Pour changer d’orientation professionnelle, évoluer vers des fonctions de dirigeant ou donner une dimension internationale à sa carrière, le passage par la case MBA peut s’avérer un choix judicieux. Sans être une garantie absolue…
À 34 ans, Juliette Aubert a depuis avril 2008 revêtu de nouveaux habits : elle est représentante en France d’Oikocredit, une organisation néerlandaise qui accorde des prêts et investit dans des institutions de microfinance, des coopératives et des PME dans les pays en développement. Un poste décroché après son MBA de l’ENPC (Ecole nationale des ponts et chaussées). Ce cursus d’un an lui a permis de réaliser son rêve : changer d’orientation professionnelle. « Je suis juriste de formation. J’ai travaillé pendant plusieurs années dans une société d’économie mixte. J’avais envie de faire autre chose sans savoir vraiment quoi », se souvient-elle. Seule certitude : pour tourner le dos au droit, il lui fallait acquérir de nouvelles compétences. Après avoir démissionné, elle choisit un MBA généraliste pour lui ouvrir davantage d’horizons. Son projet prend progressivement forme au fil des mois de formation à Paris, Philadelphie et Tokyo : elle souhaite travailler dans le domaine humanitaire et s’intéresse également à la finance. Son diplôme en poche, en novembre 2007, elle commence à prospecter. Jusqu’au jour où elle tombe sur l’annonce d’Oikocrédit qui souhaitait créer un bureau en France. « Sans mon MBA, je n’aurais jamais été recrutée. Monter un bureau à partir de rien, c’est un peu comme être chef d’entreprise. J’utilise tous les jours mes compétences en finances, en marketing, en stratégie… », affirme-t-elle aujourd’hui.
Évolution plus que changement radical
Si Juliette a réussi à se réorienter, rien n’était pourtant gagné : à la fin de ses études, on lui a en effet proposé un poste de… directrice juridique qu’elle a décliné. « Un MBA peut certes permettre de changer de carrière. Mais il y a peu de ruptures radicales », observe en effet Marie Baudron, consultante chez Egon Zender International, un cabinet de chasse de tête qui recrute régulièrement des diplômés de MBA pour ses clients. Beaucoup reviennent ensuite dans leur secteur d’origine avec davantage de responsabilités ou en ayant de nouvelles fonctions, trouvent un emploi dans leur métier mais dans un autre secteur d’activité ou se voient proposer un poste dans un autre pays. Mais « changer à la fois de secteur et de fonction, c’est déjà beaucoup. Changer de secteur, de fonction et de pays, c’est quasiment impossible », poursuit la consultante.
Les possibilités de nouveau départ dépendent en outre de la réputation des cursus. Une formation reconnue internationalement ouvre davantage de portes. Les débouchés varient également en fonction du type de programme et du parcours antérieur des candidats. Les formations en full time qui s’adressent à des cadres juniors prenant le risque de démissionner offrent par exemple plus d’opportunités que les Executive MBA fréquentés par des candidats ayant une dizaine d’années d’expérience. Ils sont beaucoup moins disponibles car ils cumulent retour sur les bancs de l’école et vie professionnelle et ont plus de mal à convaincre les employeurs de les embaucher pour des missions dans lesquelles ils n’ont pas d’expérience.
Dimension internationale
« Ce serait d’ailleurs dommage de ne pas utiliser l’expertise acquise, reconnaît Fady El Kadoum, qui a suivi l’Executive MBA de l’ESCP-EAP pendant dix-huit mois à temps partiel. À 31 ans, cet ingénieur, chef de projet chez Steria souhaitait évoluer vers le conseil mais en restant dans l’informatique. Sa demande est accueillie positivement par son employeur qui accepte de lui financer sa reprise d’études, d’un coût de 39 000 euros. « C’était pour moi un moyen d’ajouter une dimension business et des compétences managériales à mon arc, raconte-t-il. Suivre un tel programme permet de démystifier certains sujets comme la stratégie, la finance, le marketing. Je ne suis pas devenu un spécialiste de ces matières mais maintenant je peux parler avec des personnes plus pointues que moi sur ces questions en comprenant les enjeux. » Après sa formation, Steria lui propose début 2007 un poste de consultant manager avec la promesse d’être promu en 2009 chef de département. Une promesse qui n’aura pas le temps de se réaliser : en octobre 2008, il est recruté par IBM comme responsable d’une unité de 80 personnes. « Cette proposition était plus intéressante que celle de Steria. La dimension « business » que je recherchais était plus développée et IBM offre à moyen terme davantage de possibilité d’évolution du fait notamment de sa dimension internationale », explique-t-il.
