Tenter d’obtenir un diplôme par la VAE n’est pas une démarche anodine. Elle exige en effet un important investissement personnel et un patient travail d’introspection. Mais le jeu en vaut la chandelle. Pour vous en donner un aperçu, voici six raisons de vous lancer ainsi que des exemples de lettres et extraits de dossier commentés.
1. Obtenir une reconnaissance statutaire.
Titulaire d’un diplôme d’Etat de laborantin en analyses médicales, Nadine Bresciani, 39 ans, est entrée en 1986 dans une grande entreprise de cosmétique à un poste de technicienne de contrôle. Après un « parcours d’autodidacte », elle est devenue responsable du laboratoire de microbiologie, avec une fonction d’expert auprès des sites industriels. Grâce à la VAE, elle est en passe d’obtenir le DESS contrôle de qualité des produits de santé, validation des stérilisations, qu’elle prépare à l’université Paris 5 en suivant à peine la moitié des cours. « Je vais ainsi officialiser ma position en interne et vis-à-vis des clients et des fournisseurs de l’entreprise », se réjouit-elle.
2. Evoluer dans son métier.
Chargé d’affaires dans une agence du groupe BNP-Paribas à Neuilly-sur-Seine, Stéphane Hundt s’interroge sur la suite de sa carrière. « J’étais certain d’être nommé d’ici peu à la tête d’une agence. En revanche, je savais que si je ne faisais rien, je risquais ensuite de plafonner car je n’avais que le bac et le Brevet de banque. » Après un « mini » bilan de compétences qui le conforte dans son projet, Stéphane décide alors de préparer une MSG (maîtrise de sciences de gestion) sur un an par la formation continue à l’université de Villetaneuse en faisant jouer la VAP 85. Bien lui en prend. A 35 ans, il vient d’être recruté en tant que directeur d’agence par les Banques populaires. Avec un avenant à son contrat de travail qui lui garantit un salaire annuel de 39 000 € brut et une augmentation annuelle de 1 500 €, la direction d’une agence plus importante d’ici à trois ans et un poste de directeur de groupe d’ici à six ans.
3. Préparer une reconversion.
Pierre Deschamps est chef de publicité dans un groupe d’édition spécialisée dans la formation et les ressources humaines. A 45 ans, cet autodidacte pense qu’il est grand temps de tourner cette page de sa vie professionnelle. « J’avais autour de moi, des exemples de personnes qui vieillissaient mal dans ce métier. » Après un bilan de compétences, il décide de bifurquer vers les métiers de la formation, domaine qui lui est familier étant celui de la plupart de ses clients. Mais pour être crédible, il lui faut impérativement un diplôme lié aux ressources humaines.
Malin, il utilise ses armes, à savoir la négociation commerciale, pour obtenir le maximum de la VAP 85 : « J’ai déposé des dossiers dans différentes universités en faisant monter les enchères. Quand l’une me proposait l’accès à une licence, j’allais voir l’autre pour demander une maîtrise. » Cette stratégie s’est révélée payante puisque l’université Paris 1 accepte finalement de le prendre… en DESS fonction formation, développement des compétences. Une formation d’un an à raison de cinq jours par mois qu’il effectue dans le cadre d’un CIF (voir sa lettre de motivation).
4. Passer un concours de la fonction publique.
Après des études de philosophie, Stéphane Bowie, 29 ans, est entré chez les sapeurs-pompiers de Paris. Son contrat de cinq ans arrivant à terme, il envisage de transférer dans une collectivité locale ses compétences en hygiène et sécurité « acquises à l'épreuve du feu et en ayant exercé pendant près de trois ans des fonctions d'instructeur ». Mais sa seule licence de philosophie « brouille la lisibilité de [son] CV » et lui interdit de passer des concours sur titre. Heureusement, la VAP 85 lui a permis de préparer en cours du soir le DEST (diplôme d'études supérieures techniques) du CNAM (Conservatoire national des arts et métiers), de niveau bac + 4, sans avoir le DPCT (diplôme de premier cycle technique) normalement requis.
5. Retrouver un emploi.
Fort de ses vingt années d'expérience de la vente et du management dans des multinationales, Eric Di Gaspero, 43 ans, a fait une demande de VAE pour obtenir le diplôme de l'ESC Bordeaux. Ses raisons ? « A la suite d'un projet avorté de reprise d'entreprise, j'avais des difficultés à retrouver un poste de haut niveau. Les cabinets de recrutement me ramenaient à mon DUT techniques de commercialisation. Je pensais qu'il y avait prescription, c'était faux. J'ai donc voulu prouver que mon parcours valait bien un diplôme d'école de commerce. » Pari (presque) gagné. Aujourd'hui, Eric a bouclé son dossier et attend avec optimisme le verdict du jury. Le simple fait d'avoir indiqué sa démarche sur son CV a modifié le regard des recruteurs. Pour preuve, il vient d'être embauché en tant que directeur général chez Coiffure du monde, un groupe de 80 magasins situés en Midi-Pyrénées.
6. Assurer ses arrières.
A 37 ans, Thierry Gennevois est à deux doigts de décrocher le diplôme d'ingénieur en informatique du CNAM sans être retourné sur les bancs de l'école. Juste récompense d'une carrière rondement menée. Après des expériences riches et variées dans des SSII et des éditeurs de logiciels dans différents pays, il entre chez X., société d'intégration et de conseil, avec une double casquette de consultant et de chef de projet. Ce poste, qu'il occupe encore aujourd'hui, lui convient parfaitement. Mais ses déboires dans l’univers des start-up l'incitent à la prudence : « Je souhaite assurer mes arrières. En France, le diplôme compte énormément. Or, rien dans le libellé de mon DESS n'indique que j'ai fait de l'informatique, ce qui peut être rédhibitoire pour les recruteurs », confie-t-il.
Grâce à son DESS, Thierry a pu obtenir une équivalence pour le premier cycle du CNAM. Pour valider le second, en revanche, il a dû rédiger un dossier de 80 pages, avec l'aide d'un conseiller « disponible et compétent », puis défendre son cas durant une heure devant un jury de trois professeurs : « J'ai rédigé deux (mini) mémoires qui rendaient compte de missions d'audit récentes. Pour chacune, j'ai expliqué dans le détail ma manière de procéder, le type de document que j'étais capable de produire, mes relations avec les gens… J'ai mis l'accent sur les connaissances au programme des différentes UV ou “ demi-UV ” que je devais obtenir : génie logiciel, programmation orientée objet, ressources humaines, management d'entreprise et communication », se souvient-il. Une stratégie payante puisque le jury a satisfait l'intégralité de sa demande. Résultat : Thierry a « économisé » au moins deux années de cours du soir. A présent, il ne lui reste plus qu'à soutenir un vrai mémoire d'ingénieur. Il s'est fixé jusqu'en juin 2004 pour y parvenir.
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Mars 2007