertes, les demandeurs d’emploi ont représenté 14 % des visiteurs, contre 9 % lors de la première édition.

Catherine de Coppet

Mai 2009

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