Marie-Jeanne Vidaillet-Peretti, présidente du Conseil national des femmes françaises

Refuser à une femme une augmentation de salaire parce que son mari avait une « bonne situation »… Ce type d’humiliation n’était pas rare il y a encore trente ans. Entrée sur le marché du travail au début des années 60, Marie-Jeanne Vidaillet-Peretti retrace quelques étapes de sa vie.

Son triple engagement – politique (elle est maire de Zicavo, une commune de Corse depuis vingt ans), syndical (elle fut notamment secrétaire générale de la CGC et y exerce toujours des responsabilités) et associatif (elle est présidente du Conseil national des femmes françaises) – fait de cette militante une observatrice privilégiée de l’évolution de la femme au travail. Diplômée de Sciences po en 1964, Marie-Jeanne Vidaillet-Peretti prend son premier poste au niveau cadre A au ministère de l’Agriculture. Après deux ans et demi, tentée par d’autres horizons professionnels, elle postule dans une grande entreprise alors en développement. Surprise. « On m’a bien proposé une embauche, avec un bon salaire, mais pas en tant que cadre. La seule explication était que les femmes étaient toujours, dans cette entreprise dominée par les ingénieurs, recrutées avec le statut d’agent de maîtrise. » La jeune femme n’accepte pas cette sorte de fatalité et refuse le poste. Un acte qu’elle ne regrettera pas. L’histoire et la nécessité lui donneront raison. « Les événements de mai 68 sont passés par là ; de plus, l’entreprise, en expansion, avait la nécessité d’embaucher en nombre. J’ai été à nouveau contactée et je suis entrée, avec le statut cadre, à la direction du personnel. »

Engagée à la CGC en 1973, elle fait de l’égalité professionnelle un cheval de bataille. Avancements plus lents, augmentations refusées… le droit des femmes au travail se construit bien lentement. « Les syndicats préféraient alors revendiquer, par exemple, sur l’allongement de la durée du congé maternité. Pour moi, le problème n’était pas là. » Cette mère de trois enfants, qui parvenait déjà à concilier maternité et responsabilités professionnelles et syndicales, s’attache plus à établir une relation gagnant/gagnant avec l’entreprise pour favoriser le travail des femmes, en particulier sur la question du temps partiel. « Nous avons travaillé à l’adaptation des horaires sur certains postes. Par exemple, certaines femmes préféraient travailler le week-end et pouvoir disposer de leur semaine. »

Avec le recul, cette femme d’engagement constate évidemment bien des progrès sur ces questions, mais pense que la vigilance reste de mise. « Le travail n’est pas achevé, et il faut veiller à rester solidaire. Les accords d’entreprises sur la question de l’égalité vont de plus en plus loin, la “neutralisation” des années de congé maternité dans la progression salariale par exemple est une bonne chose. » Parallèlement, la tendance à une valorisation à l’extrême de valeurs dites « féminines » (désamorçage des conflits, culture de la paix, éthique…) l’incite à prôner une certaine prudence. « Il ne faut pas que les femmes ne soient valorisées que par la montée en puissance de ces valeurs. Il faut veiller à l’équilibre. »

Dominique Perez

Mars 2006

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