« Pour moi, l’égalité professionnelle entre hommes et femmes est naturelle… »

Pour recevoir l’un des premiers labels égalité professionnelle, la PME Wim Bosman (1 500 collaborateurs, appartenant au groupe de transport-logistique      néerlandais éponyme) n’a pas été contrainte de réviser totalement son mode de fonctionnement : l’égalité était déjà inscrite dans ses modes de recrutement et      de management. Entretien avec Brigitte Herbomez, sa directrice.

Quand vous êtes-vous posé la question de l'égalité professionnelle, et à partir de quels constats ?
Depuis que je suis à la direction de Wim Bosman France, la question de l'égalité professionnelle n'existe plus au sens où on l’entend généralement. En effet, pour moi, l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes est naturelle. Elle inclut aussi le droit au travail pour les handicapés, les travailleurs avec carte de séjour, les jeunes gens nouvellement diplômés, les demandeurs d'emploi en recherche de stage, etc. Homme ou femme, tout le monde a droit au travail. Mon management est dominé par un fort sentiment de justice : à qualifications et compétences égales, égalité des chances, des statuts et des salaires. Serait-ce parce que je suis moi-même une femme ? Je ne saurais le dire. Serait-ce parce que je suis aussi une mère de famille ? Je ne pourrais pas davantage l’affirmer. En tout cas, mon style de management requiert perpétuellement un équilibre dans l'entreprise qui ne peut à mon avis être atteint, même dans une profession réputée masculine, qu'avec un agréable mélange des compétences féminines et masculines.
Bien entendu, la quinquagénaire que je suis n'est pas arrivée à son poste de directrice sans difficulté, sans avoir à faire deux à trois fois plus ses preuves ou à travailler deux à trois fois plus qu'un homologue masculin. Mais ces messieurs n'en sont pas totalement responsables. Nombre de femmes de ma génération doutaient elles-mêmes de leurs compétences et de leurs capacités et souvent, tout simplement, n'osaient pas essayer d'allier carrière et vie privée. Les temps ont changé : aujourd’hui, la femme française travaille et doit pouvoir nourrir les mêmes ambitions que les hommes, aspirer à être rémunérée et considérée de la même façon. Les maternités et leurs congés doivent rester des sources d’épanouissement supplémentaires, et non des freins au développement des compétences et des carrières.

Cette réflexion est-elle d'actualité dans le secteur du transport ?
Les évolutions des technologies et des matériels font que des emplois autrefois systématiquement réservés au personnel masculin peuvent aujourd’hui être aisément pourvus par un personnel féminin. Il en va ainsi des métiers de la route (conducteur), car les véhicules disposent désormais d'équipements (sièges réglables, direction assistée, etc.) qui améliorent les conditions de travail et en élargissent l'accès. De même, il est connu et reconnu que le personnel féminin occupant des emplois de préparateur de commandes ou de cariste est beaucoup plus fiable que le personnel masculin, avec une accidentologie réduite et un nombre d'erreurs de préparation moindre. Dans les services administratifs et techniques, on fait de plus en plus appel au personnel féminin, souvent plus qualifié que le personnel masculin ; les jeunes filles réussissent globalement mieux leurs études, et sont plus diplômées.
Cependant, avec mes équipes, il me faut « militer » auprès des écoles, instituts et universités pour que les jeunes filles s'intéressent à ce riche et passionnant secteur qu'est le transport-logistique.

Comment avez-vous procédé pour obtenir le label ?
Un premier entretien avec l'association Arborus nous a fait prendre très rapidement conscience que nous pouvions remplir les critères requis pour le dépôt d'un dossier en vue de la labellisation. Nombre de choses que nous faisions naturellement n'avaient plus qu'à se traduire par un certain formalisme écrit. L'ensemble du personnel s'est tout de suite montré enthousiaste à l'idée de tenter cette certification. Nous avons créé un groupe de travail dans l'entreprise, en total accord avec nos représentants du personnel. Réunions et discussions se sont succédé jusqu'à la rédaction du cahier des charges que nous avons ensuite soumis à la « critique » d'Arborus, avec qui nous restions en relation constante.

Quels sont les résultats de ce travail, qualitativement et statistiquement ?
Nous avons eu l'honneur de faire partie des « labellisés de l'An 1 ». À ce titre apparaissent en effet deux types de résultats : le regard des autres d'une part, et les résultats chiffrables d'autre part.
J'ai reçu nombre d'appels téléphoniques de personnes diverses et variées, désireuses de nous féliciter. J'ai également entamé une collaboration avec une entreprise dirigée par une femme, fort sensibilisée. De même, la présidente d'une de nos fédérations professionnelles a tenu, lors de son congrès, à mettre en avant notre entreprise. Cependant, force m'est de constater que nombre de mes confrères reçoivent cette certification comme une action médiatique avant tout. Ils n'ont conscience ni du travail ni des actions planifiées ou engagées, voire de ce que représente la labellisation.
En ce qui concerne le mesurable, je ne citerai qu'un chiffre : le nombre de CV féminins que nous avons reçus depuis notre labellisation est en progression de 13,7 % par rapport à la même période l'année dernière. Cela est très certainement lié à nos actions de communication auprès des instituts de formation de tous ordres.

Propos recueillis par Dominique Perez

Février 2006

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