Trouver des contacts, des conseils, parfois même un job, et surtout œuvrer pour l'image des femmes dans l'entreprise : tendues vers ces buts, au sein de centaines de réseaux féminins, des salariées se rencontrent et échangent, dans une ambiance qui n'est ni celle des dîners d'affaires, ni celles des dîners de filles. Questions-réponses pour y voir plus clair.
Qui y rencontre-t-on ?
« Dans un réseau, on va trouver des femmes pas forcément concurrentes, mais complémentaires », résume Dominique, qui a autrefois noyauté six ou sept femmes du milieu de la décoration. « Travaillant dans la cristallerie, le linge de maison ou l'ameublement, ces femmes n'étaient pas amenées à se rencontrer, alors qu'elles pouvaient parfois intervenir sur le même chantier, et donc échanger des informations précieuses ! »
Normalement constitué par métier (les femmes juristes), par secteur (les femmes de l'immobilier), par nationalité (pour les impatriées) ou encore par statut (les cadres sup’), le réseau permet de rencontrer des consœurs au profil similaire, mais venues d'autres horizons... pas toujours lointains d'ailleurs. « Certaines femmes se sont connues grâce à notre club, alors qu'elles travaillaient à trois étages de distance ! » s'amuse Éliane Moyet-Laffon, qui préside HRM Women.
Qu'est-ce qu'on y trouve ?
Le maître mot du réseau est évidemment le partage d'expériences, de savoirs, de carnets d'adresses, de tuyaux, de coups de main, de conseils... ou tout ça à la fois. En plus d'un cocktail mensuel le dernier jeudi du mois, la branche parisienne du réseau EuropeanPWN (Professional Women's Network) organise ainsi des workshops (par exemple un cours sur la lecture de bilan, donné par des membres venues de la finance), ou encore des déjeuners avec des femmes de premier plan, venues raconter leur parcours, avec ses hauts et ses bas.
Pendant ce temps, chez HRM Women, Éliane Moyet-Laffon dispense ses conseils de chasseuse de têtes aux adhérentes qui voudraient mieux se faire respecter – ou changer de job, puisque « certaines DRH ou dirigeantes du club ouvrent la porte à d'autres membres ».
« Le réseau que j'ai créé m'a amené des clients, énumère de son côté Dominique ; grâce à lui, j'ai pu comparer le fonctionnement de nos entreprises respectives, et aussi choisir des prestataires sérieux, recommandés par mes consœurs. » L’œil qui frise, Monika repart ravie du cocktail mensuel de EuropeanPWN-Paris : « À chaque , je trouve un contact intéressant. Cette fois, quelqu'un m'a proposé d'héberger mes bureaux et de nouer un partenariat ! »
Un réseau digne de ce nom ne saurait pourtant être une addition de besoins individuels. La cause est collective. « Par le club, nos membres prennent conscience de l'ampleur des blocages à l'encontre des femmes, et des terrains sur lesquels il faudra encore se battre », détaille Éliane Moyet-Laffon (HRM Women). On doit aux réseaux féminins des études, des enquêtes, des colloques, des interpellations du pouvoir politique, des interventions sur les campus... Six réseaux de cadres sup' se sont également réunis pour lancer un blog (www.durosedanslegris.fr), qui veille au grain sur le terrain des (trop rares) nominations de femmes aux postes de décision.
Qu'est-ce qu'on n'y trouve pas ?
Attention ! « Il ne faut pas venir dans un réseau avec un besoin trop précis, car on n'y trouve pas forcément ce qu'on cherche », relève Véronique Préaux-Cobti, présidente de Grandes Écoles au féminin (GEF), qui regroupe 9 établissements prestigieux. Autrement dit, « on ne va pas dans un réseau pour du court terme : on vient construire, pas glaner un contact ou déposer un CV ». Navrée, « mais si chacune venait, son dossier de candidature sous le bras, harceler les DRH présents, ceux-ci déserteraient à jamais le groupe », sourit Caroline Detalle (EuropeanPWN-Paris). Enfin, il faut admettre qu'on n'obtiendra pas d'un coup toutes les réponses à ses questions – car « un réseau ne peut excéder la somme des connaissances de ses membres », rappelle Dominique.
