
Xavier Lacoste, P-DG d’Altédia
Alors qu’un récent sondage du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) indique que 61 % des salariés souhaiteraient changer d’emploi ou de poste d’ici deux ans (1), Xavier Lacoste estime que les entreprises négligent trop la gestion des carrières des salariés. Pour le patron d’Altédia, il faudrait généraliser la pratique du bilan du compétences afin qu’ils anticipent mieux leur avenir.
Le sondage du COE montre que les chances d’évoluer sont plus importantes lorsque la mobilité est accompagnée par l’entreprise qu’à titre personnel (1). Pensez-vous qu’actuellement, les entreprises se préoccupent suffisamment de la gestion des carrières de leurs salariés ?
Avec la crise, les entreprises sont plutôt dans des phases de restructuration ou de suppression d’emploi. On ne peut pas dire qu’elles soient actuellement dans une phase de réflexion intense sur la gestion des carrières de leurs salariés. Il y a par ailleurs des pratiques discriminantes en la matière : certains grands groupes ont incluent depuis longtemps des politique RH axées sur l’évolution des salariés parce qu’ils ont besoin de mobilité interne. Mais beaucoup d’entreprises sont nettement moins outillées en matière de sécurisation des parcours professionnels. La GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) n’a pas non plus suffisamment assez essaimé dans les entreprises pour être réellement efficace. Résultat : les salariés restent insuffisamment outillés pour préparer leur évolution professionnelle, en interne comme en externe. Quand ils perdent leur emploi, ils bien souvent sont totalement démunis.
Comment faudrait-il sécuriser les parcours professionnels à votre avis ?
L’une des grandes faiblesses en France, c’est la dépendance psychologique des salariés vis-à-vis de leur emploi. L’entreprise leur donne trop peu de moyens de prendre de la distance pour réfléchir à leur avenir. Il me semble qu’un outil comme le bilan de compétences gagnerait à être généralisé et utilisé régulièrement dans les entreprises, non comme un outil de reclassement mais comme un mode d’évaluation des compétences des salariés. On dit que ces derniers se connaissent bien, mais hormis une toute partie de cadres, c’est faux ! Il y a un vrai travail à faire dans les entreprises pour aider les salariés à valoriser leurs expériences, à se préparer aux entretiens d’embauche et à identifier leurs motivations. L’autre outil qui me paraît intéressant pour accompagner les mobilités est le bilan de mi-carrière. À 45 ou 50 ans, un salarié a moins de contraintes familiales : il est non seulement expérimenté, mais également plus mobile géographiquement.
De leur côté, les salariés semblent aspirer au changement… Selon le sondage du COE, 61 % d’entre eux souhaiteraient changer d’emploi ou d’entreprise d’ici deux ans. Qu’en pensez-vous ?
Je pense qu’entre l’envie de changer et le passage à l’acte, il y a un monde ! Ce souhait des salariés de bouger témoigne surtout à mon sens d’une insatisfaction des conditions de travail actuelles ou d’une crainte d’être touché par une restructuration. Mais de là à franchir le cap, c’est autre chose. La conjoncture de l’emploi ne s’y prête guère, les gens ont tendance à se recroqueviller sur eux-mêmes. Et dans le fond - à part les jeunes diplômés - la plupart des salariés ne sont guère enclins au changement, qui les inquiète, surtout si la mobilité implique de quitter leur région, de déménager avec leur famille. Ce n’est pas chose aisé. Je remarque tout de même que parmi ces 61 % de salariés, 20 % sont prêts à changer, mais à condition de rester dans leur entreprise !
Que leur conseillez-vous avant d’enclencher une mobilité ?
D’être prudent et de bien réfléchir avant d’enclencher leur projet. Avant se lancer, il faut avoir une bonne connaissance de ses propres capacités, des perspectives réelles de recrutement dans tel secteur et des formations complémentaires dont on pourrait avoir besoin. Or, les salariés aussi anticipent très peu leur mobilité professionnelle. Pour préparer leur avenir, ils ont tout intérêt à profiter si possible de leur DIF (Droit individuel à la formation) pour envisager un bilan de compétences ou une formation utile pour leur future mobilité.
(1) « Mobilités professionnelles ». Sondage TNS Sofres pour le COE réalisé en avril 2009 auprès de 800 salariés du privé.
(2) 74 % des mobilités professionnelles (interne ou externe) aboutissent lorsqu’elles sont initiées par l’entreprise, contre 66 % lorsque la démarche est engagée par le salarié (changement de poste interne, d’entreprise ou d’emploi).
Propos recueillis par Lydie Colders
Juin 2009