
Le secrétaire d’État Éric Besson, lors de la présentation de son rapport sur la VAE.
Éric Besson, secrétaire d’État chargé de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques, vient de remettre son rapport sur la VAE. Verdict : le dispositif peut faire plus et bien mieux !
« Demi succès, ou demi échec, la VAE n’a pas tenu toutes ses promesses » résumait ce 4 septembre Eric Besson, chargé par le premier ministre d’évaluer le système de la validation des acquis de l’expérience. Un constat sans surprise, puisque depuis son instauration en 2002 le dispositif n’a jamais réellement décollé. En 2006, sur les 6 millions de candidats potentiellement concernés, seuls 75 000 ont déposé un dossier, 48 000 se sont présentés devant un jury et 26 000 ont décroché un titre ou un diplôme complet. L’évaporation est donc considérable. La cause ? Une foultitude d’obstacles recensés un à un par le rapporteur, et qui font de la VAE un véritable parcours du combattant pour le salarié ou le demandeur d’emploi : informations éclatées, maquis des intitulés des diplômes et titres (15 000 en tout), certificateurs trop nombreux, lourdeur des démarches, complexité des dossiers, accompagnement tardif, défiance des DRH...
Rendre le système intelligible et efficace. Eric Besson livre de réelles pistes d’amélioration. Il préconise en particulier d’accélérer la procédure, de rationaliser l’offre, de créer un label qualité pour les organismes accompagnateurs, de faire entrer tous les CQP (certificats de qualification professionnelle) dans le champ, etc. L’un des points intéressants de la réflexion porte sur le rôle du jury. « Il doit mieux traiter le candidat dont le dossier n’a pas été totalement validé. Et lui expliquer qu’il ne s’agit pas d’un échec. » D’ailleurs, à son sens, ce jury, parfois difficile à constituer, devrait être plus restreint et mieux indemnisé. Actuellement, un artisan est indemnisé 15 euros pour 4 heures de travail et un cadre qualifié pour valider un diplôme d’ingénieur empoche 197 euros. Inique.
Distinguo entre « VAE constat » et « VAE parcours ». La première, usuelle, aide à enregistrer des compétences en ciblant un métier précis. En revanche, dans l’idée d’encourager des rebonds de carrière, certificateurs et entreprises devraient avoir l’ambition de la seconde, propose le secrétaire d’État. L’analyse est pertinente. « Il s’agirait d’insérer entre la phase d’identification [du titre ou du diplôme] et le dépôt de candidature des périodes de formations et d’expériences professionnelles complémentaires ». À acquérir par exemple, via le Dif et/ou un changement de poste. Ce qui exigerait une plus grande modularité des titres et des passerelles entre branches. Enfin, le rapporteur insiste sur la VAE, puissant outil collectif lorsqu’il s’articule à la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC).
Un champ de la négociation. Le gouvernement devrait faire son miel de ces recommandations. Son objectif, encore modeste, est de porter à 60 000 le nombre de certifications totales par cette voie. « La VAE n’est pas une fin en soi, soulignait le 4 septembre Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat chargé de l’emploi. Elle doit transformer l’expérience en diplôme et le diplôme en emploi. » Tout en favorisant la mobilité. À ce titre, la VAE fera l’objet d’un chantier spécifique dans les discussions sur la formation professionnelle qui devraient s’ouvrir à la fin du mois.
(1) Validation des acquis professionnels
(2) Rapport, intitulé « Valoriser l’acquis de l’expérience : une évaluation du dispositif de VAE », 70 pages, en ligne : www.travail-solidarite.gouv.fr, onglet « travail ».
Marie-Madeleine Sève
Septembre 2008