Nouveau poste : coach ou pas coach ?

Toute prise de fonction représente un challenge. Faire appel au coaching pour bien négocier ses premiers pas peut permettre de garder la tête froide et d’avoir confiance en soi.

Directeur commercial d’une société de services depuis trois ans, Jean-Didier* se voit nommer, à 32 ans, DG de l’entreprise. Cette belle promotion est une totale surprise. Du jour au lendemain, ce cadre, qui a fait des études courtes, va devoir diriger une société de soixante-quinze salariés et animer un comité de direction dont les membres sont tous plus âgés que lui. « J’ai ressenti le besoin d’être aidé au démarrage, pour gérer mes priorités et bien communiquer », se souvient-il. Comment ? En prenant un coach pour trois mois.
Une prise de fonction représente toujours un challenge important. Passer d’expert à manager, prendre un poste fonctionnel quand on était dans l’opérationnel ou l’inverse, ­devenir patron d’anciens collègues, comme ce fut le cas pour Jean-Didier, ou prendre en main une équipe nouvelle : le promu devra développer d’autres compétences, faire ses preuves auprès de sa hiérarchie mais aussi se faire accepter par son équipe, s’adapter à une culture, à des codes parfois neufs pour lui, tout en imposant son propre style de management. « Toute prise de poste s’accompagne d’une forte pression, induite ou réelle », note Laurent Tylski, coach et P-DG du cabinet Acteo (lire aussi son interview). « Le manager a envie de tout réussir tout de suite, confirme Thierry Chavel, coach de dirigeants et associé au sein d’Alter&Coach. Il veut tout connaître, tout comprendre, tout décider. Il est important de lâcher prise face à cette tentation d’urgence. La prise de fonction n’est pas un sprint mais un marathon. »

Trouver « sa » posture
Le recours à un coach est donc bien indiqué dans un contexte où le cadre fait face à un défi humain, vis-à-vis de lui-même comme de ses nouveaux collaborateurs, plus qu’à un défi technique. Car le coaching de prise de poste, comme tout coaching, n’est pas une formation. « Il n’était pas question de sous-traiter au coach les sujets sur lesquels je n’étais pas compétent, précise Jean-Didier. En revanche, j’attendais de lui une aide pour me positionner. »
Beaucoup évoquent cette notion de « posture ». Comme Dominique*, responsable ressources humaines chez un grand opérateur de télécommunications, qui demande à bénéficier d’un coaching lorsqu’il est nommé directeur de la formation de l’entreprise. « J’avais besoin d’aide pour me sentir à l’aise dans ma nouvelle “posture” de directeur, explique-t-il. Pour moi, cela va bien au-delà du comportement à adopter, mais comprend aussi l’attitude, les réflexes, la vision à acquérir… »
Centré sur la personne, le travail est essentiellement un processus de prise de confiance. Par son questionnement, les reflets qu’il propose, le coach va aider le cadre à prendre ses marques et à se sentir à l’aise dans son nouveau costume de manager, à plusieurs égards. Par exemple, comment se démarquer de son prédécesseur et écrire sa propre histoire ? « Le directeur de la formation que je remplaçais était un expert reconnu dans le domaine, ce qui n’était pas mon cas, reconnaît Dominique. Je doutais donc de ma capacité à définir une stratégie pertinente. Ma coach m’a amené à comprendre qu’il n’était pas indispensable d’être un spécialiste pour avoir une “vision”. Elle m’a encouragé à faire confiance à ma capacité d’analyse et à mon intuition. Assez vite, j’ai eu une idée précise de ce que je voulais pour mon activité. »
Imprimer sa marque, cela passe d’abord par la communication. Un enjeu essentiel pour Jean-Didier, qui a dû apprendre à s’affirmer en tant que patron face à ses anciens collègues. « Je suis d’un naturel consensuel, diplomate. J’ai compris que cette façon de communiquer, parfois source de confusion quand on ne dit pas les choses clairement, n’était plus adaptée à ma nouvelle fonction. Il m’a poussé à adopter un style plus direct, mais calme. Pour moi, la franchise était synonyme de brutalité. Le coach m’a amené à faire la distinction entre les deux », pointe le DG. Son nouveau style est tout de suite bien passé auprès de son équipe.
Franck Favier a vécu la même expérience quand il est devenu directeur commercial de Xiring, une entreprise de sécurité informatique. « Le coach m’a appris à imposer mon autorité en travaillant sur la communication : ensemble, nous avons regardé comment je devais aborder les sujets, me positionner en réunion. »

