Les entreprises compteront-elles dans cinq ans, comme le prévoit la loi (1), 40 % de femmes dans les conseils d’administration des entreprises (ou conseil de surveillance des sociétés cotées en bourse) ? En cette journée des Droits de la femme, et même si les choses avancent, il est permis d’en douter. Bilan et conseils.
Les mythes culturels qui écartent les femmes du pouvoir de décision, quand ils n’en font pas des caricatures, ont la vie dure… Leur accession au pouvoir est ainsi encore trop souvent synonyme de parcours de la combattante et du bon vouloir de la hiérarchie, soucieuse ou non d’anticiper les obligations légales.
Pourtant, certains signes apparaissent positifs : en 2011, selon le baromètre Diafora BWP, les entreprises du CAC 40 comptaient plus de 20 % d’administratrices dans leur CA contre 14 % en 2010 et… 5 % en 2003.
Des institutions prennent également la mesure des bouleversements nécessaires : dans le “Code de gouvernement d’entreprise des sociétés cotées” (2) édité par le Medef (Mouvement des entreprises de France) et l’AFEP (Association française des entreprises privées), figurent des recommandations concernant la représentation des femmes dans des postes à responsabilités. Pour autant, les efforts tiennent souvent davantage du symbole que d’une évolution visible en faveur de la parité. Une très longue marche reste en effet à parcourir concernant leur présence sur les plus hautes marches du pouvoir : seulement 3 % des femmes sont P-DG de société cotées dans l’UE, 2 % en France. Par ailleurs, la part des femmes dans les comités exécutifs n’est que de 7,5 %.
Combien de temps reste-t-il ?
Les entreprises ont, sur le papier, deux ans pour se mettre en conformité avec la loi. Applicable en 2017, cette loi prévoit les premières obligations en 2014. Que risquent les entreprises en cas de non-respect ? Pour l’instant, la loi stipule que le non-respect de ces quotas entraînera la nullité des nominations – sauf celles des femmes. Cette nullité n’entraîne cependant pas celle des délibérations auxquelles a participé l’administrateur “illégalement” désigné.
Un mécanisme de sanctions financières a également été prévu, avec suspension temporaire des “jetons de présence” en cas de non-respect de ces obligations légales – “le versement est rétabli lorsque la composition du CA devient régulière, incluant l’arriéré depuis la suspension” (art. L. 225-45). La perspective de ne plus être récompensé pour assiduité sera-t-elle suffisante pour convaincre les membres des CA d’ouvrir leurs portes plus grandes aux femmes ?
3 conseils pour s’imposer dans un monde d’hommes
1. Rester une femme
Les femmes dirigeantes ont aussi peu de points communs entre elles que leurs homologues masculins qui occupent de très hauts postes. À une exception près : toutes ont été obligées de se battre pour parvenir au plus haut niveau et toutes doivent encore régulièrement expliquer que leur itinéraire ne devrait pas être si exceptionnel. Isabelle Deprez (3), qui a passé plus de vingt ans à la tête d’entreprises et de réseaux très masculins avant de fonder En-Scène, une agence spécialisée dans l’accompagnement de femmes managers, préconise de ne pas se conformer à un “modèle” masculin : “La femme ne doit pas tomber dans la caricature culturelle que l’on attend d’elle, d’être soit la mère, soit la protectrice. Dans le monde de l’entreprise, elle doit obéir aux mêmes codes que ses homologues masculins tout en conservant son côté “femme”. Cela ne sert à rien d’imiter les hommes.”
2. Ne pas avoir honte de ses ambitions
Patricia Delon, directrice du département marketing et commercial de la RATP et fondatrice du groupe ESCP Europe au féminin, renchérit : “Il faut en finir avec le syndrome de la bonne élève. Il faut bien travailler, c’est sûr. Mais on ne doit pas avoir honte de ses ambitions, de vouloir exercer le pouvoir. Diriger, c’est avant tout prendre des responsabilités, agir et devoir assumer. Pour réussir, il faut casser le clonage qui est imposé aux femmes. Il n’y a pas de conspiration machiste, mais elles doivent lutter contre un vieux schéma social qui leur a attribué une place moindre que celle des hommes. Si elles veulent le pouvoir, elles vont le chercher et elles l’obtiendront !”
3. Être “politique”
Spécialisée dans le leadership au féminin, Valérie Rocoplan (4) propose une véritable méthode pour celles qui veulent obtenir des postes de direction en s’appuyant notamment sur la loi. Elle conseille également d’affûter son sens politique : s’infiltrer dans les réseaux mixtes et féminins, être dans différents réseaux et créer le sien propre, travailler ses alliances dans et en dehors de l’entreprise, en ne restant jamais isolée, adopter un style vestimentaire conforme à ce qu’on attend d’une femme de pouvoir. Bref, “prenez les bons ascenseurs, associez-vous aux projets phares et aux personnes qui ont le pouvoir de décision”, conseille-t-elle.
(1) Loi dite “Copé-Zimmermann” du 27 janvier 2011.
(2) Télécharger “Code de gouvernement d’entreprise des sociétés cotées” en Pdf.
(3) Isabelle Deprez, La Femme expliquée à nos amis les hommes, 2012, www.thebookedition.com et voir les blogs en-scene.com et lafemmeexpliquee.com.
(4) Valérie Rocoplan avec la collaboration de Christie Vanbremeersch, “Oser être la chef. Pour celles qui veulent assumer leur ambition professionnelle et réussir leur carrière”, 2011, Leduc.S. Éditions et www.talentis-coach.com.
Claire Padych
Mars 2012