Un candidat sur trois a obtenu une validation totale en 2005-2006 : tel est le principal enseignement de l’enquête réalisée par Génération formation auprès de 79 établissements d’enseignement supérieur. Comment mettent-ils en œuvre la VAE ? Quelles sont leurs attentes vis-à-vis des candidats ? Que recherchent ces derniers ? Et quelles sont les difficultés rencontrées ? Arrêt sur image.
Ce n’est certes pas un raz-de marée, mais les candidatures à la VAE connaissent une augmentation régulière. Près de 6 000 dossiers ont été déposés en 2005-2006 dans les 79 universités qui ont répondu à notre enquête (1), deux fois plus qu'il y a deux ans… Mais surtout, le nombre de validations totales accordé a été lui aussi multiplié par deux. Près d’un candidat sur trois a en effet obtenu sur cette période un diplôme dans son intégralité : ils n’étaient qu’un sur cinq en 2003-2004. Un autre quart des candidats a bénéficié d’une validation partielle. Des chiffres qui ne rivalisent pas encore tout à fait avec ceux de la VAP (validation des acquis professionnels). Sur la même période, plus de 9 000 dossiers de demande de VAP ont été déposés, 88 % recevant une réponse favorable (lire à ce sujet l’interview de Martine Carette).
L'organisation est en marche
Face à l’affluence de demandes de VAE, les établissements s’organisent, même s’ils avancent en ordre dispersé. Selon notre enquête, un quart d’entre eux ont renforcé cette année leurs équipes par des recrutements et la création de nouveaux postes, 40 % ont formé leur personnel à l’accueil et l’accompagnement, 27 % ont mis en place des processus d’automatisation des procédures. Un tiers ont néanmoins dû faire à budget constant. Conséquences : la quasi-totalité (94 %) des universités gèrent aujourd'hui la VAE de façon centralisée, avec un service d’accueil unique, bien identifié. Une proportion équivalente a développé des sites web dédiés qui diffusent dans 85 % des cas des informations générales sur la démarche. Si un peu plus d’une université sur quatre (28 %) propose d’ores et déjà au candidat de remplir un pré-dossier en ligne, d’autres, comme à Nancy, s’attellent à des projets plus ambitieux. « Prévu pour janvier 2007, notre extranet permettra aux conseillers ou aux enseignants d’annoter et de commenter en ligne les pré-dossiers reçus, illustre Anne-Marie Jacquot-Nadalet, responsable du centre VAE de Nancy 1 et 2. Nous espérons ainsi raccourcir nettement la phase de recevabilité, actuellement de 3 mois, en supprimant les temps morts entre les rendez-vous. »
Cap sur la pré-sélection
C’est une tendance : même si le processus d’entrée dans le dispositif varie d’un établissement à l’autre, ils sont nombreux à opérer un premier tri avant que les candidats ne s'engagent dans la conception de leur dossier, une phase jugée unanimement longue et exigeante pour tous les acteurs. Au total, 83 % des établissements indiquent établir ainsi une pré-sélection, selon des modalités somme toute assez classiques : CV et lettre de motivation (32 %), dossier de recevabilité (70 %), le tout assorti d’un entretien individuel avec le conseiller VAE (47 %). Certaines vont très loin. Paris 6 demande ainsi un CV très détaillé, véritable ébauche du dossier de candidature. L’université aide cependant les candidats dans cette étape délicate. « Nous organisons des ateliers de travail du CV en fonction des objectifs, explique Christelle Claquin, conseillère VAE à Paris 6. Les enseignants sont aussi de la partie puisqu’ils délivrent un avis consultatif au vu de ce CV. »
Au final, le principal critère de sélection retenu reste pour une écrasante majorité (80 %) l’adéquation entre le parcours professionnel et le diplôme visé. La qualité du projet professionnel et la motivation du candidat peuvent néanmoins faire pencher positivement la balance dans respectivement 26 % et 19 % des cas.
Le casse-tête du choix du diplôme
Autre leçon de cette enquête : identifier le bon diplôme apparaît comme la principale pierre d’achoppement côté candidats. Si trois établissements sur quatre le citent parmi les difficultés principales rencontrées par les postulants, un tiers en font l’écueil majeur du dispositif. Autres problèmes pointés : la rédaction du dossier est toujours vue comme particulièrement délicate (78 % la citent parmi les principales difficultés et 12 % la placent en tête), de même que la formalisation du parcours (64 % des réponses). Quant à l’entretien avec le jury, il reste cité dans la même proportion que l’an passé (40 %). Bien conscients de ces obstacles, nombre d’établissements proposent un accompagnement afin d’aider les candidats dans leur démarche. Parfois obligatoire (un quart des cas), le plus souvent facultative, une cellule VAE intervient en soutien méthodologique, organise des ateliers collectifs (un tiers des réponses), propose des outils (référentiels de compétences, exemples de dossier). L’entretien avec le jury est désormais préparé avec soin. Jean-Philippe Fages, responsable VAE de l’université de Savoie, organise par exemple des simulations. « Le candidat n’est pas rompu à la discipline des oraux universitaires, explique-t-il. Or le jury comporte quatre enseignants chercheurs qui exigent un réel effort de conceptualisation et de synthèse. »
Plus de souplesse
Que ce soit lors de l’accompagnement ou du jury, comme le souligne Anne-Marie Jacquot-Nadalet, « le cas par cas s’impose ». Pourtant, avoue-t-elle, la charge de travail est lourde, notamment pour les enseignants qui « s’essoufflent ». Conscientes de cette pression, les universités recherchent d’autres voies. Livret méthodologique, dépôt et correction en ligne du dossier, modèle de dossier plus structuré et guidé, uniformisation des documents au niveau régional sont parmi les pistes que les établissements commencent à explorer. Un dossier unique pour toutes les formations accessibles en VAE au niveau national, comme le ministère de l’Éducation nationale en a émis le souhait ? L’idée est jugée peu réaliste : comment exiger les mêmes informations de candidats à un CAP et à un master ?
