À l’heure où les entreprises incitent leurs collaborateurs à utiliser leur DIF (droit individuel à la formation), ceux-ci s’interrogent : faut-il répondre à l’appel ou cumuler ses heures pour suivre une formation plus longue ? La réponse dépend du projet…
Cette année, Fabien Muller, ingénieur projet à la direction organisation et méthode de la Lyonnaise des eaux, a rempli le formulaire avec ses demandes de formation, exprimant son souhait de suivre un programme de finances pour non-financiers. « Je travaille régulièrement avec la direction administrative et financière et je souhaitais mieux comprendre mes interlocuteurs », explique-t-il.
Si le stage a été accepté, Fabien a toutefois eu la surprise de se voir proposer de le réaliser en mobilisant ses droits acquis dans le cadre du DIF. Motif invoqué : cette formation n’étant pas nécessaire à l’exercice de sa fonction, elle ne pouvait pas être financée par le plan de formation de l’entreprise. « De toute façon, je préfère être formé régulièrement plutôt que d’accumuler des droits. Et si le DIF permet d’élargir le champ des possibilités, je trouve la démarche intéressante », mentionne Fabien. Depuis, il s’est renseigné afin de mieux réfléchir à la manière d’utiliser ses droits pour ses prochains objectifs.
Connaître ses droits
Cette attitude devrait être celle de tous les salariés. D’autant que les entreprises, inquiètes de voir les compteurs augmenter, et donc la facture à payer s’alourdir, accentuent la pression sur leurs collaborateurs pour qu’ils utilisent leur DIF. « Nous incitons mais nous n’imposons pas », nuance Dominique Szulka, directeur de la formation de SFR. Du coup, c’est le moment idéal pour faire part de ses projets.
Première solution : accepter de répondre à l’appel des employeurs. Francis Chalutaud, responsable support équipement au sein du service maintenance de SFR a choisi cette voie. « J’ai suivi un stage “devenir éco-citoyen”. Une formation que l’on peut utiliser tant dans son travail que dans sa vie personnelle », insiste-t-il. À 56 ans, Francis, qui estime que sa carrière professionnelle est largement derrière lui, préfère ainsi bénéficier des opportunités en puisant dans le catalogue interne de son entreprise. Après avoir suivi ce premier stage de huit heures, il envisage de continuer à piocher dans son capital en s’inscrivant à un autre module de quatre heures pour apprendre à construire son site Internet, car les droits acquis peuvent être fractionnés.
Nicolas Beaudouin, directeur de pôle de la direction régionale de Paris de KPMG a lui aussi décidé de consommer son DIF, mais pour de toutes autres raisons : « J’ai suivi une formation de management des commerciaux qui aurait pu entrer dans le cadre du plan de l’entreprise, mais comme elle n’était pas encore retenue, j’aurais dû attendre. Utiliser mon DIF m’a donc fait gagner du temps », indique ce cadre pressé.
Réfléchir à ses besoins
Reste qu’avant de butiner dans l’offre interne de l’entreprise ou celle des organismes de formation, mieux vaut avoir réfléchi à ses besoins. Jean-Luc Trescases, chef de projet à la direction des services informatiques de la Lyonnaise des eaux l’a appris à ses dépens : « J’ai demandé à utiliser mon DIF pour aller en Angleterre participer à un stage en immersion. J’avais accumulé vingt heures, soit une semaine. Mais je me suis rendu compte qu’il aurait été plus judicieux d’attendre l’année suivante pour pouvoir bénéficier de deux semaines », souligne-t-il.
Aurélie Forcheron, 27 ans, se félicite d’avoir eu le comportement inverse : cette titulaire d’un BTS, assistante de gestion à la Compagnie du Rhône, avait bien fait attention de ne pas dilapider ses droits, préférant les capitaliser pour financer une partie d’une formation diplômante afin d’accéder au statut cadre. L’occasion s’est seulement présentée plus vite que prévu : « Un poste de gestion des conventions avec les chambres de commerce et d’industrie s’est libéré. Mon employeur m’a suggéré d’utiliser mon DIF pour mettre mon projet à exécution, mon entreprise finançant le reste », met en avant la jeune femme qui, depuis le mois de février, prend régulièrement le chemin de l’EM Lyon où elle prépare le programme général de management, un cursus diplômant qui dure dix-huit mois à temps partiel.
Utiliser son DIF pour retourner sur les bancs de l’école, telle a été aussi la stratégie d’Antoine Jacquet. À 31 ans, cet avocat aujourd’hui directeur des affaires européennes chez Safran Sagem DS ambitionne de prendre en charge une business unit. « Pour combler mes lacunes en gestion financière et management des process industriels, je voulais faire un MBA [Master of Business Administration]. Mais n’ayant pas le profil de la plupart des cadres destinés à évoluer – ingénieurs de grandes écoles, X-mines ou Sup-Aéro –, je savais que je n’obtiendrais que peu de soutien financier, analyse-t-il. En revanche, mon entreprise ne pouvait pas me refuser d’utiliser mon DIF, d’autant que depuis cinq ans, je n’ai jamais fait de demande de formation. » Résultat : Antoine obtient que cent vingt heures de son Executive MBA de Dauphine soient financées par sa société : soixante heures cumulées sur trois années dans le cadre du DIF, et soixante heures provenant d’un dispositif similaire que l’entreprise avait initié avant la loi. « Cela ne représente que 13 % du coût total, soit 2 900 €, mais c’est toujours bon d’accepter cette participation qui réduit le coût restant à votre charge », lance l’intéressé.
Cumuler les dispositifs
Pour financer l’Executive MBA qu’il a suivi à l’EDHEC (école supérieure de commerce), Emmanuel Ogée, 36 ans, ingénieur commercial chez Cegelec a eu, lui, plus de chance : sa demande d’utiliser ses quarante heures de DIF ayant été ratifiée, il dépose ensuite un dossier pour obtenir un CIF (congé individuel de formation), lui aussi accepté. « Le DIF peut intervenir en complément d’autres dispositifs. En cumulant les deux, j’ai obtenu le financement d’un tiers de ma formation et le paiement de mon salaire quand je suis en cours, contrairement à la plupart des autres participants qui doivent déposer des jours de RTT ou de vacances pour se libérer », met-il en évidence. À bon entendeur…
Le chiffre
3 % des salariés ont déposé une demande de DIF en 2006.
75 % des entreprises n’ont rejeté aucune demande.
La majorité des formations acceptées ont concerné les langues (35 %), l’informatique (16 %), les formations métiers (16 %) et le développement personnel (15 %).
Sources : premier baromètre DIF FFP/GARF.
Vous vous posez des questions sur le DIF, vous cherchez un conseil... Venez échanger sur le forum.
Laurence Estival
Mai 2007
Commentaires
Pas de commentaires pour le moment
Ajouter un commentaire