Alors que les perspectives économiques s’assombrissent, certains salariés se demandent s’ils doivent attendre des jours meilleurs pour tenter de décrocher ce titre prestigieux. Pas si sûr, répondent les experts qui notent une évolution des débouchés.
À l’heure où la crise financière affecte non seulement les banques mais conduit les prévisionnistes à revoir les taux de croissance à la baisse dans la plupart des pays, l’ombre de 2001 plane sur la planète MBA. « La situation ressemble à celle que nous avons connue à cette époque. Les cadres profitaient de la crise pour se former. Il pensaient qu’il valait mieux acquérir de nouvelles compétences pour pouvoir retrouver un job plus intéressant à la sortie », rappelle Christie St-John, responsable des admissions à Tuck, une prestigieuse business school d’Outre-Atlantique qui, comme nombre de ses concurrentes, note à nouveau une croissance des candidatures. En 2001, pourtant, la crise ayant finalement duré plus longtemps que prévu, ces calculs se sont retournés contre bon nombre de diplômés ambitieux qui avaient parié sur un retour rapide de la croissance...
« Si j’attends trop longtemps, je serai doublé par des gens plus jeunes que moi qui eux auront pris des risques »
Se poser les bonnes questions
Cadre dans une grande banque hexagonale, Vincent*, 31 ans, ne semble pas échaudé par les mésaventures de ses aînés : il devrait rapidement déposer son dossier pour intégrer un des MBA figurant dans le « top 10 mondial », précise l’intéressé. Sa réflexion chemine depuis un an. Certes, la crise financière l’a conduit à se demander s’il devait différer son projet, par crainte de ne pouvoir le valoriser. Mais finalement, elle n’a fait que renforcer sa détermination en l’obligeant à se poser les bonnes questions : « Un MBA doit me permettre de passer à la vitesse supérieure. Je souhaite prendre du recul par rapport aux aspects techniques de mon métier et manager des équipes. Ce projet est indépendant de la crise financière, et si j’attends trop longtemps pour le mettre en œuvre, je risque de ne pas pouvoir réaliser le saut souhaité car je serai alors doublé par des gens plus jeunes que moi qui eux auront pris des risques. »
« Les entreprises sont confrontées à la nécessité de gérer les départs à la retraite et de rééquilibrer leur pyramide des ages »
La finance toujours à la recherche de candidats
Vincent serait-il insouciant ? Tout en restant prudents, les responsables des services carrière des business schools, soulignent que le ralentissement enregistré aujourd’hui n’a rien à voir avec celui du début des années 2000. Premièrement, rares sont les entreprises à avoir gelé leurs recrutements. « Les employeurs et y compris les banques d’investissement continuent de venir sur notre campus. Elles souhaitent poursuivre leurs embauches de diplômés MBA car elles sont aujourd’hui entrées dans des logiques à plus long terme : la plupart d’entre elles sont confrontées à la nécessité de gérer les départs à la retraite et de rééquilibrer leur pyramide des ages », note Lara Berkowitz, responsable du secteur financier au service carrière de la London Business School.
Conséquences de la crise, les profils recherchés dans la finance évoluent : les recrutements concernent les activités de prise de participation dans des sociétés non cotées ou le conseil, des fonctions moins touchées que les postes proposés en salles de marché. « Sans parler des entreprises non bancaires intéressées par des candidats connaissant bien les mécanismes financiers, pour renforcer leurs directions financières », observe Valérie Gauthier, responsable du MBA d’HEC.
Des débouchés de plus en plus diversifiés
Autre changement par rapport aux années 2001-2002 : la grande diversité des employeurs intéressés par le recrutement de MBA. Si en moyenne, 50 % des diplômés trouvent un emploi dans la finance ou le conseil, les entreprises industrielles sont de plus en plus nombreuses à rechercher ce type de profil. Thalès, Alcatel ou encore Schneider Electric viennent depuis quelques années arpenter le campus d’HEC. « Ces recruteurs sont intéressés par des candidats qui ont l’habitude de travailler dans un contexte international. C’est pourquoi ils se tournent aujourd’hui vers les MBA où les participants venus du monde entier sont censés les aider à conquérir de nouveaux marchés. C’est également un moyen de diversifier l’origine géographique de leurs salariés », met en avant Marie Baudron, consultante à Paris chez Egon Zender, un cabinet de chasseurs de tête international.
Les entreprises industrielles sont de plus en plus nombreuses à rechercher des diplômés MBA
« On observe aussi la montée en puissance de nouveaux secteurs comme la pharmacie et l’énergie », ajoute Maria Luisa Ortine, responsable du service carrière du MBA de Bocconi. L’école milanaise pointe par ailleurs les débouchés croissants offerts aux diplômés par des PME tournées vers l’international à la recherche de cadres ayant une vision d’ensemble de l’entreprise et une expérience multiculturelle.
Même si aujourd’hui les risques de ne pas pouvoir valoriser son MBA restent faibles, les candidats peuvent en outre choisir des programmes à temps partiel. « Ils leur permettent de poursuivre leur activité professionnelle et de déférer de deux ans le moment où ils pourront mettre en œuvre leurs nouvelles compétences », conseille Valérie Gauthier. De quoi rassurer les plus inquiets.
Laurence Estival
Mai 2008
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