Un monde sans hommes

Près de 500 femmes ont participé au forum Women and Leadership organisé le 26 avril dernier à Paris par l’organisme QS en partenariat avec l’ESCP-EAP. Une opération de communication qui conjugue rencontre avec des recruteurs, ateliers de gestion de carrière et présentation d’entreprises « women friendly ».

Devant le stand de L’Oréal, la queue s’allonge. Un peu plus loin, Valeo semble avoir plus de mal à attirer les candidates venues participer à ce forum Women and Leadership. Laurine C., étudiante en dernière année à Sciences Po, attend sagement son tour devant le stand de Deloitte. « Je suis venue ici pour déposer des CV. Le fait que ce soit un forum pour les femmes ne change rien pour moi. C’est une occasion de rencontrer les entreprises. Quand on cherche du boulot, c’est toujours mieux de pouvoir avoir un dialogue avec une personne que d’envoyer une candidature spontanée. »

La plupart des femmes interrogées sont du même avis. « Les candidates ne posent pas de questions spécifiques sur notre politique de recrutement ou de carrière envers les femmes », reconnaît Elisabeth Lager, directeur audit du cabinet d’audit. Même son de cloche chez Valeo : « Ce forum est pour nous une opportunité de montrer que les femmes aussi ont leur place dans nos métiers qui ont une forte image masculine », souligne-t-on chez l’équipementier. Pour appuyer son discours, l’entreprise a d’ailleurs demandé à des femmes de venir témoigner sur leur réussite professionnelle au sein de la société

Opération de communication

Ce forum ne serait-il donc qu’une grande opération de communication dans un contexte où le sexisme à l’embauche et le plafond de verre sont de plus en plus dénoncés ? Quitte à déplaire aux organisateurs qui préfèrent mettre en avant ce qui se passe à « l’étage » : des ateliers pour aider les femmes à affirmer leur leadership. L’un d’entre eux, consacré au management par les couleurs, bat des records d’audience. La salle est trop petite. Les dernières arrivées s’assoient par terre. La présentation commence par le passage d’un test. Son objet : définir si les participantes sont extraverties ou introverties au travers d’une trentaine de question du type : « Quand votre portable sonne, êtes-vous satisfaite ou demandez-vous plutôt ce qu’on vous veut encore ? » Après avoir mesuré leur comportement dominant, la conférencière donne des conseils aux participantes sur la couleur des vêtements à porter pour affirmer leur leadership. Des couleurs vives pour les introverties afin de se faire remarquer, des couleurs pastel pour les extraverties pour au contraire ne pas en rajouter… « C’est amusant, sourit Valérie, doctorante en recherche d’emploi qui avoue être venue essentiellement pour déposer des CV et assister à ces ateliers pour se détendre. « Mais c’est quand même bizarre de se retrouver dans une salle de cours où il n’y a que des femmes. Comme si les hommes n’existaient pas ou comme si pour eux la question de savoir s’ils sont extravertis ou introvertis ne se posait pas… »

 

Exemples masculins

Cette absence des hommes est d’autant plus étrange que tous les ateliers visent à donner quelques recettes pour s’affirmer, un thème intéressant les deux sexes. Plus curieux encore :   dans l’atelier « travailler son charisme », les exemples choisis sont essentiellement masculins : Carlos Ghosn, Edouard-Michel Leclerc… Dans cette galerie de portraits, seule Ségolène Royal représente le deuxième sexe. Mais neutralité oblige, l’analyse des méthodes utilisées par la candidate à l’élection présidentielle pour affirmer son charisme est immédiatement suivie d’une présentation identique mettant en avant des forces de… Nicolas Sarkozy.

Laurence Estival

Juin 2007

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