Les entreprises internationales ou, de plus en plus, les sociétés françaises qui ont des projets de développement hors des frontières sont en effet friandes de MBA. Ciments français n’a par exemple fait aucune difficulté pour répondre favorablement à la demande de Nabil Francis, 38 ans, quand il a envisagé de suivre le programme Executive de l’Essec, pendant deux ans à temps partiel (Prix : 41 000 euros). Cet ingénieur qui avait occupé plusieurs postes techniques avait envie d’élargir ses connaissances et de mieux comprendre le fonctionnement d’une entreprise. « Cette formation a été un véritable accélérateur pour ma carrière », confie-t-il. En 2004, à l’issue du programme, il se voit proposer la responsabilité du bureau du Sri Lanka où il gère 120 personnes avant de prendre, il y a un an, la direction commerciale de l’entreprise en Egypte où l’activité est bien plus importante. Nabil qui est également directeur général d’une structure s’occupant du transport, siège en plus au conseil d’administration de la société. « Le MBA m’a donné tous les outils nécessaires à la réalisation de mes différentes missions. J’ai en outre reçu une culture internationale qui m’a permis de m’y préparer », insiste ce cadre. Dans les MBA, les cours comme les études de cas offrent une vision globale. Par ailleurs, la diversité des enseignants et des participants – l’Essec bénéficie de la présence à Paris de nombreux cadres internationaux – renforce cette imprégnation multiculturelle.
Confiance en soi
Grand avantage du MBA? « Il donne confiance en soi », estime Nabil. Ce n’est pas Benjamin Pero, 35 ans, qui dira le contraire… Directeur d’affaires dans un cabinet parisien de 25 salariés, cet architecte n’était que chef de projet quand il a suivi l’Executive MBA de Dauphine. Son ambition était de prendre en charge des missions de plus en plus complexes. « J’ai mis un an avant de me décider, rappelle celui qui a financé lui-même sa reprise d’études, pour un montant de 25 000 euros. Ce n’est pas évident quand on a une famille. Les cours ont lieu trois jours par mois pendant deux ans. Entre les sessions, nous devons rendre des travaux de groupe, il faut faire de nombreuses lectures. Et puis, ce n’est pas vraiment mon univers », raconte-t-il. « Un peu largué au départ », il s’accroche. Non sans raison. Il est à l’aise aujourd’hui dans ses nouvelles missions et cette formation lui a donné envie d’aller encore plus loin : il a repris contact avec un cabinet de chasse de têtesemploi/entretien-dembauche/formation-continue/h/37596e3c12/a/et-si-un-chasseur-de-tetes-vous-appelait.html et est en négociation pour devenir business support manager dans une grande agence ; il y sera chargé de tous les aspects opérationnels et commerciaux de<s>s</s> projets architecturaux de grandes envergures. « Impossible d’envisager une telle évolution sans MBA. Je vais devoir toucher à la coordination, réaliser des budgets, du reporting, rechercher de nouveaux clients… »<s> </s>
Face à ces succes stories, Marie Baudron tient toutefois à mettre en garde les candidats : « La valeur d’un MBA dépend de ce qu’on en fait. Il faut savoir profiter des opportunités, du réseau. Il faut aussi savoir le valoriser, apprendre à se vendre. Beaucoup de postulants pensent qu’un MBA va leur permettre de repartir de zéro. C’est surtout un moyen d’accélérer la carrière de cadres qui sont déjà dans une phase ascendante. Pour les autres, c’est beaucoup plus risqué… »
Laurence Estival
Avril 2009