Malgré beaucoup de critiques, et un bilan quelque peu mitigé, le contrat de professionnalisation se révèle une voie d’insertion efficace pour les jeunes mais également pour les adultes demandeurs d’emploi. Et pas seulement les moins qualifiés. Illustrations.
Grâce au contrat de professionnalisation d’un an qu’elle a signé en 2005, Tiphaine Drouet a pu opérer une heureuse reconversion. La carrière de cette jeune femme avait pourtant bien démarré. Après avoir obtenu, à 21 ans, un BTS en commerce international, elle trouve tout de suite un poste « bien rémunéré » de conseillère en location dans une agence immobilière. Seulement voilà. Quatre ans plus tard, cette Rennaise d’origine rêve d’autre chose : « Ma passion se situe plus du côté des ressources humaines. En regardant les sites emplois sur Internet et en parlant à une conseillère de l’ANPE, j’ai compris que le seul moyen pour moi de bifurquer dans cette voie consistait à entreprendre une formation d’assistante RH. » L’ANPE lui propose pour ce faire un contrat de professionnalisation. La jeune femme accepte illico. Il faut dire que la formule offre plus d’un avantage : l’alternance formation-entreprise permet de mettre ses connaissances en pratique en étant rémunéré, et les frais de formation sont pris en charge (1). Tiphaine entame un cursus d’un an à raison de deux demi-journées de cours par semaine alternées avec un travail au sein d’une entreprise. « Mon école, ITC, s’est occupée de tout : elle m’a trouvé un poste dans les ressources humaines d’un hôpital privé parisien qui m’a rémunérée, tout au long du contrat, à hauteur de 80 % du smic. Et je n’ai pas eu à débourser un centime ! » À la clé : une formation qualifiante.
Mettre un pied dans l'entreprise
Mis en place par la loi du 4 mai 2004 sur la formation professionnelle, le contrat de professionnalisation s’adresse aux jeunes de 16 à 26 ans sans qualification (quelle que soit leur formation initiale) ainsi qu’aux demandeurs d’emploi. Objectif : favoriser leur insertion ou réinsertion grâce à l’acquisition d’une qualification professionnelle reconnue sur le marché du travail. Chaque branche professionnelle décide de ses priorités et a désormais la main sur la durée et le niveau de formation du secteur. Conséquences : les formations courtes, davantage spécialisées et avec une individualisation plus prononcée des parcours, sont valorisées. Ces nouveaux contrats prennent le plus souvent la forme de CDD dont la durée n’excède pas 12 mois. Du moins, en théorie. De nombreuses branches ont en effet augmenté les durées de contrat (jusqu’à 24 mois) et de formation (au-delà de 25 % et jusqu’à 50 % de la durée du contrat), ouvrant ainsi l’accès aux formations diplômantes…
Principal intérêt : avoir un pied dans l’entreprise. « J’ai adoré ce système permettant de mettre en pratique immédiatement ce qu’on a appris au contact d’intervenants issus eux-mêmes du monde professionnel, témoigne Tiphaine. On est plus dans la réalité et on se sent ainsi utile, avec la sensation d’appartenir totalement à l’entreprise. » Un atout qui convainc aussi les employeurs. Depuis qu’elle a terminé sa formation en mars dernier, ses recherches d’emploi s’annoncent sous de bons auspices : « J’ai déjà plusieurs rendez-vous pour des postes de conseillère en recrutement dans des agences de travail temporaire. Mon rêve devient donc réalité ! »
Même les plus diplômés sont concernés
À l’instar de cette jeune femme, de plus en plus de diplômés optent désormais pour cette formule en alternance : 57 % des personnes en contrat de professionnalisation ont d’abord obtenu un bac (et plus) (1). C’est le cas de Kim Thuok qui ne souhaitait absolument pas rejoindre les bancs de la fac à l’issue de son bac pro outillage, obtenu en 2001. Le travail des métaux ne l’enthousiasme guère… « Mes intérêts tournaient autour de l’informatique, mais les professeurs m’ont découragé en troisième. » Quelques années plus tard, à 25 ans, le jeune homme décide de renouer avec ses centres d’intérêt. Il se rend à la mission locale qui le renvoie vers un salon dédié à l’alternance où il rencontre des spécialistes du secteur informatique. Sur leurs conseils, il décide d’entreprendre une formation de technicien de maintenance pour « se mettre à niveau » en alternance. « Grâce à un ami travaillant dans l’organisme de formation Efficom, j’ai décroché un entretien pour un job en contrat de professionnalisation de technicien de maintenance en interne. » Concluant ! Le jeune homme fait alors d’une pierre deux coups puisqu’il est admis en BTS informatique de gestion pour une durée de deux ans… dans le centre de formation qui l’a embauché ! « J’ai eu beaucoup de chance, se réjouit-il aujourd’hui. Cela m’a apporté les connaissances essentielles pour faire ce qui me plaisait. Je n’ai pas eu à payer la formation, et je gagne 75 % du smic chaque mois. Contrairement à mes amis inscrits à l’université, je me sens utile, respecté et mes horaires ne sont pas très difficiles. Je travaille aux trente-cinq heures ! » Ayant goûté aux responsabilités, Kim Thuok souhaite progresser dans l’informatique. « Maintenant, j’ai un objectif clair. Je vais entreprendre une spécialisation en sécurité réseau. » L’idée ? Travailler dans l’administration de réseau à un niveau « plus avancé » et donc « plus recherché ».
