À 38 ans, Patricia, diplômée d’une grande école d’ingénieurs et titulaire d’un PhD (doctorat), est devenue directrice du contrôle de gestion du groupe dans lequel elle a été recrutée à la fin de ses études. Menant de front promotion et changement de fonctions, elle a su négocier en douceur des virages peu communs.
Alors ingénieure recherche et développement dans un grand groupe industriel français, Patricia fait part, lors d’une restructuration, de son désir de s’orienter vers un métier de production. À la faveur du départ d’un ingénieur, le poste d’adjointe en charge de la qualité d’une usine lui est proposé.
De la production… « L’entreprise ne m’a pas donné directement la responsabilité d’un service, mais a modifié le poste pour que je puisse m’y adapter. Il n’y avait pas de vraie rupture avec mon poste précédent en développement, c’est assez logique professionnellement. » Après dix-huit mois, lors desquels elle a pu s’approprier les réalités de la production et y faire ses preuves, elle devient directrice de ce site comprenant 120 ouvriers et agents de maîtrise. Pendant cinq années, avec son équipe, elle travaille d’arrache-pied, sans compter ses heures, pour maintenir cette unité qui sera néanmoins transférée à l’étranger. Patricia doit organiser cette délocalisation et mettre en place le plan social. Son poste disparaît, mais la jeune femme ne quitte pas l’entreprise, ouverte à la mobilité.
... au contrôle de gestion. Patricia décide de réorienter sa carrière vers le contrôle de gestion et postule à la direction financière du groupe. Audacieux… son profil la destinait plutôt à un poste de contrôleur de gestion en usine. Mais elle désire changer d’environnement et fait le bilan des avantages qu’elle peut présenter pour intégrer le siège. En tant que directrice de production, elle s’est initiée à la comptabilité analytique pour gérer son centre de profit, dont elle était financièrement responsable. En arguant de la richesse de cette double compétence, acquise de manière opérationnelle, Patricia parvient à convaincre les services centraux de la recruter au sein d’une équipe de « purs » gestionnaires. Elle travaille d’abord sur les analyses de résultats, domaine qu’elle maîtrisait déjà. « ... Et on me laisse le temps d’apprendre. » Au bout d’un an, son chef de service quittant son poste, elle reprend la direction du contrôle de gestion : « Soudain, j’avais le droit de demander des comptes à n’importe qui dans l’entreprise parce que mon patron était membre du comité de direction. Mais j’ai réalisé cela seulement après.» Arrivée en quelques années tout près du top management, Patricia a « simplement » suivi ses aspirations professionnelles et su négocier ses changements à partir de ses compétences.
Comment changer de métier en interne
Quels sont les techniques à respecter et les arguments à faire valoir ? Les recommandations de Florence Chagneau, conseil en gestion d’entreprise.
Ne pas se censurer
Patricia n’a pas eu à « forcer le destin ». Elle a su exploiter sa formation initiale, identifier l’orientation vers laquelle elle souhaitait se diriger, et saisir les opportunités. Sans revendication excessive, elle est parvenue à obtenir des postes peu accessibles a priori : en production, pour une femme, jeune de surcroît, et au contrôle de gestion au siège pour un ingénieur de production. Ne craignez pas de changer progressivement de voie, y compris en début de carrière… à condition d’être en cohérence avec vos compétences et vos aspirations.
Faire valoir avant tout ses compétences
Patricia ne s’est pas tracé une progression professionnelle, elle s’est concentrée sur le contenu de son travail et non sur le statut que ses postes successifs lui donnaient. Elle a de ce fait pu progresser rapidement et faire reconnaître naturellement et discrètement ses compétences avec d’autant plus de légitimité. Donner à votre hiérarchie les outils et arguments pour faire votre « promotion » auprès des décisionnaires est la méthode la plus sûre pour vivre des changements professionnels.
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Dominique Perez
Février 2007