Entre les masters professionnels (ex-DESS), les masters recherche (ex-DEA), les mastères spécialisés, les MBA ou encore, les diplômes “maison”, on compte environ 7 000 formations aux troisièmes cycles. Analyse des critères qui semblent les plus décisifs pour faire le bon choix en termes de carrière.
Envie de gagner en responsabilité, de se spécialiser, de réactualiser ses connaissances ou de se repositionner après une erreur de parcours ? Retourner sur les bancs de l'école après plusieurs années en entreprise pour suivre un troisième cycle peut se révéler un choix stratégique. Mais comment se déterminer ? L’offre est pléthorique. En 2007, on comptait environ 6 000 spécialités de masters, dans l'ensemble des universités françaises, plus de 300 mastères spécialisés, une centaine de MBA et de multiples “troisièmes cycles” divers proposés par les écoles de management et d'ingénieurs (masters d’école). Difficile de s’y retrouver, d’autant que sur le marché de l'emploi, tous les diplômes de “troisième cycle” ne se valent pas. Dans ces conditions, comment choisir celui qui répondra le mieux à ses attentes ?
1. La cohérence avec son projet professionnel
Avant de postuler (et d'être reçu), il y a quelques années, dans le mastère spécialisé “Stratégie et Ingénierie des Affaires Internationales” à l'Essec, alors chargé du développement d’un groupe de presse, Pascal Leroy, 36 ans, aujourd'hui directeur marketing chez Sleever International (packaging) avait patiemment analysé les compétences académiques nouvelles qu'il devrait acquérir pour progresser. « Venant des sciences politiques, il me manquait une dimension “business” dans mon parcours, confie-t-il. Ce mastère y répondait parfaitement. Il m'a été très utile pour décrocher mon job actuel. J’ai pu prendre une plus grande hauteur de vue vis-à-vis des marchés et des hommes.
En premier lieu, j'ai appris une méthodologie de travail en mode projet et une réflexion stratégique propres à l'entreprise. La méthode de travail en projet n'est pas enseignée à l'université de droit ou en sciences politiques dont je suis issu. Par ailleurs, le travail en groupe que j’ai mené, avec des équipes fortement internationales, est exactement ce que l'on retrouve en entreprise. »
Même démarche de la part de Luc Meuret, aujourd'hui consultant senior dans le cabinet Taste RH. Alors directeur exécutif d'une ONG spécialisée dans l’action humanitaire – nous sommes en 2003/04 – il suit, parallèlement à son activité professionnelle, le MBA “Management des Ressources Humaines” à l'université Paris Dauphine (durée : 18 mois). « Dix ans après ma formation initiale en école de gestion option finance, et après plusieurs années dans le conseil en recrutement, j’ai souhaité à la fois prendre du recul et rafraîchir mes connaissances en matière de management et de stratégie, en les reliant aux ressources humaines. La délivrance d’un label reconnu mondialement, le MBA, associé à la réputation de Dauphine, ont également motivé mon choix. Ma formation m’a fourni tous les outils pour gérer des problématiques organisationnelles au sein de mon ONG. »
Selon Stéphane Gomez, directeur du cabinet de recrutement Argos (Bernard Julhiet Group), en matière de troisième cycle, la complémentarité avec la formation d'origine est essentielle. « Les cas de figure possibles ? Un projet personnel avec pour objectif soit une extension de compétence ou de reconversion mais en dehors de son contexte professionnel actuel (je désire quitter ou j'ai quitté mon entreprise). Soit un projet professionnel encouragé par l'entreprise pour une spécialisation, une extension de compétence ou même une reconversion. Dans le cadre d’une démarche personnelle, l'organisme de formation apportera une neutralité de vision mais avec le risque d’un décalage avec les besoins du marché. Dans le cadre d'un projet d'entreprise, il sera nécessaire d’associer la DRH et l'organisme. En tant que recruteur, nous évaluons la cohérence globale de la démarche. »
2. Le contenu et l'environnement de la formation
Même si cela semble aller de soi, il est indispensable de valider méthodiquement le contenu de la formation que l'on souhaite intégrer et son environnement. « Existe-t-il un centre de recherche rattaché au master ? Un observatoire des métiers dans l’établissement ? Cela démontre que l’organisme de formation est connecté à la réalité du marché de l’emploi et qu’il bâtit avec les entreprises, des cursus pertinents et adaptés à son environnement », souligne Patrick Thill, directeur général de la formation continue au sein du groupe IGS.
