La parité dans l'entreprise est encore loin d’être acquise. Comment dépasser les inégalités ? Pour Luc Bretones, directeur du marché professionnel fixe à la direction d’Orange, porte parole de son entreprise à l’occasion du colloque organisé pour le dixième anniversaire de l’association Interelles *, les choses n’avanceront pas tant que les hommes ne se seront pas aussi emparés du sujet. Entretien.
Représenter votre entreprise au sein d’Interelles*, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Qu’un homme puisse porter la parole des femmes, c’est relativement nouveau. Tant que les hommes ne se seront pas aussi emparés du sujet, ne se seront pas mis en situation de faire changer les choses, on n’avancera pas ; c’est la raison pour laquelle cette représentation me semblait importante. Les problèmes d’inégalité persistent, voire s’aggravent, en particulier dans les filières technologiques. Cela fait dix ans par exemple que la proportion de femmes ingénieurs stagne autour de 25 %, dont seulement 15 % dans la mécanique. Les femmes sont trop peu présentes en management, mais aussi dans les filières d’expertise (thème du colloque cette année) ; il n’est que d’observer la très grande majorité d’hommes invités en tant qu’experts dans les médias…
Comment expliquez-vous que les choses avancent si lentement dans le domaine de la parité notamment ?
Les hommes tiennent encore aujourd’hui la plupart des situations de responsabilités, et ont tendance à reproduire les mêmes schémas quand ils doivent recruter ou faire évoluer quelqu’un, le poids de la culture et des habitudes est très lourd. Il faut éviter que la nouvelle génération masculine, qui n’a pas les mêmes préjugés à la sortie de l’école, fasse de même. On ne peut plus attendre.
Beaucoup de colloques sont organisés sur le sujet, mais concrètement, que peuvent faire les entreprises ?
Au point de vue personnel, ce sont des femmes managers qui m’ont fait évoluer au début de ma carrière, qui m’ont aidé à progresser, pour ce que j’étais, mon potentiel, mes capacités… Les entreprises ont intérêt à faire aussi évoluer les femmes, qui se placent globalement moins en situation de compétition dans l’entreprise, qui se mettent souvent moins en avant. Mon rôle de manager est de repérer ces femmes et de les aider à évoluer. Concrètement, en prenant son poste, Stéphane Richard, P-DG de France Télécom-Orange, s'est fixé l'objectif d'atteindre à horizon 2015 un pourcentage de 35 % de femmes dans les comités de direction. (NDLR : cette initiative va dans le sens de la loi, qui prévoit un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration d’ici en 2017.)
On en a déjà vu les effets, notamment par la nomination d’une femme à la tête de la RetD et d'Orange France. En tant que manager, je dispose d’enveloppes financières spécifiques pour réajuster les salaires des femmes, soit jeunes, soit plus mûres mais qui ont connu des retards salariaux dus à des maternités, mais aussi par exemple à des accompagnements de personnes malades dans leur famille…Nous travaillons avec les ressources humaines pour prévoir ces rattrapages salariaux.
* Le colloque se déroule mardi 8 mars à l’occasion de la journée internationale de la femme. Le thème de la place des femmes dans les filières technologiques sera au cœur des débats. Plus d’infos : http://interelles.canalblog.com/.
Dominique Perez
Mars 2011