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Faut-il faire un MBA à l'étranger ?

Pour s’expatrier ou préparer sa carrière à l’international, certains n’hésitent pas à s’inscrire dans les écoles les plus prestigieuses des pays qu’ils convoitent. Un choix judicieux, à condition de bien mûrir son projet professionnel.

Claude-Olivier Coutant est aujourd’hui un homme heureux. Il ne lui aura fallu que deux ans pour réaliser son rêve : travailler à Wall Street. Consultant en Investment Banking (banque d’investissement) chez Lehman Brothers depuis mai 2005, ce diplômé de Sup de co Marseille avait toutefois bien préparé son plan de bataille. « Seul un MBA [Master of business administration] pouvait me permettre de passer du secteur de l’audit, où j’avais fait mon début de carrière, à celui de la banque. Et pour trouver un job aux États-Unis, autant suivre ma formation sur place. Je pensais qu’il y serait plus facile de se créer un réseau et de rencontrer les recruteurs qu’en restant en France », explique-t-il. Cette idée en tête, il se retrouve en 2003 sur les bancs de Tuck, une des Business Schools les plus cotées de la planète.
Si l’école ne figure pas dans le trio de tête – Wharton, Columbia, Chicago – de ceux qui envisagent une carrière dans la finance, Claude-Olivier justifie son choix : « Dans ces institutions, près de 50 % des candidats veulent travailler dans le secteur de la banque contre 20 % seulement à Tuck. Comme les grandes banques proposent chaque année des postes aux anciens étudiants de tous les prestigieux établissements américains, dans des proportions sensiblement égales, je me suis dit qu’en rejoignant Tuck, la concurrence serait moins sévère. »

Un tremplin vers l’emploi dans le pays
Suivre un MBA local permettrait-il de s’expatrier dans un pays ? C’est en tout cas un des arguments de vente de la Smurfit School of Business de Dublin. Quatre-vingts pour cent des étrangers, qui représentent 50 % des promotions, décident de valoriser leur parchemin en Irlande, où la demande pour ce type de profil est toujours à la hausse : 900 grandes entreprises internationales, et notamment nord-américaines, ont leur siège pour l’Europe dans le pays. Résultat : 97 % des diplômés sont en poste moins de trois mois après avoir quitté l’école, avec des salaires tournant autour de 76 000 euros par an…
C’est le cas d’Olivier Van Parys. En Irlande depuis plusieurs années, où il a passé un doctorat en économie, il était en quête d’une formation pour évoluer vers le monde de l’entreprise tout en restant dans le pays. « Le meilleur moyen de réaliser mon projet était de faire un MBA connu des recruteurs irlandais. De plus, avoir suivi une formation là où vous souhaitez vous établir, apporte à leurs yeux la preuve que vous connaissez aussi bien la culture locale que la manière de faire du business dans le pays », résume-t-il. Son diplôme en poche, c’est sans grande difficulté qu’il intègre, il y a un an, AC Nielsen – récemment implanté à Dublin – et y réalise des analyses marketing.
Pour ceux qui préfèrent le Sud, un détour par l’une des meilleures écoles espagnoles, comme l’IESE, installée à Barcelone, peut être un bon moyen de se faire repérer par les entreprises qui profitent du boom de l’économie espagnole. Quatorze « anciens » Français de la Business School, dont trois de la dernière promotion, arpentent encore les Ramblas, la célèbre avenue de la ville.
C’est le cas de Yan Michel. Après son MBA, il entre, en mai 2004, chez Miquel y Costas, un papetier espagnol, comme responsable des investissements. « C’était vraiment ce que je recherchais. Après avoir vécu deux ans à Barcelone dans le cadre d’un VSNE [volontaire service national en entreprise] chez Valeo, j’avais très envie de rester sur place. C’est une des raisons qui m’ont fait choisir cette école et le poste que l’on m’a proposé. » Une opportunité qu’il n’aurait peut-être pas pu saisir s’il avait fait son MBA dans un autre pays, car le P-DG de la société ainsi qu’un des directeurs sont eux aussi diplômés de l’IESE.

