Tout en se recentrant sur leur offre traditionnelle, les organismes de formation continuent cependant d’innover. Plus sur la forme que sur le fond.
Auraient-ils lu dans le marc de café ? Avant même que la crise financière atteigne l’économie réelle, les nouveaux catalogues des organismes de formation, concoctés au printemps dernier, frappent tout d’abord par leur sobriété. Et leur pragmatisme. Finis les stages de culture générale qui visiblement ont eu quelques difficultés à rencontrer leur public. Oubliés les programmes proposant aux candidats de mieux se connaître sans qu’un lien ne soit établi avec leur activité professionnelle... « Les participants comme les employeurs veulent du concret et de l’opérationnel », illustre Raphaëlle Gauducheau, directrice du développement de Demos. Comme ses concurrents, le prestataire a recentré son offre autour de questions clés : comment être plus efficace ou comment s’adapter au changement ? Dans ce contexte, les stages de management et de développement personnel adaptés à des situations vécues dans l’entreprise et les formations techniques destinées à accompagner la relève des papy-boomers se taillent la part du lion. Nombre d’organismes ont également initié des programmes de « management de la diversité », une des rares nouvelles thématiques des catalogues, correspondant à une préoccupation très actuelle.
Gestion des priorités
Dans le domaine du management, les programmes orientés vers la gestion d’équipe ou de projets ont le vent en poupe. « Les entreprises favorisent de plus en plus le travail collaboratif », souligne Catherine Goutte, directrice du développement de la Cegos. Des modules permettant aux salariés de mieux s’organiser ou de savoir déléguer font une percée significative.
En matière de développement personnel, le leadership et l’affirmation de soi sont les vedettes de cette année 2009. « Dans un contexte de crise, les compétences transverses vont faire la différence », résume Sophie Bolloré, P-DG de Docendi, qui lance un nouveau stage sur le « courage managérial ». Autre valeur à la hausse : la gestion du stress et de son temps. « Les salariés ont de plus en plus de mal à s’organiser. Ils sont envahis par les mails, sont sans arrêt sollicités. Il leur faut apprendre à dégager des priorités et à communiquer à bon escient et au bon moment », estime Christophe Boisseau, directeur communication et marketing de l’IFG-CNOF.
Des formations métiers et modulaires
Le départ en retraite des baby-boomers a pour sa part remis au goût du jour les formations métiers. « Elles sont nécessaires pour accompagner ceux qui vont prendre la relève », met en évidence Raphaëlle Gauducheau. Pour favoriser cette montée en puissance, les stages sur les techniques spécifiques aux directions achat, marketing, communication, ressources humaines, financières, juridiques ou informatiques, pour n’en citer que quelques-uns, présents depuis plusieurs années, ont été toilettés. Plus courts, plus directement reliés à des problématiques d’entreprise, ils tendent à s’organiser dans le cadre de parcours composés de plusieurs modules dont chacun est axé sur une technique particulière. « Les salariés n’ont plus le temps de s’absenter pour suivre des formations de une, voire de plusieurs semaines. En revanche, ils ont la possibilité de s’organiser pour revenir en cours deux jours tous les quatre mois », observe Christophe Boisseau.
Les masters ont le vent en poupe
Nombre d’organismes nouent des partenariats avec des écoles et des universités pour transformer ces formations métiers en de véritables diplômes : la Cegos, qui s’est rapprochée de Grenoble École de management ou de l’École des mines de Paris, entend bien dans les prochains mois étoffer son offre de masters au même titre que Demos. « Ces cursus correspondent à une attente des cadres, mais aussi des entreprises intéressées par des programmes permettant aux participants d’acquérir une véritable expertise », remarque Catherine Goutte. C’est, par exemple, le cas du mastère spécialisé en qualité, sécurité, environnement réalisé en partenariat avec l’École des mines de Paris. Dans le même ordre d’idée, Grenoble École de management ouvre tous ses mastères spécialisés à la formation continue.
