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Entretiens : « introduce yourself »

Mondialisation oblige, de plus en plus de recruteurs, y ­compris dans des entreprises françaises, adoptent l’anglais pour mener tout ou partie de leurs tête-à-tête avec les candidats à l’embauche. Une bonne préparation permet d’éviter les principales erreurs et de gagner en assurance.

À la recherche d’un emploi dans le secteur financier, Anne Godin, 48 ans, n’a pas mis très longtemps pour se rendre à l’évidence : « Dans toutes les petites annonces, on recherche des personnes qui parlent anglais, même dans les entreprises françaises », explique-t-elle. Une demande qu’il est difficile de contourner avec un rassurant « bon niveau » sur son CV, car le jour J, il faut faire ses preuves devant le recruteur… « Et si vous semblez trop hésitant ou si vous n’utilisez pas les bonnes tournures, vous avez peu de chances de passer l’obstacle », précise-t-elle. Pour augmenter ses probabilités de réussite, Anne a décidé de prendre le taureau par les cornes : elle vient en effet de s’inscrire à des cours d’anglais dans le dessein de se remettre à niveau.

Pas forcément le temps ni les moyens
Reste que tous les cadres n’ont pas toujours le temps ni les moyens de s’offrir une plongée dans la langue de Shakespeare ! Valérie Estebarez se souvient encore du mail qu’elle a reçu il y a quelques mois en réponse à l’envoi d’une candidature spontanée dans une entreprise américaine pour un poste en informatique. « J’étais invitée à prendre contact avec la secrétaire du DRH, qui m’a tout de suite informée que l’entretien se déroulerait en anglais. » Paniquée, cette jeune diplômée raccroche le téléphone… et ressort de ses étagères ses manuels de grammaire un peu poussiéreux. « J’ai un anglais de base, mais je n’ai jamais beaucoup pratiqué, surtout dans un contexte professionnel. J’avais huit jours devant moi pour relever le défi », raconte-t-elle. Pour calmer ses angoisses, elle appelle des amis qui lui proposent de lui donner un coup de main. Ensemble, ils commencent à réfléchir aux questions, à préparer les réponses. « Finalement, je ne m’en suis pas trop mal sortie », sourit celle qui n’a pourtant pas été sélectionnée, « mais pour de tout autres raisons. »

Recettes de base
« D’une manière générale, les candidats sous-évaluent leurs capacités à s’exprimer en anglais, remarque Michaela Karp, formatrice chez Demos. Je conseille tout d’abord de passer un test afin de mesurer son niveau réel et de déceler ses points faibles. Même en ayant un niveau d’anglais inter­médiaire, on peut s’en sortir si on applique quelques recet­tes de base. »
Première règle d’or : apprendre à se présenter de manière claire, précise et concise. « Si vous postulez au sein d’une société amé­ricaine ou anglaise, cette partie ne doit pas excéder trois à cinq minutes », pointe Bridget Vilard, formatrice à Télélan­gue. Pour éviter de se perdre dans les détails, mieux vaut d’abord écrire son texte, puis essayer de le raccourcir le plus possible et, enfin, le lire à voix haute en se chronométrant.
Deuxième étape : recenser les questions récurrentes, en s’aidant par exemple d’un guide sur les entretiens de recrutement en anglais ou en effectuant une recherche sur le Web. La technique utilisée est la même que pour la présentation : être le plus simple possible. « Ce qui n’est pas toujours facile pour des Français, qui se perdent dans des phrases trop compliquées. Si vous êtes face à des Anglais ou à des Américains, il faut mettre en avant vos réussites via des exemples concrets, insister sur le travail en équipe. Il faut se montrer positif », insiste Michèle Batany-Varoqui, coach et fondatrice du cabinet Vivre et Guider.
Beaucoup plus grave : « Beaucoup de candidats n’emploient pas toujours les bons termes. En anglais, on ne dit pas “j’ai fait ceci ou cela”, mais on utilise des verbes d’action comme manager, gérer », ­précise Bridget Vilard. La for­matrice conseille également de surfer sur les sites de recherche d’emploi anglophones ou sur celui de l’entreprise visée, afin de repérer les mots adoptés pour décrire le poste auquel on aspire ou les valeurs de la société. Des mots qu’il vaut mieux ne pas oublier d’employer lors de sa présentation !
« Outre le manque d’entraînement, les cadres qui n’ont pas l’habitude de travailler en anglais ont un vocabulaire trop scolaire. Un recruteur sera compréhensif si vous faites quelques fautes de grammaire, mais il ne vous pardonnera jamais de ne pas utiliser le bon terme », ajoute Roisin Saunier, consultante à l’IFG-CNOF. Aux cadres traumatisés par leurs souvenirs scolaires, la formatrice prodigue d’ailleurs quelques conseils pour contourner les principaux pièges de grammaire : « Concernant les temps à utiliser quand on parle du passé, la réponse est le plus souvent dans la question. À vous de bien faire attention si votre interlocuteur utilise le prétérit ou le present perfect. »

Travailler sa compréhension orale
Ce qui suppose d’être attentif et, surtout, d’avoir un bon niveau de compréhension. « Réciter des phrases que l’on a travaillées, c’est une chose, pourvoir réellement mener une conversation, c’en est une autre », lance Roisin Saunier. D’où la troisième règle d’or : exercer son oreille en écoutant la radio ou en regardant la télévision en anglais. Ce qu’a fait Valérie Estebarez, non sans succès : « J’ai écouté les informations tous les jours sur la BBC et j’ai regardé des DVD en version originale en mettant les sous-titres en anglais. Quand on ne comprend pas une phrase, la voir écrite aide souvent à mieux mémoriser le vocabulaire que l’on ne connaît pas. »
Les formateurs invitent également les candidats à noter les mots nouveaux sur un cahier dédié et à le feuilleter le plus régulièrement possible. Une méthode de travail que l’on peut d’ailleurs adopter à tout moment de sa carrière, en prévision… Car tous les experts sont formels : l’oreille, ça se travaille, et si possible en écoutant le maximum d’accents différents.

Simulations indispensables
Enfin, dernière règle d’or : effectuer, avec un formateur ou un ami anglophone, des simulations d’entretien. « C’est essentiel, car c’est une for­midable façon de gagner de l’assurance », note Marc Rapoport, responsable développement produits chez l’opérateur téléphonique Completel. Lui-même souhaitait changer d’employeur tout en restant dans le même secteur, où œuvrent de nombreuses multinationales. Travaillant déjà régulièrement en anglais, il craignait cependant de ­commettre des erreurs. « Je connais bien le vocabulaire technique, mais je voulais me familiariser avec celui des ­ressources humai­nes. » Et ce cadre de souligner que la préparation et la répétition générale ont finalement été plus difficiles que la première. Comme au théâtre…

Laurence Estival

Octobre 2007

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