Outil idéal pour se reconvertir, acquérir un diplôme... le congé individuel de formation demande un gros travail préliminaire. Elaboration du projet professionnel, choix de la formation, rédaction de la lettre de motivation... Conseils pour réussir sa démarche.
« Je veux évoluer ! » Ce cri du cœur, c’est celui de Laurent Beauvois, le patron de la boutique rouennaise d’Harmonia Mundi. À 44 ans, ce passionné de musique suit, depuis dix mois et à raison d’une semaine par mois, le programme « Objectif Manager » du Groupe ESC Rouen, pôle Formation Continue. Ce cycle d’un an délivre le titre de « Responsable en gestion d’entreprise », homologué niveau II. Laurent, titulaire d’un BTS Action Commerciale, a ainsi trouvé la clé pour développer ses compétences managériales. « La formation m’ouvre sur des champs nouveaux, s’enthousiasme-t-il. Management, gestion, sociologie, droit du travail, marketing, développement personnel… j’acquiers une vision globale du fonctionnement de l’entreprise et j’apprends à mieux me connaître ! Tout cela va m’être utile dans une fonction d’encadrement. » Pour financer cette formation qui lui donnera le niveau bac + 4, Laurent utilise le Congé Individuel de Formation (CIF), un dispositif géré par les Fongecif (Fonds de gestion du congé individuel de formation) accessible à ceux qui, en CDI ou CDD, veulent acquérir un diplôme, changer de métier ou rester en phase avec leur marché…
Principal avantage : une prise en charge pour tout ou partie de la rémunération pendant la formation et du coût de celle-ci (les frais d’hébergement ou de déplacement pouvant aussi être financés). Ainsi le Fongecif Haute-Normandie a assuré le salaire de Laurent et 90 % des coûts pédagogiques. Mais attention, cette belle manne n’est pas si facile à décrocher. Spécialement pour les cadres… « Un dossier sur trois – parmi les dossiers recevables – est refusé pour les demandes de cadres et ingénieurs en CDI, explique par exemple le Fongecif Ile-de-France, qui a financé près de 8 000 CIF en 2007. Nous privilégions majoritairement les ouvriers et les employés…» À l’opposé, les demandes de cadres/ingénieurs en CDD reçoivent un bien meilleur accueil : neuf dossiers sur dix trouvent gain de cause.
Peaufiner son projet professionnel
Au-delà des contraintes de budget et des critères de priorité propres à chacun des 26 Fongecif, la recette de la réussite tient à un facteur essentiel : la pertinence du projet professionnel. Pour vous aider à définir votre projet et convaincre la Commission Paritaire du Fongecif (composée de représentants patronaux et syndicaux), un bilan de compétences peut être d’une grande aide. Spécialement quand il s’agit d’amorcer un changement complet de métier.
Ce fut le choix de Sylvie Pecqueur, en poste il y a peu encore à la Direction Financière du laboratoire Bristol-Myers-Squibb. À 36 ans, cette assistante de direction est devenue… déléguée médicale. À l’origine de ce virage à 180°, l’envie d’explorer un nouveau métier et de se remettre en question. « J’étais assistante de direction depuis 13 ans ! raconte-t-elle. Je me suis demandée si je voulais exercer le même métier toute ma vie…» Aussi, lors d’un entretien annuel d’évaluation, elle expose ses interrogations et son projet à sa responsable RH : devenir visiteur médical au sein de l’entreprise. Elle écoute le projet avec attention et propose d’entrée un bilan de compétences. « Le fossé entre les deux métiers était énorme, reconnaît Sylvie. Il ne fallait pas se tromper ! » Confirmée dans son choix par le bilan de compétences, Sylvie soumet sa demande de CIF au Fongecif.
