Faut-il mettre en avant des qualités, voire des «valeurs» féminines pour promouvoir le rôle des femmes dans les sphères de décision ? Le débat est ouvert. Pour Cristina Lunghi, présidente d’Arborus, les femmes ont forgé une philosophie qui leur est propre, peu compatible avec les jeux de pouvoir actuels.
Qu’est-ce qu’Arborus ?
L’association Arborus a dix ans. Elle travaille sur la promotion des femmes dans la prise de décision. L’association a notamment participé à l’élaboration du label égalité et de la loi sur l’égalité professionnelle, elle réalise des études et des missions de conseil et d’accompagnement d’entreprises et de femmes sur ce thème.
Pourquoi les femmes ont-elles si peu de place dans les prises de décision ?
Aujourd’hui, quand vous êtes une femme désireuse de monter dans la hiérarchie, vous devez développer une énergie phénoménale pour montrer votre compétence, et surtout vous fondre dans un moule qui n’est pas le vôtre. Nous sommes dans un système d’organisation et de valeurs qui fait que les femmes ont du mal à se dire : « Je vais y aller. » Certaines ont des postes importants, mais pour ce faire ont souvent laissé leur côté « féminin » au vestiaire pour adopter des comportements « masculins ». Une femme au travail, c’est un tout. C’est aussi quelqu’un qui a une vie privée, des enfants, un conjoint, des activités associatives et souvent un engagement politique ou citoyen, elle a développé des valeurs différentes de celles des hommes, des valeurs d’écoute, d’empathie… ce qui ne veut pas dire que les hommes n’en sont pas capables ! Mais notre système de société a aujourd’hui atteint ses limites, il est temps d’élaborer un projet de nouvelle société. Pourquoi n’essaierait-on pas d’inventer autre chose, en rééquilibrant le pouvoir entre hommes et femmes ?
Y a-t-il des signes positifs ?
Je pense que les nouvelles générations ont compris, mais qu’elles n’ont pas le mode d’emploi pour faire évoluer les choses, elles ont besoin d’accompagnement. Si vous êtes un homme et que vous demandez un temps partiel, alors que justement l’entreprise vous pressurise, vous risquez d’être pris pour un minable. Il faudrait que les hommes puissent s’approprier ces valeurs dites « féminines » pour que l’équilibre se fasse.
Propos recueillis par Dominique Perez
Février 2006