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Reprendre une formation longue : attention aux coûts humains

La reprise d'études n'est pas toujours une sinécure et comprend des risques de déséquilibre certain dans sa vie privée. Conseils pour bien négocier ce changement de vie.

Heures de cours sur les bancs de la fac, travail à la maison, lecture et nuits blanches consacrées à préparer le lendemain… Reprendre ses études suppose un investissement personnel dont il faut bien prendre la mesure. « Je ne pensais plus qu’à ça, témoigne un étudiant en formation continue. Ma femme ne se sentait plus épaulée. D’autant qu’elle me voyait douter de mes capacités à réussir. Elle avait face à elle trois personnes à l’école ! ».

Bien mesurer les impacts. Laurent Pieuchot, adjoint au directeur national du CNAM, prévient : « Les efforts nécessaires aux apprentissages ne constituent pas la seule contrainte de la reprise d’études. Beaucoup de candidats ne mesurent pas l’impact sur l’organisation de leur vie privée. Quand l'arbitrage entre la formation et les autres activités n’a pas été envisagé, ils découvrent que tout n'est pas compatible ». S’ajoutent à cela la mobilité géographique imposée à bon nombre de personnes en formation et/ou le temps de transport parfois induit. L’ équilibre est souvent difficile à trouver.

Couple en danger ? Si on vit en couple, la décision doit se prendre à deux car le conjoint va jouer un rôle majeur dans le bon déroulement de la démarche », avertit Jacques Lonchamp, directeur du Fongecif Franche-Comté, organisme interprofessionnel paritaire chargé de promouvoir et de gérer le Congé individuel de formation (CIF). Attention donc aux décalages qu’une telle démarche peut parfois entraîner entre les conjoints. L’un peut se sentir pousser des ailes tandis que l’autre se verra bloqué dans sa situation….

Choisir la meilleure formule. Autre point clé pour tenir le choc de la reprise d’études : choisir la méthode la plus adaptée pour réactiver des processus d’apprentissage parfois en sommeil. « Le choix du cursus doit être guidé par la recherche d’adéquation entre son profil et le type de pédagogie proposée, explique Jacques Lonchamp. Lequel va le mieux me correspondre ? Cours du soir, formation à distance, alternance, parcours universitaire… Il faut aussi anticiper les efforts qui seront à produire : écoute, réflexion, travail en dehors des cours, lecture… ». Illustration : en septembre 2005, Patricia Grosjean intègre un Master en droit et administration des collectivités territoriales à Nantes. « J’étais très angoissée au début. Je travaille depuis 30 ans et je n’avais plus l’habitude d’être dans ce type de démarche universitaire ». Elle a 50 ans et s’inquiète aussi de devenir la doyenne de sa promotion qui compte principalement des étudiants en formation initiale, âgés d’une vingtaine d’années. Pour se rassurer, elle adopte une attitude très scolaire ; elle rédige des fiches mnémotechniques, se noie sous la documentation et la lecture. Elle s’accroche. Un déclic s’opère au bout de quelques semaines de cours. La glace se brise au moment d’entreprendre le travail de recherche. « J’ai trouvé en moi la capacité à étudier des problématiques complexes parce que j’ai perçu ma légitimité dans ce cursus », analyse-t-elle.

Se faire accompagner. Les services de formation continue des universités doivent apporter un soutien méthodologique et pédagogique aux étudiants de la formation continue, en leur permettant de mieux appréhender le travail universitaire. « Grâce au dialogue instauré tout au long de l’année avec les personnels du service de formation continue de Nantes, constate par exemple Patricia Grosjean, je me suis sentie soutenue ». À Brest, l’Université de Bretagne occidentale expérimente actuellement un dispositif intitulé Accueil, information, orientation et accompagnement (AIOA) en lien avec les Maisons de l'information sur la formation et l'emploi (MIFE). Ce dispositif propose un ensemble de moyens pédagogiques et administratifs : aide au choix du cursus le plus approprié, suivi de l’apprentissage et aménagement du parcours de formation incluant une mise à niveau si nécessaire et un tutorat adapté individuel et collectif. L’appui va de l’accompagnement à la recherche de financement de la formation jusqu’à l’insertion professionnelle, le cas échéant. « Parce que les personnes qui ont un projet bien ficelé ont plus de chance d’aller jusqu’au bout de leur cursus », argumente Laure Ben Boussi, responsable du pôle chargé des personnes en reprise d’études du service de formation continue et d’éducation permanente (SUFCEP). 

Donner du sens. Outre le contexte familial favorable et la qualité de l’accompagnement, l’environnement professionnel joue un rôle majeur dans la réussite du projet . Or, l’entreprise n’est pas toujours partie prenante. « Beaucoup de salariés nous préviennent que leur employeur ne fait pas preuve de compréhension à l’égard de leur projet par crainte de les voir partir », regrette Laurent Pieuchot. Car la formation reste souvent synonyme de changement. « Pour garantir la pertinence du projet de formation et multiplier les chances de décrocher la qualification visée, il faut l’inscrire dans un objectif plus global, conclut Jacques Lonchamp. On doit préparer sa recherche en fonction des effets que l’on en attend. »

Yves Deloison

Septembre 2007

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