Une lettre de motivation détaillée
« Mon dossier a été accepté du premier coup ! se réjouit Sylvie. Dans ma lettre de motivation, j’ai raconté mes 13 années d’assistanat de direction et ma volonté de découvrir un nouvel horizon professionnel. J’ai précisé que mes enfants avaient grandi et que j’étais désormais disponible pour un métier de terrain. J’ai indiqué que j’avais fait un bilan de compétences pour valider mon projet et que j’avais une bonne idée du métier, grâce à deux journées passées sur le terrain avec des visiteurs médicaux. » Sylvie argumente également sur le choix de sa formation : l’école de la visite est la formation unique et indispensable pour devenir visiteur médical. Elle a aussi un atout clé : la quasi-certitude d’être recrutée par le laboratoire (lire aussi Bouger en interne). « La lettre doit témoigner de la maturité du projet professionnel, résume Renée Husson, directrice du Fongecif Rhônes-Alpes. Elle permet au Fongecif d’apprécier l’employabilité du demandeur et sa motivation : informations sur le métier visé, sur les fonctions, les débouchés, les difficultés, listes des démarches entreprises, depuis le bilan de compétences jusqu’à la recherche d’un autre financement en cas de réponse négative du Fongecif ! »
Ainsi, si vous envisagez de créer ou reprendre une entreprise, vous préciserez les contacts que vous avez eus (Chambres de Commerce et d’Industrie, Chambres des Métiers et de l’Artisanat) et l’état d’avancement du projet (études de marché, business plan, demandes de subvention). Mieux vaut donc être à l’aise avec l’écrit. Dans le cas contraire, vous pouvez participer aux ateliers d’expression écrite du Fongecif (Ile-de-France).
Pour Sylvie, l’écrit n’était pas un problème. Pas plus que le changement de métier, car notre assistante de direction passe avec aisance du jargon financier au jargon médical : physiologie, maladies, molécules, règlementation… Après six mois de cours à temps complet à l’école de la visite médicale, la voilà donc dûment diplômée. Un an plus tard, les deux parties sont gagnantes : sur certains produits, Sylvie s’est classée en tête des quelque 300 visiteurs médicaux. L’histoire n’est pas finie : Sylvie rejoint maintenant la Division Hôpital du laboratoire…
Mettre son employeur de son côté
Tout le monde n’a cependant pas la chance de Sylvie. Si l’autorisation d’absence, préalable à toute demande au Fongecif, est une formalité administrative, les entreprises peuvent être réticentes à se séparer de leurs salariés. Si votre volonté est de progresser dans l’entreprise, parlez-en d’abord avec votre hiérarchie qui n’apprécierait pas d’être mise au pied du mur. (lire aussi "financer sa formation") Même en arguant du fait que salaire et cotisations, sociales et patronales, sont pris en charge par le Fongecif, l’affaire n’est pas gagnée d’avance. L’employeur est en droit de reporter son accord, et ce pour un maximum de neuf mois. Il peut aussi mettre le demandeur sur liste d’attente dans le cas où il a déjà accordé un CIF à 2 % des salariés de l'entreprise. Inutile de dire que dans les PME et les TPE, la négociation est délicate. « Mon responsable direct m’a d’abord dit non !, se souvient Laurent. Dans le secteur culturel, la personnalité et la culture générale comptent davantage que le niveau d’études. » Cette PME de 250 salariés avait sans doute quelques sujets d’inquiétude : l’absence répétée du patron de cette boutique qui ne compte que deux salariés (Laurent et un vendeur) pouvait entraîner une baisse du chiffre d’affaires. De plus, faire progresser un collaborateur, n’est-ce pas prendre le risque de le voir partir ensuite vers de nouveaux horizons ?
Mais Laurent est tenace alors il insiste. « J’ai démontré à mon directeur qu’avec cette formation, je serai plus performant ! confie-t-il. Mieux, j’ai annoncé que je réaliserai mon mémoire de fin d’études sur l’entreprise. » Bingo ! Convaincue par la motivation d’un salarié en poste depuis cinq ans, l’entreprise le soutient dans son projet et accorde l’indispensable autorisation d’absence. Reste alors à Laurent à conjuguer vie professionnelle, vie familiale, devoir de groupes et rédaction du fameux mémoire. « Une année fatigante ! admet en souriant ce père de deux enfants. Mais le jeu en vaut la chandelle. J’espère bien passer chef de secteur et encadrer plusieurs boutiques. Ou bien prendre une responsabilité à la production…» Des perspectives d’avenir qu’il faudra transformer…
Marie-Suzel Inzé
Avril 2009