Sciences po Paris enrichit, quant à lui, son offre avec deux nouveaux executive masters : l’un en ressources humaines et l’autre appelé « trajectoire manager ». Ce dernier, axé sur le management et destiné aux quadras venant de prendre des fonctions de directeur d’unité, est dispensé en collaboration avec l’université écossaise de Saint-Andrews. Demos, comme la Cegos, est également en train de se rapprocher d’universités ou d’écoles européennes pour proposer des formations diplômantes.
Internationalisation
L’un des objectifs des organismes de formation continue est également d’accompagner les entreprises dans l’internationalisation de leurs activités. La Cegos propose dans son nouveau catalogue plusieurs formations métiers en anglais. « Pour répondre au téléphone ou pour travailler avec des collègues à l’autre bout du monde, nos clients ont besoin de collaborateurs capables de se comprendre sur des questions techniques », note Catherine Goutte. Pour sa part, Sciences po déploie des séminaires en anglais autour de thèmes tels que la gouvernance, le marketing, les ressources humaines… Pour faciliter l’implantation à l’étranger ou rendre plus efficace les collaborations entre les équipes, la Cegos a enrichi son offre de programmes au management interculturel en proposant des modules sur le Brésil, la Chine, l’Inde ou la Corée. L’EM Lyon de son côté commercialise des « certificats » axés sur les ressources humaines, le leadership et la direction d’une activité sur son campus de Shanghai. Tous les prestataires ont en outre initié de nouveaux stages dans le domaine du management des équipes à distance, autre best-seller de cette rentrée.
Accompagnement
Classiques sur le fond, les organismes sont en revanche plus innovants sur la forme. La tendance depuis quelques années est au raccourcissement de la durée des formations. Peu de stages s’effectuent aujourd’hui sur plus de deux jours. Pour répondre à ces attentes, les organismes misent sur les formules mixtes (stages en salle de cours complétés par des modules en e-learning) qui permettent aux salariés de préparer la formation en amont ou de pouvoir revenir, à l’issue de celle-ci, sur les enseignements suivis. Chez Demos, les participants peuvent ainsi se connecter pendant un an pour revoir les cours.
Pour renforcer l’efficacité des stages de plus en plus courts, les organismes privilégient d’autre part l’accompagnement des participants. L’IFG-CNOF propose un coaching aux salariés inscrits : ils peuvent bénéficier de deux séances supplémentaires d’une demi-journée pour élaborer leur propre plan d’action par rapport à la problématique abordée en stage. Un suivi personnalisé qui n’est d’ailleurs plus l’apanage des organismes classiques : « Nous proposons des programmes en management où les participants, individuellement, peuvent bénéficier de l’aide d’un coach pendant une durée de trois mois », indique Pascal El Graby, directeur de Crossknowledge, organisme spécialisé dans les formations à distance.
Formations ludiques
La souplesse du e-learning, qui gagne à sa cause de plus en plus d’entreprises, oblige en outre les organismes dont le cœur de métier reste les formations en salle, à redoubler d’imagination : « Les salariés, s’ils sont d’accord pour assister physiquement à des formations, nous demandent aujourd’hui de leur apporter autre chose que des cours classiques qu’ils pourraient suivre derrière leur ordinateur », reconnaît Raphaëlle Gauducheau. Dans ce cadre, de nombreuses formations « ludiques » émaillent les pages des nouveaux catalogues : des comédiens, des prestidigitateurs, des sportifs sont ainsi mobilisés pour aider les participants à mieux poser leur voix pour préparer une intervention orale, à trouver les mots clés pour un exposé écrit, à captiver leur auditoire, à mieux gérer leur stress…
L’Institut Emergences, pionnier en matière de stages utilisant la technique du détour – une pédagogie consistant à transposer dans le management, des techniques utilisés par exemple dans le théâtre, la peinture, le cirque… –, a ajouté à son offre un stage axé sur la musique qui rencontre de plus en plus d’écho : « Il s’agit, à partir de deux morceaux totalement différents d’en construire un troisième, explique la responsable, Valérie Boisgelot. Cette technique permet d’aborder la question des fusions. On s’aperçoit que la nouvelle culture commune doit s’appuyer sur celles des deux entreprises qui se rapprochent. Chacun doit y retrouver son compte. » Comme quoi, tout en étant ludique, il est possible d’être sérieux…
Laurence estival
Janvier 2009
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