Évaluer la concurrence locale
Pourtant, pour les candidats à l’adoption, le tremplin qu’offre le MBA n’est pas toujours l’arme absolue. Aux États-Unis, par exemple, la concurrence est féroce. Chaque année, ce sont des centaines de diplômés qui partent à l’assaut des recruteurs. « Et généralement, les Américains savent mieux se vendre que nous. D’autant plus qu’on ne peut pas connaître aussi bien qu’eux le marché américain », lance Guillaume Chatain, qui en a fait la cuisante expérience.
À la fin de sa première année à Columbia, impossible d’ouvrir les portes des banques d’affaires new-yorkaises. Une déconvenue de taille ! Obligé de se rapatrier en Europe pour faire ses premiers pas dans la finance, il effectue finalement son stage en Suisse. Échaudé, il envisage d’ailleurs de mettre un terme à son rêve américain dès qu’il aura reçu son parchemin, en mai prochain. Son nouvel objectif : s’envoler pour Londres où il a déjà commencé à approcher les grands établissements de la City.
Autre problème : dans la plupart des pays, la connaissance de la langue locale s’avère vite incontournable, même dans les entreprises multinationales. Reste enfin la question de la rémunération : le retour sur investissement n’est pas le même sur toute la planète. « En Espagne, les salaires sont en général inférieurs à ceux auxquels peuvent prétendre, dans un autre pays européen, ceux qui sont passés par une école reconnue comme l’IESE, met en garde Yan Michel. Si j’étais allé à Londres, par exemple, j’aurais gagné près de 50 % de plus. Mais je bénéficie d’une autre qualité de vie. »

Ce qui est vrai en Espagne l’est encore plus dans les pays en développement comme la Chine, qui attire de plus en plus de postulants en MBA. « Rester en Chine après mon MBA supposerait d’accepter un salaire moins élevé que celui que je touchais avant », analyse Vincent Bricout, ancien chef de projet chez Schlumberger, basé aux États-Unis, et qui termine son MBA à la CIEBS (China Europe International Business School), l’école de Shanghai. Ce cadre, qui était déjà en relation avec la Chine, avait pourtant choisi de postuler dans cette école avec l’intention de s’installer sur place. « Seule mon expérience antérieure pourrait me permettre de faire la différence par rapport aux étudiants chinois et d’être recruté par une entreprise occidentale qui accepte de me payer au juste prix », espère-t-il, tout en commençant à lorgner sur le marché de l’emploi européen.

Visa pour l’international
Même s’il doit regagner le Vieux Continent, Vincent ne regrette pas de ne pas avoir rejoint les rangs de l’INSEAD où il était également admis : « J’ai retiré de mon séjour à Shanghai une plus grande connaissance de la culture chinoise. J’ai appris le mandarin et j’ai noué des relations avec des Chinois qui me seront utiles pour la suite de ma carrière », ajoute-t-il.
Georges Richard partage le même point de vue. À 29 ans, ce titulaire du MBA de HKUST (université de sciences et de technologies de Hong Kong) fait tous les jours fructifier ses contacts tissés pendant son année d’études pour faciliter la percée de L’Atelier du vin – une entreprise créée par son père – sur le marché asiatique. « Le plus de ce MBA a été de m’ouvrir les portes d’une carrière axée sur l’international », observe celui qui, jusqu’alors, n’avait exercé que dans l’Hexagone.
C’est justement pour partir à la conquête du vaste monde que Guillaume Rigal, 29 ans, qui n’avait pas de visées sur un pays particulier, a lui aussi recherché un MBA à l’étranger. Ayant un temps caressé le projet de tenter sa chance aux États-Unis, il opte finalement pour la London Business School : « C’était beaucoup plus pratique et moins coûteux. » Bonne pioche pour cet ingénieur de formation : « chassé » sur le campus, il vient de se voir offrir un poste au service marketing du bureau londonien d’American Express. Un premier pas vers cette vie de nomade à laquelle il aspire…

 

Laurence Estival

Février 2007

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