Lorsque l’entreprise dans laquelle il travaille depuis vingt ans passe sous pavillon britannique, l’anglais fait son irruption dans le quotidien de Guy Marquant. Un véritable défi que cet autodidacte de 55 ans devra relever en peu de temps.
Guy Marquant a commencé à travailler à 16 ans. En 1969, il entre à L’Abeille. Il gravira les échelons de la compagnie d’assurances, jusqu’à la direction de la comptabilité financière. Dans les années 1990, il a une soixantaine de personnes sous ses ordres, et son niveau d’anglais « très, très moyen » ne lui fait pas souci.
Tout change en 1994, avec le rachat de son entreprise par un groupe britannique. La nouvelle direction tient à montrer « qui est désormais le maître ». La première réunion des membres dirigeants témoigne de cette brutalité : alors que le président du groupe britannique parle un français parfait, les quatre-vingts managers parisiens sont priés de se présenter… en anglais ! « Un collègue en tremblait, se rappelle Guy. Il avait fait rédiger son texte par son patron.
Le président a eu un petit sourire, puis il a pris un malin plaisir à lui poser une question imprévue. » Dorénavant, les messages de la direction seront rédigés en anglais. Au téléphone et en réunion, certains nouveaux arrivants s’amusent même à parler exagérément vite ou à prendre un accent cockney, soupirant aux « Please, slower, slower… » des Français.
L’irruption de l’anglais pèse dans certains départs, volontaires ou non. Mais Guy tient bon. « J’ai menacé de raccrocher face à des interlocuteurs qui se jouaient de moi. » Averti du possible rachat, il avait surtout pris plus d’un an de cours particuliers. « Une période heureuse : le prof était extraordinaire, on parlait jazz, notre passion commune. » Avec le rachat, sont instaurés des cours collectifs et intensifs : neuf heures par semaine, plus deux heures de travail à la maison. « Là, plus question de parler jazz. Les leçons étaient recentrées sur le business, et la DRH avertie des absences. » Ambiance scolaire, mais efficace : « On a vite progressé. »
Conseils.Le groupe a un double atout : il crée de l’émulation et permet des jeux de rôles à trois ou quatre. Mais pour être profitable à tous, « un cours collectif doit réunir des stagiaires de même niveau, ayant les mêmes objectifs », avertit Lydie Nègre.
Faut-il préférer une formule inter ou intra-entreprise ? La première permet de rencontrer des homologues, et d’étendre son réseau. Les cours de la seconde sont adaptés aux domaines techniques (banque, assurance) ou aux process maison.
L’écueil : « Avec un cours collectif par semaine, il est difficile de maintenir l’assiduité pendant un an », observe Lydie Nègre. La solution ? Panacher avec des leçons à distance ou des sessions intensives de quelques jours, plus ciblées.
Myriam Greuter
Novembre 2008