Gérer sa peur du vide
Mais endosser son nouveau rôle nécessite parfois de prendre du temps, et beaucoup de distance. Noémie* a vraiment fait le grand saut quand elle a traversé l’Atlantique pour prendre la direction de la communication d’une entreprise canadienne spécialisée dans les loisirs de plein air à Vancouver. La jeune Française décide de se faire coacher pour affronter au mieux ce choc culturel. « Je suis arrivée dans une entreprise anglophone, où la résistance au changement est forte et où l’on ne dit pas franchement les choses, explique-t-elle. La coach m’a aidée à comprendre qu’il fallait jouer d’abord les observateurs, et surtout à prendre du temps. Il me faudra peut-être un an pour réaliser ce que je pensais faire en trois mois ! » Ses échanges avec la coach lui ont permis de dépassionner les enjeux. « J’apprends à relativiser : une attitude indispensable pour réussir. »
La prise de recul est un réflexe à acquérir quand on devient manager, quelle que soit la situation de départ. Et ce n’est pas toujours facile quand on endosse cet habit pour la première fois, comme l’a expérimenté Mélanie Cherfi, jeune directrice du service après-vente chez Anatole, un éditeur de logiciels dans la téléphonie. « Avec ma coach, j’ai pris conscience que je n’étais plus une opérationnelle, mais quelqu’un capable d’apporter des solutions à mon équipe pour la faire avancer, analyse la jeune femme. Je dois donc garder du temps pour réfléchir aux outils à mettre en place pour améliorer le fonctionnement du service. »
La gestion des priorités est également à travailler. Là encore, le regard du coach est utile pour tempérer un nouveau manager qui veut tout réussir tout de suite, et « faire un sans-faute, comme l’admet Jean-Didier. D’emblée, j’ai voulu réorganiser deux services qui fonctionnaient mal. Pour moi, c’était prioritaire. J’ai compris que je devais instaurer
un climat de confiance. J’ai appris à distinguer l’urgent
de l’important ». Thierry Chavel met en garde contre cette obsession de tout réussir. « Sans doute faut-il accepter de vivre une période de flou, d’incertitude ; avec la peur du vide, aussi. Et se donner le droit à l’erreur. »
La prise de recul à laquelle peut aider un coach concerne aussi son implication personnelle dans le poste. « Attention à ne pas se mettre en apnée. Il est indispensable de prendre du temps pour respirer », avertit le coach. « L’un des objectifs de mon coaching était de bien faire la séparation entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle, se souvient Mélanie Cherfi, j’ai appris à insérer des sas de décompression dans mon agenda : déjeuners à l’extérieur, etc. J’ai mesuré combien ces moments étaient nécessaires à mon équilibre global et à mon efficacité professionnelle. Avant, j’y voyais juste des parenthèses agréables. J’ai compris que ces plages de détente décuplaient mon énergie au travail. »

Prendre son envol
Pourquoi les managers apprécient-ils la démarche ? « C’est un excellent laboratoire pour tester et confronter des idées, débriefer et avoir du feed-back », résume Dominique. « Après chaque séance, je ressentais un sentiment de liberté et de bien-être, exprime Mélanie Cherfi. J’avais trouvé des réponses à mes questions. » La jeune femme mesure aussi les apports d’un coaching par rapport à une formation théorique qu’elle avait d’abord envisagée. « Il est centré sur vous. Vous apportez vos situations de travail comme matériau, le coach vous aide à décrypter vos réactions et c’est cela qui vous fait progresser. » C’est aussi l’avis de Franck Favier : « J’ai pu travailler sur mon comportement de manager, beaucoup plus qu’avec des cours du soir. »
Accros à leur coach, ces managers ? Au contraire. « J’avais hâte que ça se termine, confie Dominique. Comme un enfant qui, une fois qu’il a appris à nager, veut vite retirer ses brassards ! » Jean-Didier, lui, y a mis fin avant l’échéance prévue. « Je ne ressentais plus ce besoin d’assistance et je voulais assumer seul mon poste », justifie-t-il. Mélanie Cherfi se montre plus nuancée. « Parfois, les discussions avec ma coach me manquent un peu. Mais il est bon que l’accompagnement ne dure pas trop longtemps. Seule, je me sens appelée à l’autonomie. À moi de mettre en œuvre les acquis de la démarche sans attendre de piqûre de rappel. »


(*) Les personnes dont le patronyme n’est pas mentionné ont souhaité garder l’anonymat.

Marie-Pierre Noguès-Ledru

Octobre 2008

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