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Les MBA « part-time » doivent jouer la carte internationale

Voyages d’études, recrutement d’enseignants étrangers, partenariats… Pour pallier le caractère souvent très franco-français des MBA à temps partiel, les établissements multiplient les initiatives. Une floraison d’actions pas toujours à la hauteur des ambitions affichées.

La force des MBA (Masters of Business Administration) part-time (à temps partiel) – la possibilité de reprendre ses études en conservant une activité professionnelle au rythme d’un ou deux week-ends de cours par mois – serait-elle en réalité leur talon d’Achille ? La question mérite d’être posée. De par leur nature même, ils n’ont en effet pas la même « exposition internationale » que les MBA full-time (à temps plein) : les promotions, très franco-françaises, offrent rarement le brassage culturel de ces derniers, principal intérêt de ce type de formation. Apprendre à travailler avec des candidats venus du monde entier, se frotter aux différences culturelles et enrichir sa manière d’aborder les problèmes sont aujourd’hui des qualités recherchées par les entreprises, dans un univers mondialisé. Une demande des employeurs qui a obligé les établissements à revisiter les modalités de ces cursus. Avec plus ou moins de réussite.

Attirer les étudiants étrangers

Pour encourager les cadres étrangers présents dans l’Hexagone ou dans les pays limitrophes à se joindre à leurs collègues français, certains établissements ont choisi de délivrer leurs cours en anglais, ce qui est d’ailleurs, pour nombre de spécialistes, l’un des critères essentiels d’un bon MBA. « De 30 % à 35 % de la première promotion de notre MBA part-time, dont le contenu est identique à celui en full-time, sont étrangers », se félicite Valérie Gauthier, responsable des MBA de HEC qui vient de lancer cette formation à temps partiel. Une satisfaction par rapport à la concurrence, où la proportion de participants internationaux est comprise entre 0 et 20%. Mais des chiffres qui font pâle figure par rapport à ceux de la formation à temps plein fréquentée à 80% par des étrangers !
Autre solution retenue : recruter des enseignants étrangers. Si toutes les institutions n’ont pas les moyens de s’offrir des professeurs permanents venant d’autres pays, la majorité d’entre elles ne se privent pas d’inviter quelques têtes d’affiche pour des conférences et séminaires. Reste à savoir quel est leur degré d’implication dans le cursus…

Plus de partenariats et d’échanges

Pour éviter un simple effet marketing, une poignée d’établissements ont décidé d’aller plus loin. À l’image de l’université Paris-Dauphine, qui a mis en place un Executive MBA en partenariat avec l’UQAM (Université du Québec à Mont­réal). Des professeurs nord-américains viennent régulièrement dispenser les mêmes cours que ceux suivis par la promotion canadienne, qui peut, quant à elle, bénéficier des enseignements des professeurs français. Parallèlement, les deux établissements ont institué des échanges entre les participants deux fois par an, au cours de ce programme. Trop peu, au goût de certains d’entre eux, qui affirment rester sur leur faim.

Mélanger les promotions « full » et « part-time »

Pour renforcer le caractère international de son Executive MBA, l’ESCP-EAP a pour sa part choisi de réunir les membres de la formule à temps complet et ceux qui suivent le programme à temps partiel le plus souvent possible. Les options qui permettent d’approfondir un domaine particulier (finance, marketing, management de la technologie…) sont proposées indifféremment aux uns et aux autres sur les sites européens de l’école (Paris, Londres, Berlin, Madrid, Turin). « Pour aller au-delà des clichés sur les différences culturelles, il faut vraiment que les gens apprennent à travailler ensemble dans la durée », observe Arnaud Barré, responsable technique de projets chez Asergy, équipementier norvégien dans le secteur pétrolier, qui a opté pour l’Euro MBA. « La dimension internationale de ce cursus a été l’un de mes principaux critères de choix », souligne-t-il.
Cette formation, conduite par un consortium de cinq écoles européennes – Audencia et l’IAE d’Aix-en-Provence pour la France, l’EADA à Barcelone pour l’Espagne, l’université de Maastricht pour les Pays-Bas, Leon Kozminski Academy of Entrepreneurship à Varsovie pour la Pologne –, fait intervenir des enseignants des différentes institutions. Ce programme de deux ans, qui allie cours en ligne et séminaires en salle d’une semaine tous les quatre mois dans un établissement partenaire, attire, du fait de sa souplesse, des candidats d’horizons géographiques divers. Les Français ne représentent ainsi que 14 % de la promotion.

