Formation /  MBA / 

Bocconi veut jouer dans la cour des grands

Considéré comme l’un des meilleurs MBA européens, le programme de l’université italienne aurait perdu de sa superbe, si l’on se fie aux classements internationaux ou aux experts. Une baisse de régime à laquelle l’établissement entend bien remédier.

La publication du classement des MBA dans le Financial Times en janvier dernier, rétrogradant l’école de la 34e à la 42e place a fait l’effet d’une bombe. D’autant que l’établissement semble condamné à figurer en deuxième division, oscillant depuis six ans entre la 30e et la 40e place quand dans la même période, un de ses plus sérieux concurrents européens, HEC, a bondi de la 50e à la 18e place… Les « anciens » comme les actuels participants ont demandé des explications à la direction.

Un problème de rémunération
« Notre place s’explique principalement par les salaires, reconnaît impuissant Valter Lazarri, responsable du programme. En Italie, ils sont moins élevés que dans les autres pays européens. Or 55 % des diplômés trouvent un emploi sur place. Du coup, ils font baisser la moyenne des salaires obtenus à la sortie. » Conséquences, certains cadres venus à Bocconi avec l’intention de s’installer dans le pays changent leur fusil d’épaule. D’autant que le différentiel ne se réduit pas avec le temps : trois ans après leur sortie, le salaire des diplômés d’HEC a augmenté de 125 % tandis que celui des diplômés l’université italienne a progressé de 108 %, toujours selon le Financial Times. En témoigne Christian Kuhn, 30 ans qui a démissionné de son poste de chef de projet dans une entreprise industrielle pour suivre le MBA. Les entreprises industrielles approchées lui proposent un salaire compris entre 40 000 et 55 000 euros annuel quand ses camarades sortant d’HEC se voient offrir 65 000 euros… « Bien sûr, certaines vous font aussi miroiter des avantages en nature, comme une voiture de fonction, reconnaît le jeune homme, avec amertume. Mais cela ne m’intéresse pas. Je n’ai pas quitté mon précédent poste pour un salaire équivalent ! »

Une formation pas suffisamment internationale ?
Deuxième « handicap » dont souffrirait la business school, pointé par les étudiants et les anciens : le choix laissé aux admis de suivre le MBA en italien ou en anglais limiterait aux yeux des entreprises le caractère international de la formation. La centaine d’inscrits se répartit pour moitié dans chacun de ces cursus, le programme en langue locale étant fréquenté presque exclusivement par des Italiens quand celui en anglais accueille lui tous les étrangers. « Cela fait des promotions internationales de 50 étudiants par an. On est loin de la taille critique nécessaire pour figurer en bonne place dans les classements », poursuit Christian Kuhn. Les écoles directement concurrentes comme HEC, Cambridge ou IESE reçoivent par exemple des promotions comprises entre 200 et 300 étudiants, comprenant entre 70 % et 85 % d’étrangers… « Une des clés pour Bocconi passe par l’accueil de davantage d’étrangers », renchérit William Hurst, diplômé en 2005 qui, depuis la France où il a à son retour intégré le cabinet de conseil en stratégie Orga consultants, cherche à convaincre les responsables de l’université italienne.
Le message serait en passe d’être entendu : l’école ne pouvant pas sans exploser son budget multiplier par deux le nombre de participants du programme international, elle envisage de n’offrir plus qu’un seul cursus en anglais même si Valter Lazarri se refuse de donner une date butoir. Ne garder qu’un seul MBA en anglais risque de voir filer les candidats soutenus par les entreprises locales ne maîtrisant pas suffisamment la langue de Shakespeare… En attendant de se décider à franchir le pas, Bocconi cherche à internationaliser son corps professoral – une campagne de levée de fonds est en cours pour attirer les meilleurs enseignants – et a engagé des démarches auprès des multinationales implantées en Italie pour accroître le nombre de bourses réservées aux étudiants de MBA. Une quinzaine sont déjà offertes et deux supplémentaires visent exclusivement les candidates, la féminisation des promotions étant aussi un des principaux chevaux de bataille de Valter Lazarri. Nommé il y a trois ans à la tête du programme, il a déjà entrepris sa rénovation, introduisant par exemple une mission en entreprise de trois mois. Une façon de couper l’herbe sous les pieds de ceux qui trouvaient l’enseignement trop théorique… 

Devenir un centre du pouvoir
Dans son travail de reconquête, Bocconi entend aussi s’appuyer sur la personnalité de son président, Mario Monti, ancien commissaire européen. Ce n’est pas anodin si dans ce contexte, l’établissement a organisé du 12 au 17 mai avec le quotidien le Corriere della Sera un colloque sur « L’économie et la société ouverte » où se sont pressés tous les grands capitaines d’industrie et le monde politique avec le président du Conseil Romano Prodi ou encore le président de la commission européenne José Manuel Barroso. Invité à une table ronde, le directeur d’HEC, Bernard Ramanantsoa estimait d’ailleurs qu’un des éléments qui différencieront demain les écoles capables de former des « leaders » est leur capacité de tisser des liens avec le pouvoir économique et politique. Bocconi a sur ce plan marqué incontestablement des points. Reste maintenant à transformer l’essai. Réponse dans les prochains classements…

Laurence Estival

Juin 2007

Commentaires

    Pas de commentaires pour le moment

Ajouter un commentaire

* - champ obligatoire

*

*

*

Image CAPTCHA pour prévenir l'utilisation abusive
Si vous ne pouvez lire toutes les lettres ou chiffres, cliquez ici.
*

Haut de page

Pour se former.fr en 1 clic !

Pour se former.fr en 1 clic !