Comment se forment les coachs ?

Cible privilégiée en temps de crise avec la sortie sur les écrans aujourd’hui des films « Le coach » ou « Rien de personnel », le coaching ne correspond pourtant pas, tout au moins dans sa raison d’être, à la caricature que l’on en fait parfois. Enquête sur la formation des coachs.

Devenir coach ? En théorie, rien de plus simple : dégagez un coin de bureau, inscrivez « coach » sur une plaque à l'entrée, et… attendez (vainement) vos premiers clients. Légalement, certes, n'importe qui peut prétendre coacher des salariés, c'est-à-dire les aider, essentiellement par l'écoute et le dialogue, à améliorer leurs performances professionnelles. Mais « pour convaincre les entreprises, devenues bien plus sélectives, les coachs doivent se montrer plus professionnels », explique Michel Giffard, coach depuis 1992 et co-créateur de l'école de formation au coaching lancée en 2003 par le département formation continue d'HEC.

« L'ère des mirages se dissipe », veut croire Reine-Marie Halbout, présidente du comité d'accréditation et de déontologie de la Société française de coaching, la principale association du secteur. Fini l'engouement du début des années 2000. À l'époque, le métier avait notamment attiré des personnes en souffrance, croyant avoir trouvé là un Eldorado éthique et financier. « Or, on voit qu'il faut beaucoup d'expérience pour être coach, que c'est difficile, et qu'on ne vit généralement pas du seul coaching », souligne la responsable de la SFCoach. Michel Giffard abonde : « Plus des trois quarts de nos participants ne seront pas coachs à plein temps. Ils utiliseront plutôt le coaching dans leur travail de manager ou de DRH, ou l'ajouteront à leurs compétences de consultants. »

 

Les trois âges du coaching

 

Les formations elles aussi seraient parvenues « à maturité », assure Reine-Marie Halbout. « Nous avons connu trois périodes. De 1993 à 2000 environ, des « pionniers » charismatiques, comme Vincent Lenhardt (cabinet Transformance), ou Jane Turner et Bernard Hévin (lire le reportage au Dojo), ont lancé des formations à partir de leur expérience, de leur vision du monde. » Ensuite, ceux qu'on pourrait appeler « les émules » ont fondé leurs propres écoles. D'après la responsable de la SFCoach, « le meilleur a alors côtoyé le pire – notamment lorsque Machin, après avoir suivi l'enseignement d'Untel, lançait ses stages sans jamais avoir vraiment exercé comme coach. Il faut l'avouer, il est plus rentable de faire de la formation que du coaching… ».

Pour Reine-Marie Halbout, la période actuelle, celle de la « maturité », serait née en 2002-2003, avec les premières formations universitaires au coaching (lire l’encadré).

 

Université ou école ?

 

« L'inconvénient de la fac, c'est le grand nombre d'étudiants », objecte Nicolas De Beer, directeur de Mediat-Coaching, société qui comprend notamment une école de formation. « Chez nous, vante Nicolas De Beer, il y a deux formateurs pour 20 participants maximum. » À ses yeux, une formation universitaire, « moins impliquante », correspond plutôt aux attentes d'un DRH qui souhaiterait « s'informer plus que se former ».

Responsable de formation à Paris 8, Reine-Marie Halbout tresse au contraire des lauriers à la fac : « enseignements pluriels, rigueur, mémoire à rendre, et reconnaissance du diplôme ! » À l'issue de sa formation, l'étudiant en coaching décroche effectivement, un officiel DU (diplôme universitaire) ou un DESU (diplôme d'études supérieures d'université), de niveau bac + 1 à + 5 selon les établissements.

Les formations au coaching les plus sérieuses mettent en tout cas l'accent sur l'ouverture. Equipes pluridisciplinaires, formateurs en binôme (comme au Dojo ou chez Mediat-Coaching), voire en trio comme à HEC, qui tient à réunir « une femme et deux hommes » devant les paperboards – « pour varier outils et sensibilités ». L'alternance théorie/exercices est également de mise.

