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MBA généraliste ou spécialisé : le match

C’est une tendance, de plus en plus d’établissements misent sur la spécialisation de leurs titres. Et font sortir de leurs gonds les tenants des cursus généralistes. L’un d’eux est-il plus adapté au marché de l’emploi ? Le débat fait rage. Regards croisés de trois experts.

Créé en 1908 par l’université d’Harvard, le MBA (Master of Business Administration) a fait des centaines d’émules aux quatre coins du globe. Rien qu’en Europe, on recense quelque 400 programmes de ce type.
Initialement conçu pour doter les cadres d’une vision généraliste et transversale de l’entreprise, ce prestigieux titre a pris, depuis quelques années, un nouveau visage avec l’émergence en Europe de programmes spécialisés sur un secteur d’activité. Parmi les plus connus en France, les MBA management des marques du luxe et de l’hôtellerie internationale (IMHI) de l’Essec, le MBA aerospace de Toulouse Business School, le Wine MBA de Bordeaux École de management, l’automotive MBA à l’ICN de Nancy, le MBA Theseus de Nice axé sur le management des sociétés high-tech… Même s’ils ont trouvé leur place sur le marché, ils divisent encore certains responsables de programmes. Points de vue.

Christophe Boisseau, directeur marketing et communication IFG
« Le MBA a pour vocation initiale d’être transversal et non spécialisé »

« Comme toute formation, le MBA a été conçu pour répondre à un besoin précis : offrir à des managers à fort potentiel une vision stratégique généraliste, transfonctionnelle et internationale de l’entreprise. Dans une perspective de carrière et compte tenu du contexte économique mouvant, les diplômés MBA sont fréquemment amenés à changer de domaines d’activité (banque, nouvelles technologies, luxe…). Dans ce cadre, pourquoi se limiter au cours de sa formation à un secteur, alors que cela ne s’inscrit pas dans la vocation initiale d’un MBA ? Par ailleurs, au sein même du contenu pédagogique, les phénomènes (concepts, méthodes, outils, cas d’entreprises…) que l’on observe dans un secteur d’activité sont souvent riches d’enseignements et de bonnes pratiques pour d’autres secteurs. Il serait dommage de s’en priver ! »

Jeanine Picard, codirectrice de l’IMHI, responsable du MBA d’hôtellerie internationale de l’Essec (1) « Les diplômés d’un MBA sectoriel ont un avantage concurrentiel sur le marché du travail d’une industrie spécifique »

« Certains candidats aux MBA souhaitent se spécialiser, se concentrer sur un secteur pour lequel ils ont une passion et qui nécessite une connaissance et des compétences spécifiques. Pour y répondre, nos MBA sectoriels adaptent les enseignements du MBA généraliste aux problématiques de l’hôtellerie ou du luxe. Au final, les diplômés obtiennent un avantage concurrentiel sur le marché du travail de l’industrie choisie : ils sont plus opérationnels sur ces secteurs. Autre atout à ne pas négliger : la force du réseau des anciens. Avec 1 100 diplômés pour le MBA de l’hôtellerie (IMHI), nous disposons d’un réseau professionnel international très soudé. Les anciens restant dans le même secteur forment de nombreuses connections. »
(1) L’établissement propose également un MBA spécialisé dans les industries du luxe.

Philippe Perret, directeur exécutif chez Michael Page International « Être titulaire d’un MBA, généraliste ou sectoriel, reste un gage de qualité »

« Décrocher un MBA sectoriel est évidemment une très forte valeur ajoutée sur une niche. Les diplômés se positionnent différemment par rapport aux profils généralistes. Mais la spécialisation induit aussi le risque de ne pas trouver de poste dans le secteur ou la filière choisis. La conjoncture actuelle ne permet pas l’automaticité.
Toutefois, être titulaire d’un MBA généraliste ou sectoriel reste un gage de qualité, et un vrai plus sur le CV. À ce titre, la spécialisation du diplôme n’empêche pas de changer de domaine d’activité et d’évoluer. Un MBA sanctionne des managers qui ont suffisamment de potentialités pour motiver leur entreprise de faire un investissement sur eux. C’est la preuve qu’au travers de leurs parcours, leurs attitudes et la valeur de leurs projets, on les croit évolutifs. Pour ceux qui financent seuls leur formation, la démarche est très valorisante. Elle signifie qu’ils savent se remettre en question et s’impliquer pour évoluer. »

 

Sylvie Tournier

Mars 2006

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