Malgré la concurrence de la VAE, la VAP se maintient à un niveau élevé. Comparatif de ces deux dispositifs, en sept mots-clefs, par Martine Carette, directrice du SUDES, le service de formation continue de Lille I.
Instituée en 1985, la VAP (validation des acquis professionnels) permet de poursuivre des études dans l'enseignement supérieur sans avoir les titres ou diplômes requis. Cette mesure diffère donc de la VAE (validation des acquis de l'expérience), qui permet d'obtenir un diplôme, un titre ou une certification sans reprendre d'études.
Progression. Alors que la VAE valide un passé professionnel et personnel, la VAP s'inscrit dans une volonté de progression. Cet outil, révolutionnaire au moment de sa création, est devenu indispensable : il est au service de l'individualisation des parcours. Le candidat type est un homme, titulaire d'un bac + 2, bloqué dans sa carrière au niveau technicien supérieur. Pour devenir cadre et avoir des responsabilités, il s'engage souvent dans un master.
Souplesse. La VAP est un système très souple. L'université délivre une autorisation d'inscription, et non les crédits correspondant au niveau de formation requis. Exemple : si je n'ai pas le bac, on peut m'autoriser à suivre les cours en master. Si je réussis, je suis titulaire d'un bac + 5. Dans le cas contraire, je n'ai rien obtenu. C'est sécurisant pour les enseignants : l'engagement est moins fort que pour une VAE, où l'on donne le diplôme.
Réorientation. Dans le Nord-Pas-de-Calais, nous recevons beaucoup de demandeurs d'emploi qui sont en attente de reconversion et de réorientation, ce que ne permet pas la VAE. La VAP est, pour ces profils, l'outil adéquat. Reprendre ses études permet aussi de faire le point sur ses envies et ses projets.
Pari. Il n'y a pas de difficultés pour remplir une demande de VAP. Le dossier est beaucoup plus léger que celui de VAE. C'est un CV détaillé qui répond à une seule question : le candidat peut-il réussir dans l'enseignement supérieur ? C'est un pari. La commission pédagogique examine la trajectoire de la personne et son "background" théorique. Le président de l'université prend ensuite sa décision.
Émulation. La majorité des parcours correspond à des licences pros ou à des masters pros. Comme le nombre d'étudiants est limité, il y a des échanges extraordinaires en cours : il est très intéressant pour un étudiant en formation initiale de se confronter au point de vue d'un adulte déjà engagé dans la vie professionnelle. Une saine émulation se crée entre les deux publics.
Impact. En décembre, il y a beaucoup d'abandons. Il fait froid, il fait noir : on n'a pas envie de ressortir pour aller en cours. On n'y va pas une fois, deux fois, et puis… on n'y va plus. Pour lutter contre ce phénomène, nous avons mis en place à Lille I un dispositif de tutorat. Mais avant de s'inscrire, les candidats doivent bien mesurer les enjeux d'une reprise d'études : dix heures de cours, c'est au moins dix heures de travail à la maison. Au lieu d'aller au cinéma le soir, on peut être obligé de réviser. L'impact sur la vie personnelle et familiale ne doit pas être sous-estimé.
Inscription. À la différence de la VAE, obtenir une VAP n'est pas possible toute l'année. Le plus souvent, les dossiers sont examinés de mai à début septembre dans les universités, afin de permettre aux candidats de participer à la rentrée.
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Propos recueillis par Sylvain Marcelli
Octobre 2006