 

Nouveaux profils… sous conditions

 

Ces formations attirent une nouvelle génération de futurs coachs : « Au comité d'accréditation, relève Reine-Marie Halbout, nous voyons arriver des personnes qui ont suivi une double formation au coaching – à l'université et dans une école. La meilleure solution selon moi. » À HEC, Michel Giffard note une montée en puissance des hommes en formation initiale, et la proportion toujours plus grande de managers, au détriment des profils « psys ». Une tendance salutaire, selon le responsable, « car les managers sont plus au courant de l'organisation et des contraintes de l'entreprise. » Chez Mediat-Coaching, Nicolas De Beer accueille notamment « des gens de 35-45 ans parvenus à un virage dans leur existence » (doutes sur leur attachement à leur entreprise, accidents de vie, envie qui resurgit d'aider les autres…). « Finie l'époque où, pour devenir coach, il fallait impérativement avoir 50 ans et plein de métiers derrière soi ! », soutient le gérant.

Ceci dit, les formations sérieuses ne sont toujours pas ouvertes aux « perdreaux de l'année » : à la fac comme dans les cycles privés, les stagiaires sont quadra et quinquagénaires, le plus souvent cadres, responsables RH, formateurs et professionnels de l'accompagnement. « Le coaching doit en effet s'adosser à une pratique, explique Nicolas De Beer. Il faut un continuum. Nous restons très vigilants vis-à-vis de gens qui se tourneraient vers le métier en reniant leur passé professionnel : ceux-là iraient dans le mur. »

 

La formation initiale ne suffit pas !

 

Les formations intègres et les associations de coachs exigent également que le postulant fasse ou ait fait un travail sur lui-même (psychanalyse, thérapie comportementale…). Le coaching étant une relation de face-à-face, « il ne faudrait pas, en effet, que le coach projette sur l'autre sa vision du monde », explique Michel Giffard. En vertu de tous ces critères, HEC Executive Education a rejeté 13 candidatures pour la dernière session de formation initiale au coaching (CESA I), et 8 pour les master class (CESA II) destinées aux coachs en activité.

Enfin, avoir suivi une formation initiale ne suffit pas : « Dans ce métier, la formation est permanente : on n'en a jamais fini », sourit Reine-Marie Halbout. Un coach sérieux doit en effet pouvoir prouver à son client qu'il approfondit ses connaissances (psychologue clinicienne, Reine-Marie Halbout s'est par exemple formée en sociologie des organisations), qu'il a des confrères auxquels parler de sa pratique (des pairs en intervision, des experts en supervision), et qu'il complète au besoin sa formation au métier, comme au CESA II d'HEC ou dans les master class du Dojo.

Diplômes, méthodes, accréditations : le coaché doit pouvoir vérifier toutes les compétences de son futur coach. Mais « un bon bistouri ne fait pas de vous un bon chirurgien », lâche Nicolas De Beer. Le feeling reste donc primordial, puisque le coaching est presque entièrement fondé sur l'échange : au fond, le coach idéal ne serait-il pas celui qui a beaucoup appris, mais a su mettre en réserve ses connaissances pour se mettre pleinement au service de son client ?

 

Où devenir coach ?

> 5 formations universitaires publiques : Paris 2, Paris 8, Bourgogne-Sufcob, Picardie-Jules Verne, Paul-Cézanne Aix-Marseille.

> Plus de 40 formations privées : Transformance, Ifod, Pluridis, Dojo...

> La bonne durée :
au moins 25 jours répartis sur un an, avec du travail personnel.

> Le coût : 1 600 euros à Paris 2, 3 550 euros à Paris 8, au moins 4 000 euros en école privée (à partir de 3 000 euros au Dojo, 5 600 euros chez Transformance, 10 900 euros à HEC…).

> Où se renseigner : www.sfcoach.org (rubrique FAQ), www.mediat-coaching.com (rubrique « La vie du coaching »)

Myriam Greuter

Septembre 2009

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