Entre crise du disque et sentiment d'avoir fait le tour de son métier, Monica Craignou, chef de projet marketing puis attachée de presse chez Universal, a senti monter l'envie de changer de travail – « mais en restant dans la culture ». Le hic ? Au bout de sept ans, cette titulaire d'un bac+5 a « peur d'être trop spécialisée ».
Pour « trouver le métier le plus épanouissant », les questionnaires d'autoévaluation de son bilan vont lui révéler plusieurs qualités (force de conviction, capacité de décision…) et des « points de vigilance ». Monica réalise ainsi que son non-conformisme peut la desservir au ministère de la Culture, où elle rêve de travailler. « Avec le conseiller, n’essayez pas de vous montrer sous votre meilleur jour ! Il n’est pas là pour vous juger, souligne Monica, mais pour vous percevoir justement et vous aider à trouver des pistes judicieuses. Un peu comme dans un entretien psy, mais toujours au sujet du travail ! »
Réaliser ses envies. In fine, le projet de Monica se confirme : changer de métier sans changer de secteur. « Ce bilan m'a fait beaucoup de bien et m'a fait gagner du temps, constate-t-elle : je n'étais effectivement pas faite pour travailler dans un ministère. » Ayant négocié son départ d'Universal, la jeune femme a pu financer elle-même ses neuf mois de formation de chef de projet multimédia. Ravie de ce cursus, Monica, qui prospectera dès la fin de son congé maternité, est désormais « hyper confiante » : « Le bilan m'a montré que j'étais capable de faire plein de métiers. Il m’a donné l’impulsion de réaliser mes envies. »
Conseils. Besoin de s'adapter au marché, lassitude, carrière jusque-là plus subie que choisie : le désir de changer assez radicalement de travail survient souvent « autour de la quarantaine, chez des gens en poste depuis une dizaine d'années », observe Danielle Lecharpentier (cabinet DLRH&K). Mais attention ! « Partez pour un projet, pas pour fuir un problème (de communication, de reconnaissance…). » Si elle sent un traumatisme, Bernadette Célérau, directrice du Centre de bilans angevin, conseille d'ailleurs une thérapie en parallèle : « Les choses se débloquent alors assez vite. »
360°. « Il n'y a pas de projet sans autobiographie », poursuit la conseillère. Invités à écrire leur vie depuis l'enfance, ses bénéficiaires « relient ainsi des éléments qui peuvent inconsciemment nourrir un projet » : qui a marqué le salarié ? Que faisaient ses parents ? Où habitait-il ? Le travail entre les séances est aussi essentiel, a fortiori si la reconversion est radicale : interrogez des professionnels, travaillez si possible avec eux pour voir si le métier visé vous convient vraiment, faites une sorte de 360° avec vos collègues, votre hiérarchie, vos proches, et surtout « discutez avec votre famille : nombre de projets échouent faute de soutien du conjoint », avertit Bernadette Célérau. « Écrire est aussi crucial », estime Danielle Lecharpentier, qui conseille de garder sur soi un joli carnet.
Garder l'élan. « Il faut compter deux ans après le bilan pour que le changement soit effectif, pour que la personne soit en poste et sûre d'elle », selon Bernadette Célérau. N'hésitez pas à choisir « un projet pour tout de suite, et un projet glissant, pour dans trois-quatre ans », suggère Danielle Lecharpentier. Gare en tout cas au quotidien, qui va entamer vos motivations. Pour garder l'élan, fixez-vous par exemple deux heures hebdomadaires pour postuler, gardez en évidence la synthèse du bilan et donnez régulièrement des nouvelles au conseiller.
Myriam Greuter
Avril 2009