Bilan de compétences : Je veux… faire le point lors d'un licenciement

Suite à une « erreur monumentale d'orientation », Aurélie Albert a débuté dans un petit cabinet de conseil en organisation et stratégie : « En deux ans, je ne me suis jamais sentie à ma place. » Après avoir cherché en vain un autre travail, elle finit par se faire licencier.



Quand l'ANPE lui propose un bilan, la trentenaire diplômée de Sciences Po a « l'impression de n'être bonne à rien et marquée au fer rouge par son expérience ». Elle veut trouver enfin un poste qui lui plaît : « Plus jamais de conseil ! », se jure-t-elle. Le déclic survient au milieu de son bilan : son conseiller l'invite à lister toutes ses compétences, « indépendamment du contexte ». Animation d'un think tank, analyse de marché, gestion de projet… : Aurélie arrive enfin à revendiquer « cette palette de choses qu'elle a faites et pourra refaire ». Entre les séances, trois à quatre heures par semaine, elle réfléchit, inventorie, réorganise ses acquis, regarde les annonces.

Balayer les montagnes. « Répondez seulement aux offres qui vous plaisent, lui lance son conseiller, et faites le CV qui vous ressemble. » Aurélie bannit donc de son CV le terme « consultante », « mot poubelle » à ses yeux. À la place, elle détaille les compétences qu'elle s'est réappropriées et veut continuer à développer. Enfin capable de  parler « sans rougir ni bégayer » de ces expériences, désormais dissociées de son précédent poste et de son licenciement, la trentenaire sera embauchée, avant même la fin de son bilan, chez OCO Global, un… cabinet de conseil en développement économique. « Un travail grisant, international, qui n'a rien à voir avec le conseil classique », précise, ravie, la nouvelle manager de projet, soulagée d'avoir aboli « les montagnes qu'elle s'était construites elle-même » pour voir d'un œil neuf ce secteur qu'elle croyait figé.

Conseils.  Sur la sellette ? Entamez au plus vite un bilan, pour mieux rebondir. Les chômeurs comme Aurélie peuvent bénéficier d’un bilan de compétences approfondi (BCA), semblable au dispositif classique en plus court (une vingtaine d'heures en moyenne). Dans tous les cas, explique Marc Renaudeau (cabinet Ergoform), le bilan va notamment « calmer la colère ou l'angoisse, mauvaises conseillères » : « Le bilan rassure, rappelle aux bénéficiaires qu'ils sont de belles personnes, et génère l'action. » Mais n'attendez pas de solutions magiques ! Le conseiller ne trouvera pas un projet ou un poste à votre place : « Le bilan est un pré-travail, qui a pour but de vous rendre autonome dans votre recherche. »

Relever les dissonances. Marc Renaudeau conseille notamment de sonder les « 6 champs du possible » afin de percevoir les dissonances : entre compétences et intérêts professionnels (on peut être bon dans certaines tâches sans les aimer), entre potentiel pour apprendre et énergie à dépenser (pourrez-vous vivre de l’assurance chômage pendant une formation ?) ou entre réalisme (le poste visé est loin de chez vous) et choix de vie (vous voulez rester dans le Sud). « On vous attend quelque part. Si le projet n'avance pas, dans 99 % des cas, c'est à cause de dissonances que vous n'aviez pas vues. » L'intérêt du bilan ? « Mettre la personne dans sa réalité et en adéquation avec les réalités du monde. » Et finalement, constate le conseiller, « la majorité des salariés repartent vers le même type de poste ».

Myriam Greuter

Avril 2009

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