Autres critères à valider : la qualité et la variété des intervenants et des professeurs. Quelle est la répartition entre les professeurs et les professionnels ? Les anciens élèves participent-ils aux conférences et ateliers ? « L’implication étroite des protagonistes de la formation aura des incidences importantes sur ce que le stagiaire retirera de ses études, notamment en termes de constitution de réseau, précise Patrick Thill. Par exemple les partenariats académiques avec les entreprises, les accords avec d'autres écoles, seront autant de débouchés potentiels. » Des opportunités souvent offertes aujourd’hui par les universités.
3. La reconnaissance et la notoriété
Dixit les recruteurs, en matière de formations à bac + 5, a fortiori pour les MBA, la notoriété et la reconnaissance professionnelle de l'établissement comptent autant que le diplôme. « Attention toutefois de ne pas se focaliser sur les formations d'élites très sélectives de toute façon », note Stéphane Gomez. Spécialiste en réassurance, Jean-François Delon, 45 ans aujourd’hui, a suivi un MBA executive à HEC il y a trois ans. « J’ai fait une enquête avec mon entreprise de l'époque pour choisir la meilleure formation par rapport à mon projet professionnel. Mon but était d'acquérir les compétences nécessaires – financières, juridiques, managériales – pour prendre une position de direction générale. Je me suis donc focalisé sur les programmes des trois ou quatre grosses écuries (ESCP, HEC, Essec, EM Lyon). Je savais que je ne serais pas déçu et que je serai visible sur le marché. Mon entreprise a validé ma démarche. In fine, j'ai beaucoup appris car j'ai côtoyé des gens très différents, d’une grande richesse. Les échanges et la constitution d’un nouveau réseau m’ont été presque aussi utiles que l’enseignement proprement dit. »
4. Les débouchés professionnels
Quelle que soit sa renommée, il est conseillé de s'interroger sur la formation proprement dite. Ce cursus existe-t-il depuis longtemps ? Comment est-il perçu par les recruteurs ? Quels débouchés apporte-t-il ? « Il faut consulter l'annuaire des anciens diplômés pour trouver ces réponses, en pointant les gains monétaires et hiérarchiques réalisés à l'issue de la formation, note Stéphane Gomez. Il faut s'assurer que l'établissement entretient des relations étroites avec le monde professionnel et que la formation proprement dite est reconnue dans l'univers professionnel que l'on vise ».
« Le réseau des anciens élèves auquel on peut accéder dès l'entrée dans la formation, et a fortiori à son issue, représente véritablement une forte valeur ajoutée, en particulier au cours des trois/quatre ans après avoir été diplômé », note Luc Meuret qui puise régulièrement dans ce vivier dans le cadre de ses activités de recruteur.
5. Les données matérielles et logistiques
Temps plein ou temps partagé ? Le choix de la formation peut étroitement dépendre de la problématique matérielle et logistique de stagiaires qui doivent, bien souvent, mener de front, activité professionnelle et cours. En la matière, les aménagements d’horaires et de temps de travail font souvent partie du "deal" entre employeurs et salariés. « J’avais “vendu” à mon patron le fait de ne pas m’augmenter, comme il s’était engagé à le faire, mais de me laisser prendre un 4/5è, pour pouvoir suivre ce troisième cycle. Il savait qu’il en retirerait des bénéfices par rapport au développement des mes compétences », pointe Pascal Leroy. En la matière grandes écoles et universités, proposent plusieurs formules. De plus en plus de mastères sont ainsi proposés en "part time" pour des cadres souhaitant conserver leur activité professionnelle, un public souvent un peu plus âgé que pour les MS "plein temps". Même s'il n'existe encore qu'une trentaine de ces programmes "Executive MS", c'est aujourd'hui la catégorie de mastères qui affiche la plus rapide progression.
