Emballée par le titre, le salaire, et l’ambiance de l’entreprise, Céline accepte le nouveau poste que lui propose son nouvel employeur les yeux fermés. A tort. Ils ne se sont pas entendus sur le contenu de ses missions, et il lui reproche très vite de ne pas être à la hauteur. Son témoignage et les conseils de Béatrice Pigeon, consultante au cabinet Care.
La situation. Après trois années en tant que chef de projets éditoriaux chez un éditeur, Céline s’ennuie. Informée par une connaissance qu’un poste se libère dans une petite agence de communication, elle saisit la balle au bond et propose sa candidature. Deux jours plus tard, elle rencontre le directeur de l’agence. « L’entretien s’est passé au feeling. Nous avons vaguement évoqué le poste. Je lui ai tout de même précisé que je n’avais jamais organisé d’évènementiel ni été chargée de relations publiques. » Elle sort d’une structure où les lourdeurs de l’organisation sont légion. L’état d’esprit semble lui convenir. Le salaire proposé, supérieur de 500 euros à celui qu’elle touchait auparavant, fait définitivement pencher la balance. Elle démissionne et en mai 2005 prend ses nouvelles fonctions. Son contrat lui parvient un mois après son arrivée. Surprise. Alors qu’elle s’imagine consultante, elle découvre l’intitulé de son poste : responsable de communication. « C’est à cette période que le directeur m’a annoncé à l’équipe comme son bras droit ». Flattée, elle débute confiante et enthousiaste. Très vite, elle prend conscience de l’étendue des responsabilités qui lui incombent, et s’aperçoit qu’elle n’a pas forcément les compétences requises... « Ce malentendu a entraîné tous mes déboires... Au départ, je coordonnais la réalisation de plaquettes institutionnelles. Mais ensuite, j’ai dû encadrer l’ensemble du pôle édition, l’organisation de colloques, le suivi des périodiques. » Céline n’ose cependant pas aborder frontalement ce « décalage » avec son chef. Plus le temps avance, plus elle se sent sous pression. « Je perdais pied car je n’étais pas encore autonome, reconnaît-t-elle. Mais je me suis investie à fond ». Accusée par son responsable de ne rien faire, elle vit douloureusement cette période. « Un matin, je suis arrivée à l’agence et mon employeur critiquait ouvertement mon travail auprès d’une collègue », se souvient-elle. Elle réalise alors que le mode managérial induit la mise à l’épreuve que l’équipe lui fait subir. Aujourd’hui, elle n’a plus confiance et veut démissionner.
L’analyse et les conseils de Béatrice Pigeon, consultante du cabinet Care, spécialiste en gestion de carrière et en coaching professionnel.
Baliser les contours du poste. Outre le fait de ne pas vraiment savoir à quel poste et à quelles responsabilités elle aspirait au moment de son changement d’employeur, Céline s’est laissée abuser, en se fiant à son feeling et au salaire proposé. « Le hasard ne favorise que les esprits préparés », disait Pasteur. Une mobilité professionnelle peut réussir sous réserve d'avoir réfléchi à ce que l'on sait faire, à ce que l'on souhaite, à ce que l'on aime et à l'environnement dans lequel on veut exercer. Un entretien d’embauche se prépare, tant pour les réponses à apporter pour rassurer le recruteur et le convaincre, que pour les questions à lui poser : contenu de la mission, motifs du recrutement, projets de la société, composition de l'équipe, moyens à disposition, organisation, types de clientèle, concurrents… Si l’entretien ne permet pas de baliser le contour du poste, cela augure mal la collaboration.
Rectifier le tir. Avant de penser à démissionner, Céline devrait rapidement dégager les enseignements de cette mésaventure et chercher des solutions. Elle doit tout d’abord évoquer les difficultés qu’elle rencontre et tenter de redéfinir le périmètre de ses missions. Elle peut aussi éventuellement prendre rendez-vous avec le responsable des ressources humaines, afin de discuter avec lui du décalage entre ses compétences et ce que l'on attend d'elle. Une formation pourrait par exemple servir de recours pour combler son manque d’expérience. La neutralité de ce dernier devrait faciliter l’arbitrage et permettre la résolution du problème.
Négocier son départ. Si Céline n’obtient pas satisfaction, il lui faudra alors tenter de négocier son départ. Pour aboutir à un compromis, du tact s’impose pour qu’aucun heurt ne vienne émailler la négociation. Chaque partie doit y trouver son compte. Côté entreprise, l’employeur n’a aucun intérêt à conserver un salarié mal à l’aise dans ses fonctions. Quant au salarié, pourquoi ne pas négocier un bilan de compétences pour préciser son projet professionnel ? Céline peut aussi demander du temps d’absence pour rechercher un nouveau poste. Certaines conventions collectives le prévoient, en général deux heures par jour pendant la durée du préavis qu’il est possible de cumuler. Autre carte à jouer : demander à ne pas effectuer son préavis. L’employeur préfère parfois éloigner un salarié récalcitrant.
* Le prénom a été modifié
A savoir
Si la demande de ne pas effectuer le préavis vient du salarié, l'employeur n'est dès lors pas obligé de le payer ; le contrat s'arrête le jour du licenciement, avec tout ce que cela peut impliquer…
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Propos recueillis par Yves Deloison
Septembre 2006