Formation au management : la remise en cause d’après-crise

Conséquence de la crise, les cursus dédiés aux managers ont été sérieusement revisités. Au programme : « social business », nouvelle gouvernance, réflexion et prise de risque.

Et si on changeait tout ? La proposition n’émane pas d’un groupuscule révolutionnaire, mais de deux institutions ayant pignon sur rue : HEC et l’université d’Oxford ont en effet décidé de s’associer pour créer un nouvel Executive Master au nom on ne peut plus explicite : « réinventer le management ». « La crise a montré les limites des modèles actuels fondés sur la seule recherche du profit, explique Bertrand Moingeon, DG adjoint d’HEC, notamment en charge des activités de formation continue. Nombreux sont aujourd’hui les managers qui s’interrogent sur la façon de sortir de l’impasse en explorant de nouvelles formes d’organisation. »

Le concept du « social business »

D’une durée de un an – six modules de quatre jours chez les deux partenaires – ce cursus alterne conférences et travaux en petits groupes. À l’issue de la formation, chaque participant devra présenter un projet personnel débouchant sur une réorganisation de son entreprise ou de son service, en tenant compte des nouveaux enjeux : éthique, développement durable… « Pour les guider dans leurs cheminements, nous allons leur présenter le concept de “social business” initié par le prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus, qui a créé au Bangladesh la Grameen Bank, la “banque des pauvres”. En s’appuyant sur le microcrédit, cette institution financière cherche à maximiser le profit social en permettant le développement des plus pauvres », ajoute Bertrand Moingeon. Autre modèle étudié : celui des coopératives qui instaurent un nouveau mode de gouvernance. « Notre objectif n’est pas de proposer des recettes clés en main, mais d’inviter les managers à prendre du recul et à faire preuve de créativité pour mieux tirer partie de la reprise. »

Nouveaux axes de développement

Emblématiques d’une recherche de nouveaux modèles d’organisation tirant les leçons de la crise, HEC et l’université d’Oxford ne sont pas les seules à se positionner sur ce créneau exploré dès l’an passé par l’Insead. Sciences po se lance aussi dans l’aventure. « Après la crise, on ne peut plus regarder les choses de la même manière », assure Caroline Vène-Rautureau, directrice adjointe de la formation continue. Le nouvel Executive Master « Action stratégique et développement international » proposé par l’institution – sept modules d’une durée totale de un an –, vise lui aussi à familiariser les participants aux nouveaux enjeux (développement durable, montée en puissance des pays émergents, innovations technologiques…) pour les aider à réfléchir à de nouveaux axes de développement.

Les cadres pressés pourront se contenter d’une version « allégée » du cursus sous forme de séminaires d’une journée dispensés par l’Université des dirigeants créée par Sciences po en partenariat avec le cabinet de conseil Dynergie, filiale d’Altedia. Le matin est consacré à une présentation d’un sujet du master, l’après-midi à des exercices pratiques où les participants peuvent évaluer les conséquences concrètes de la prise en compte de ces enjeux sur leur entreprise avec l’aide de consultants. Ces séminaires peuvent être complétés par une semaine de cours dans des universités partenaires (Inde, Corée, Japon, États-Unis). Une façon de se familiariser avec des modes de pensées et de fonctionnement différents. Réflexions et prises de risques Pour aider les entreprises à trouver de nouvelles pistes de développement, l’EM Lyon a pour sa part renforcé son offre centrée autour de l’intrepreneuriat. Ces cycles courts de deux ou trois jours s’adressent à des cadres et dirigeants mis dans la peau d’entrepreneurs. Un accompagnement leur est dispensé pour faire progresser leur réflexion sur la définition de nouveaux projets, leur validation, leur mise en œuvre… « Le but est de les inciter à prendre des risques pour sortir des sentiers battus, souligne Chantal Poty, responsable de la formation continue de l’EM Lyon. Ces formations sont centrées sur l’innovation et étudient les différents leviers sur lesquels on peut agir (son marché, ses valeurs…). Il s’agit de redonner du sens au travail et de recréer du rêve. Les entreprises se sont enfermées dans des logiques bureaucratiques avec des modes d’organisation contraignants. Il faut une nouvelle dynamique. »

Laurence Estival

Décembre 2009

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