6. Le coût de la formation
Si certaines entreprises acceptent de financer en totalité ou en partie les frais de scolarité d'un MBA ou d'un master spécialisé, cette pratique est le plus souvent réservée aux dirigeants ou aux hauts potentiels. Les employeurs financent plus volontiers des formations moins généralistes qu’un MBA et davantage liées à leur coeur de métier. (lire à ce sujet : Comment financer une formation longue).
Autre formule répandue : l'entreprise ne finance qu'une partie de la formation, le collaborateur prenant à sa charge le reste des frais. Pour un mastère spécialisé, les frais de scolarité varient entre 6 500 et 17 000 euros (le plus souvent, il faut compter autour de 10 000 euros). Pour un master universitaire, si les étudiants qui s'inscrivent dans une démarche personnelle n'ont en principe à débourser que les frais d'inscription, les programmes en formation continue sont facturés beaucoup plus cher, de 3 000 à 6 000 euros par an en moyenne pour une année de formation pour un master professionnel. Attention, aux frais de scolarité proprement dits, il faut ajouter diverses dépenses (fournitures, déplacements, restauration..) ainsi que la perte de salaire pour ceux qui interrompent leur activité professionnelle.
Info +
3è cycle : faut-il choisir l’université ou une grande école?
Frais de scolarité : Avantage à l'université. Pour les masters, les droits d'inscription s'élevaient à 226 euros (parfois majorés en fonction des prestations pédagogiques) en 2008/2009. En formation continue, les frais de scolarité sont toujours plus élevés. Exemple : 3 800 euros pour le master professionnel conception et technologies des systèmes de Rennes 1, pour 550 heures de cours, ou 5 000 euros pour le master professionnel direction financière, audit interne et contrôle de gestion de Nice-Sophia Antipolis, sur un an.
Le financement? Le plus simple consiste à s'adresser à sa banque et à souscrire un emprunt. Les grandes banques offrent, en principe, des conditions avantageuses pour ce type d'étude de haut niveau. Sinon, il existe des aides émanant (de façon partielle le plus souvent) de collectivités locales, de caisses de retraite, voire de fondations privées. Autre solution : tenter sa chance dans le cadre d'un CIF (congé individuel de formation).
Il est possible, dans certains cas, d'utiliser le DIF (droit individuel à la formation) pour financer une partie du cursus. Pour les troisièmes cycles des écoles privées, les tarifs sont nettement plus conséquents, mais doivent être envisagés en fonction de la plus-value vendue. Pour un mastère spécialisé en école, la scolarité coûte entre 4000 euros et 14 000 selon les établissements. Quant à la facture pour un MBA, elle flirte avec les 15 000 euros en moyenne dans les établissements français et peut dépasser 50 000 euros dans les plus prestigieuses business schools américaines
Conditions d'études : Avantage aux écoles, en ce qui concerne le “confort d'études” (moyens humains, matériels, vie extrascolaire, suivi individualisé pour la recherche de stage et d'emploi…) en raison de budgets alloués plus importants. Cependant, certaines universités bénéficient d’un environnement très favorable, notamment vers la recherche, et offrent une ouverture sur d’autres filières intéressantes, par exemple en sciences humaines.
En savoir plus : Le Classement des Masters, disponible sur www.smbg.fr, est utile pour avoir certains repères et connaître les programmes universitaires et d'écoles qui sortent du lot.
Eric Delon
Avril 2009