Quoi qu’il en soit, la durée de la procédure semble diminuer. De trois à six mois, tel est le délai désormais nécessaire pour monter son dossier dans la moitié des universités. Si la majorité d’entre elles traitent les dossiers dans l’ordre d’arrivée (70 % des cas), beaucoup (40 %) assurent faire preuve d’une grande souplesse en fonction de l’urgence du projet. « Si un candidat a besoin rapidement d’un diplôme pour pouvoir passer un concours, tout peut aller très vite », illustre Monique Carante, conseillère coordinatrice VAE à Lyon 1. Autre preuve de cette individualisation : 51 % des sessions de jury sont organisées au cas par cas, selon le nombre de dossiers présentés. « C’est indispensable, argumente Christelle Claquin. Les candidats ont besoin de temps et de liberté pour mûrir leur projet. »
Limiter les refus secs
Malgré tous ces efforts, deux candidats sur trois ne parviennent pas à obtenir une validation totale. Principaux motifs de refus : le « manque d’adéquation entre leur expérience et le diplôme visé » (67 % des raisons invoquées), suivi par un niveau estimé trop faible (47 %) et un oral peu satisfaisant (24 %). Le dossier n’étant jugé mal rédigé que dans 7 % des cas. Mais la phase de présélection ayant été musclée, les refus secs à cette étape se raréfient. À Perpignan, Dominique Lux estime qu’ils représentent à peine 10 % des dossiers : « Si le diplôme n’est pas acquis dans sa totalité, il faut au moins proposer une validation conséquente. Sinon le candidat vivra la VAE partielle comme décourageante et ne donnera pas suite. » Raisonnement confirmé par Christelle Claquin, qui ajoute que les organismes financeurs (OPCA, etc.) émettent eux aussi le souhait de ne voir s’engager dans le dispositif que les candidats ayant une chance d’aboutir. Et cette dernière de préciser que les demandes n’aboutissant pas concernent généralement des candidats qui ont choisi de poursuivre malgré un avis négatif au stade de la présélection. Un candidat averti en vaut deux…
(1) L’enquête a été menée auprès de 90 établissements universitaires par l’envoi de questionnaires du 1er juin au 30 septembre 2006. 79 d’entre eux ont répondu. Les renseignements qu’ils nous ont communiqués figurent dans des fiches descriptives.
Des tarifs qui jouent au grand écart
Uniformiser les tarifs de la VAE ? On en est encore bien loin. Tout au plus certaines universités se sont-elles accordées au niveau régional. La moitié annoncent un coût forfaitaire : une somme globale pour l’inscription, l’accompagnement et le jury, allant de 150 à plus de 1 200 euros. Les autres penchent pour la modulation des tarifs, et peuvent prendre en compte la situation des différents publics. 30 % des établissements mentionnent néanmoins des réductions ou des aides pour les demandeurs d’emploi ou les individuels, et l’un propose des tarifs indexés sur le revenu imposable du candidat. Une situation qui explique certainement que 52 % des universités placent le financement parmi les principales difficultés rencontrées par les candidats.
Après quoi les candidats courent-ils ?
Les motivations des candidats pour s’engager dans la VAE semblent peu varier d’une enquête à l’autre. Le besoin de reconnaissance personnelle est toujours invoqué en premier lieu (82 % des réponses le mentionnent, 27 % en faisant même le motif principal du candidat). D’autant, soulignent certains interlocuteurs, que cet objectif croise souvent une motivation plus concrète. Ainsi, la volonté de progresser en interne (citée par 79 % des établissements, et placée en première position par un quart d’entre eux), le retour à l’emploi (73 %), le désir de mobilité (60 %), de reconversion (51 %) ou la crainte du chômage (43 %). Sans oublier, ajoutent les interviewés, les nombreux candidats qui souhaitent acquérir un niveau pour passer des concours administratifs, notamment ceux de l’Éducation nationale. Ou encore les besoins ponctuels suscités par de nouvelles législations. « La loi Hoguet exige désormais une licence pour bénéficier d’une carte professionnelle dans l’immobilier. Nous avons actuellement 2 ou 3 candidats dans ce cas à chaque jury », témoigne Dominique Lux.
Face à ces motivations, rien d’étonnant à ce que les diplômes professionnels restent plébiscités. Gestion, économie, ressources humaines, information-communication, droit ou management figurent toujours au hit-parade des formations les plus demandées. Qui plus est, ajoute Sonia Barbo, responsable VAE de l’université d’Artois, ce sont des diplômes qui parlent le mieux le langage du candidat : « Lors du passage au LMD, leurs programmes ont été réécrits en termes de compétences, ce qui n’est pas toujours le cas des disciplines généralistes. »
Est-ce parce que les diplômes professionnels l’emportent que les entreprises commencent à regarder la VAE de plus près ? Un tiers des universités (soit deux fois plus que l’année dernière) disent avoir reçu des dossiers VAE initiés par des entreprises, essentiellement des grands groupes, dont les motivations, de la fidélisation des salariés à l’outplacement, sont des plus diverses…
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Nathalie Ryser
Octobre 2006
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