Un public plus large que les anciens contrat d’alternance
Plus diplômés, les profils des personnes en contrat de professionnalisation seraient aussi plus variés. C’est en tout cas ce que relève une étude réalisée en 2005 par l’ANDCP (l’Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel) : « Après une période d’attentisme, les entreprises se sont aperçues que ce nouveau dispositif était plus souple et qu’il touchait un public nettement plus large que les anciens contrats d’alternance », se réjouit Marie Eon, déléguée générale adjointe de l’Association. Un constat que viennent corroborer les derniers chiffres fournis par la Dares : le contrat de professionnalisation touche, en effet, davantage de demandeurs d’emploi (plus 23 % par rapport à 2003) et d’adultes de plus de 25 ans (+ 17 % entre octobre 2004 et juillet 2005). Qui trouvent par cette voie un moyen efficace de réintégrer le monde du travail. Comme en témoigne Adolphine Libondo. Au chômage pendant près de cinq ans, cette mère de famille de 39 ans est parvenue, en décembre 2005, à décrocher, par le biais de l’ANPE, un contrat de professionnalisation de dix-huit mois en tant qu’aide médico-psychologique dans une association d’enfants handicapés et ce, pour un salaire net de 1 000 euros par mois. Une façon de trouver une certaine stabilité professionnelle après un long passage à vide. « Je travaillais parfois au sein de cette structure comme remplaçante depuis 2003, alternant avec des périodes d’inactivité et de déprime. J’alterne aujourd’hui entre l’association et le Centre de formation de l’Essonne (CFE). Cela me rend beaucoup plus optimiste ! » se réjouit cette femme originaire de la République démocratique du Congo.
Les PME restent frileuses
Un peu plus d’un an après son entrée en vigueur, le contrat de professionnalisation affiche un bilan quantitatif en demi-teinte : en mars 2006, seuls 111 000 contrats de professionnalisation avaient été signés. Un résultat qui s’explique par sa mise en œuvre progressive... Un certain nombre de petites et moyennes entreprises rechignent notamment à utiliser cet « énième » dispositif en faveur de l’emploi. « Elles ne s’y retrouvent pas ! » tranche Françoise Dupont, responsable de l’Agefos-PME Paris. « Les employeurs ne veulent plus s'échiner à suivre des évolutions législatives qui leur donnent le vertige, ils en ont ras le bol ! » plastronne à son tour Rémy Dréano, directeur du Clip (Carrefour local de l'insertion professionnelle). À en croire une étude réalisée par l’Agefos en juillet 2005, le dispositif souffrirait, par ailleurs, d’un manque patent de notoriété : 56 % des TPE affirment n’en avoir jamais entendu parler, quand 52 % de celles qui en ont pris connaissance disent ne pas comprendre les évolutions apportées.
Les grosses structures, en revanche, ne rechignent pas à l’utiliser. Illustration chez BNP Paribas où l’accent est mis sur l’intégration des jeunes. « Pour nous, cela n’a rien changé de fondamental. Nous favorisons le développement de ces contrats destinés à des jeunes de moins de 26 ans, dans une logique de préengagement, afin de renouveler notre pyramide des âges, reconnaît Bénédicte Monneron, responsable des ressources humaines. Objectif : professionnaliser les futurs collaborateurs. « J’avais un bac + 3 », mentionne Jérémy, qui a obtenu son contrat au sein de cette structure par le biais du Centre de formation de la profession bancaire. « L’alternance me permet d’obtenir un BTS en banque et la quasi-certitude d’être recruté ensuite en CDI, c’est un sacré pied à l’étrier ! » En 2005, sur 1 000 jeunes recrutés en CDI, 200 avaient suivi une formation en alternance au sein même de l’établissement bancaire. Une solide raison d’y croire.
(1) Par l’Opca (organisme paritaire collecteur agréé) dont relève l’entreprise pour les jeunes, par l’Unedic pour les demandeurs d’emploi.
* Premières synthèses, « Contrats en alternance en 2004 », Dares, janvier 2006, n° 04.3.
Jennifer Schwarz
Juin 2006