Si on ne trouve certes pas toujours ce qu'on cherche, on trouve aussi ce qu'on ne cherchait pas, se félicite-t-on à GEF : « Je me souviens d'une jeune chef d'entreprise, venue par hasard à l'une de nos réunions. Sur le chemin du retour, dans le métro, elle a fait connaissance d’une de nos membres... et a décidé de l'embaucher ! »
Cependant, n'espérez pas utiliser le réseau sans contrepartie : « Le groupe suppose de la réciprocité. Certaines adhérentes en recherche d'emploi ont ainsi proposé de donner de leur temps, et se sont investies dans les formations ou la communication du réseau », salue Caroline Detalle.
Pourquoi tant de réseaux pour les cadres ?
Au moins pour les plus médiatisés d'entre eux, ces réseaux sont principalement destinés aux cadres. Pourquoi ? « Parce que plus on monte dans la hiérarchie, plus les femmes sont exclues et discriminées. Quand elles sont (exceptionnellement) promues dans les hautes sphères, les écarts de salaires avec les hommes deviennent colossaux », raconte Éliane Moyet-Laffon, avant d'ajouter : « Notre combat semble élitiste, mais il concerne en fait tout le monde : les choses ne changeront que par le haut. » Concrètement, plus de femmes dans les directions devrait entraîner plus de mixité dans le reste de la pyramide.
La raison en est aussi pratique, selon Caroline Detalle (EuropeanPWN Paris) : « Les cadres ont assez de temps et d'argent pour ces activités. D'ailleurs, les réseaux d'hommes sont eux aussi des réseaux de cadres. »
Comment trouver le sien ?
Commencez par fréquenter le réseau de votre école : « C'est le B-A-Ba », selon Véronique Préaux-Cobti (Grandes Écoles au féminin). Vous venez de la fac ? L'Affdu (Association française des femmes diplômées des universités) vous tend les bras.
Ensuite, prospectez sur Internet, via le site www.annuaire-au-feminin.net, ou en tapant « association » « femmes » puis votre métier, votre secteur ou votre pays d'origine, sur un moteur de recherche.
Si vraiment aucun groupe ne vous correspond, et si vous vous en sentez le courage, montez le vôtre ! Dominique se souvient toutefois du temps et de l'énergie dépensés pour faire se rencontrer les unes et les autres lors de petits dîners. « Au bout de deux-trois ans, quand j'ai arrêté de tout organiser, le groupe est mort de sa belle mort. »
Enfin, ne vous limitez pas à un groupe : selon GEF, « l'idéal est d'appartenir à plusieurs ».
Des réseaux pour les femmes, ou contre les hommes ?
Dédaigneux des hommes, ces réseaux ? Si Dominique trouve les femmes « moins limitées dans leurs têtes », si Caroline Detalle (EuropeanPWN) leur prête une approche des situations « plus humaine, plus concentrée sur le long terme », la plupart des réseaux interrogés se défient des stéréotypes. « Je connais des femmes très dures et des hommes très doux. Évoquer des qualités soi-disant féminines est une façon de plus de se laisser enfermer », s'énerve Éliane Moyet-Laffon (HRM Women), qui précise : « On ne se bat pas contre les hommes, mais avec les plus intelligents d'entre eux. » De nombreux réseaux sont d'ailleurs mixtes.
« Ces groupes rejoignent la question du féminisme, analyse le chercheur Patrick Scharnitzky : s'agit-il de dire (à tort) que le pouvoir doit nous revenir parce qu'on est les meilleures, ou que la solution, c'est de ne pas tenir compte du genre pour juger une personne ? Le genre, rappelons-le, est une construction sociale : “On ne naît pas femme, disait Simone de Beauvoir : on le devient.” »
Les réseaux de femmes, conclut Véronique Préaux-Cobti (GEF), « ont ainsi leur place en tant qu'espaces de partage et de mise en confiance »... avant de rejoindre un groupe d'hommes et de femmes, c'est-à-dire de professionnels, tout court ?
Myriam Greuter
Mars 2006