Par petits groupes de plusieurs nationalités

L’immersion internationale ne se limite d’ailleurs pas à ces rencontres. « Entre ces regroupements, nous travaillons par petits groupes de cinq personnes de différentes nationalités sur des études de cas, poursuit Arnaud Barré. Il faut parfois quelques semaines pour arriver à trouver une méthode de travail entre nous. Dans mon groupe actuel, par exemple, le “leader” est hollandais. C’est une personne très directe qui ne prend pas toujours de gants pour dire ce qu’elle pense. Il y a aussi un Ukrainien qui a besoin que l’on entre dans tous les détails, qu’on justifie pourquoi on fait ceci ou cela, un Espagnol qui se froisse rapidement… Le plus intéressant est de chercher un compromis pour que tout le monde se sente respecté et ait envie de travailler. C’est la réplique de ce qu’on peut vivre tous les jours dans une entreprise qui évolue dans un contexte international. » Une tâche qui est sans cesse à recommencer car, au terme de ces quatre mois, de nouveaux groupes sont constitués.

Des séjours à l’étranger

À la recherche lui aussi d’un programme MBA part-time « vraiment ­international », Patrick Hébert, en charge d’un portefeuille de clients suisses et allemands dans une grande banque d’affaires à Francfort, a rejoint l’Executive MBA proposé conjointement par l’ESSEC et l’université de Mannheim, en Allemagne. Contrairement à la formation de Dauphine où ce sont essentiellement les enseignants qui se déplacent, ici, ce sont les participants qui passent les frontières. La promotion, composée pour un tiers de Français, un tiers d’Allemands et un autre tiers de ­nationalités diverses, se retrouve toutes les six semaines en moyenne, durant les dix-huit mois de formation, à Paris, à Mannheim et pour des séjours dans d’autres pays, afin d’étudier des questions spécifiques : l’Europe à Bruxelles, les pays émergents à Budapest, la façon de travailler avec l’Asie en Chine et à Singapour, etc.
« Ces modules à l’étranger nous permettent de rencontrer des personnalités qui n’auraient pas forcément fait le déplacement à Paris ou à Mannheim, mais aussi de visiter des entreprises et de nous rendre ainsi mieux compte de la réalité des situations locales. Vous pouvez, en effet, lire de nombreux articles sur la Chine, mais le fait d’aller sur place apporte un complément d’information. On touche du doigt les difficultés », insiste Patrick Hébert.
Comme l’ESSEC et l’université de Mannheim, nombre d’établissements ont inclus ce type de séminaire dans leur programme. « C’est un moyen de nouer des contacts ou d’enrichir ces propres pratiques », confirme Igor Allinckx, directeur pour l’Europe du groupe chimique japonais Sekisui Alveo, qui a suivi l’Executive MBA de l’IMD de Lausanne  parce qu’il fait aussi la part belle aux voyages d’études : pendant les quinze mois de formation, des modules d’une semaine à Dublin, à Bucarest, dans la Silicon Valley et à Shanghai, sur seize semaines de cours en classe complétées par du e-learning. « Lors de notre séjour dans la Silicon Valley, j’ai pu m’entretenir avec les fondateurs de start-up sur les méthodes qu’ils avaient mises en place pour soutenir l’innovation. J’ai déjà appliqué certains de leurs concepts », ajoute Igor Allinckx.

Un programme chargé

Avant de se lancer, il est toutefois recommandé de bien étudier le planning de ces cursus, afin de vérifier le « plus » réellement apporté, et que ces modules aux antipodes ne se transforment pas en séjours touristiques… « Tout dépend de l’organisation en amont », affirme Patrick Hébert, qui se souvient de son récent séjour de dix jours en Asie où les participants au MBA ont eu un rôle actif : ils ont dû organiser un colloque de A à Z, se chargeant tant des invitations, de la communication, que de la munication, que de la recherche de sponsors… Un emploi du temps qui n’autorisait personne à se croire dans un club de vacances !

Laurence Estival

Octobre 2007

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